25 août 2017

Le sexe, ce tabou...

Malgré des sites pornos ultra-accessibles et des corps hypersexualisés placardés partout, parler de sexe reste délicat, voire carrément défendu. Et pourtant, libérer la parole en la matière est un acte aussi salutaire que jouissif. Il est donc grand temps de croquer le sujet à pleines dents.

Illustrations Amélie Buri
Illustrations Amélie Buri

Quoi, encore? Une scène d’inceste dans Game of Thrones? Une nana à moitié à poil et hyper-photoshopée sur une pub? Un article psycho sur les pannes sexuelles du mari de Ginette… Et voilà qu’on voudrait nous faire croire que la sexualité n’est plus un tabou, puisqu’elle est partout. Partout, et en plus accessible à qui n’a pas une trop mauvaise connexion internet pour se brancher sur tous les Youporn et consorts.

Poudre aux yeux

On aura beau nous servir des corps nus et des ébats pornographiques à longueur de journée, je persiste et signe: en 2017, la sexualité est encore et toujours un sujet tabou. Bon, bien sûr, on est bien loin de l’époque où la moindre référence sexuelle était systématiquement censurée au cinéma comme au micro. Mais ce n’est pas à cette échelle que le tabou persiste. C’est au niveau des échanges entre individus qui communiquent autour d’une sexualité vécue, loin des clichés du porno, des images spectaculaires du cinéma ou des codes du romantisme. Paradoxalement, à notre époque qui trace des réseaux de communications et de rencontres à l’infini, l’homme semble ne jamais avoir été aussi seul.

Preuve s’il en est qu’il n’est pas si aisé de parler de sexualité avec ses proches ou son partenaire. Exprimer ses désirs ou ses fantasmes, c’est pour certains, prendre le risque d’être cloué au pilori, jugé, étiqueté… Et ne parlons même pas d’évoquer le sujet en plus large comité. Il n’est pas bien vu de causer entrecuisse à un dîner (surtout si c’est moules-frites au menu, ce serait grotesque en plus) ou à un apéro entre collègues. Faites-le, osez courageusement et appelez un clitoris un clitoris ou une éjaculation précoce une éjaculation précoce, et vous verrez que d’un coup, des dos tournés et des sourires gênés vous serviront d’interlocuteurs. C’est que bien loin d’avoir touché le point G, vous venez plutôt de heurter le point sensible, voire carrément douloureux.

Socialement, la vie sous la couette croule sous les normes et les codes. Education, religion, orientation sexuelle dictent la marche à suivre… Très tôt on nous apprend à faire la différence entre ce que l’on peut faire et ne pas faire, dire et ne pas dire, penser et ne pas penser. Quand on parle de sexualité publiquement, il n’est pas rare que ce soit plutôt en termes cliniques. Et voilà qu’on psychanalyse et qu’on normalise. Le sexe est aseptisé, frelaté, brimé. Bref, on est bien loin d’une réalité qui transpire et qui exulte. C’est que, dans nos sociétés ultra-normées, poser un cadre rationnel et policé, rassure.

Rien d’étonnant dès lors que chacun s’autocensure et tente, dans son coin, de construire son plaisir et son rapport au corps avec les outils à disposition, quitte à frôler la schizophrénie. Parce que si d’un côté il faut une norme rassurante, de l’autre c’est tout l’inverse, avec une déferlante d’images parfois violentes, simulées et idéalisées.

Le seul moyen de s’affranchir de tout cela est bel et bien de communiquer, discuter, dire et donc lever le tabou. Si certains se cachent derrière le voile de la pudeur par véritable choix ou par évitement, soit! Mais il faut des gens qui libèrent la parole. Il s’agit d’un acte responsable. Responsable pour les générations à venir, qui au lieu d’aller chercher dans une sexualité pixélisée et fantasmée les réponses à leurs interrogations, pourront naturellement s’adresser à leurs parents, leurs amis, leurs partenaires… Librement. Voilà qui devrait ravir le mari de Ginette!

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