13 septembre 2014

Le syndrome du nid vide ou le mal de mère après l'envol de ses enfants

Marie-Josée d’Astrée a sombré suite au départ de la maison de ses fils. De cette expérience douloureuse et de celles d’autres mères, elle a tiré un roman salutaire qui s’intitule «Le nid vide», du nom de ce syndrome.

Marie-Josée d’Astrée avec un parapluie rose
Marie-Josée d’Astrée a voulu raconter sa propre expérience dans un livre parce que très peu avaient été écrits en français sur le sujet.

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire ce livre? L’émancipation de vos enfants?

Oui, clairement. C’est ma propre expérience du nid vide qui est à l’origine de ce roman. Quand j’ai ressenti ce mal-être, je ne savais pas ce qui m’arrivait, il y avait quelque chose qui m’échappait. Dans ma tête, je faisais un lien avec le baby blues, cette forme de dépression que l’on peut ressentir après la naissance d’un enfant: on est heureux, tout va bien, et puis arrivent des idées noires. Là, je me sentais un peu la même chose… Alors, je me suis mise à chercher dans la littérature, sur internet, et j’ai fini par trouver des sites en anglais où il était question d’empty nest syndrome. La lecture de ces articles m’a convaincue que je souffrais de ce syndrome du nid vide.

Marie-Josée d'Astrée: «Les enfants ne sont pas que géniaux. Ils nous ont aussi cassé les pieds!»

Ça vous a rassurée, vous n’étiez pas la seule à traverser pareille difficulté?

Effectivement. Tout à coup, je pouvais me raccrocher à quelque chose qui existait, qui était codifié et ça m’a fait un bien fou. J’en ai ensuite parlé autour de moi et plein de femmes m’ont avoué que cette phase dépressive qui suit le moment où les enfants prennent leur indépendance avait été aussi super dure à vivre pour elles. Moi, en tant que mère, j’ai vraiment eu l’impression qu’on m’amputait d’une partie de moi-même!

Donc, avec ce livre, vous comblez une lacune, vous faites œuvre de salubrité publique en quelque sorte!

En effet (rires). Les retours des lecteurs sont d’ailleurs très positifs. Encore hier soir, une femme m’a dit que mon livre lui avait fait du bien, qu’elle avait maintenant le sentiment que ce qu’elle avait vécu était OK… On a vraiment besoin de parler de ce syndrome!

il n’existe pratiquement rien sur le sujet en français, c’est le silence, l’omerta!»

Pourquoi parle-t-on si facilement du baby blues ou de la ménopause, et pas du syndrome du nid vide?

Monsieur Freud a bien stigmatisé les femmes. Si une maman dit qu’elle vit un moment difficile lorsque ses enfants s’éloignent, surtout si elle a des fils comme moi, elle risque d’être considérée comme une mère possessive. Il y a vraiment tout un tas d’images lourdes qui pèsent sur nos épaules. Donc, on a plutôt tendance à s’interroger et à se demander si l’on est vraiment autorisée à confier nos difficultés et nos peines.

Les mères ont souvent plus de difficultés que les pères à laisser leur enfant «quitter le nid». (photo: Getty Images)

D’autant que le rôle des parents, c’est de permettre à sa progéniture de prendre son envol, de quitter le cocon familial!

Tous les gens avec qui j’ai parlé autour de moi étaient OK avec cela et même contents de voir leurs enfants s’émanciper. Il y a de la joie d’un côté et de la tristesse de l’autre. Dans ce contexte, ce sentiment d’abandon, de vacuité qui nous habite n’est pas quelque chose de facile à exprimer.

Pourtant, c’est une sorte de deuil que pratiquement chaque mère traverse un jour…

Oui, c’est un deuil effectivement qui, en plus, arrive souvent au moment de la ménopause. Et dans une société comme la nôtre où les femmes de 50 ans et plus n’ont pas vraiment la cote!

George Clooney peut bien faire le malin avec son expresso, nous, dès qu’on est dans ce registre, on se fait traiter de couguar!»

Les hommes, justement, souffrent-ils aussi de ce syndrome?

Je pense que ça touche aussi les hommes. En fait, le plus concerné dans ce processus est sans doute le principal parent éducateur, celui qui, dans le couple, a consacré le plus de temps aux enfants. Mais les hommes arrivent moins à parler de leurs émotions, ils vont même les taire s’ils sentent que leur femme risque de décompenser. A ce moment-là, ils se mettront dans le rôle de l’homme qui tient la baraque: «T’inquiète pas ma chérie, tout va bien se passer!»

Existe-t-il des remèdes contre ce mal de mère et de père?

Le premier remède, pour moi, c’est déjà que les gens puissent entendre ce message-là, constater qu’ils ne sont pas seuls à être confrontés à l’expérience du nid vide et qu’ils se sentent finalement à l’aise avec cela. Oui, ne pas se sentir coupable de tout. Et là, il y a vraiment quelque chose à dire à la société: arrêtez de tout faire porter aux mères, arrêtez avec ce message psy qui rend les parents responsables de tout! Après, dans l’idéal, ce serait bien d’agir en amont, avant la crise, en étant plus raisonnable avec le temps et l’énergie que l’on donne à nos enfants. Si on y arrive, bien sûr.

Marie-Josée d'Astrée: «J’ai eu l’impression qu’on m’amputait d’une partie de moi-même!»

Ne pas être trop centré sur les enfants, penser davantage à soi, c’est ça?

Oui, mais je ne vois pas comment ce serait possible… Il y aura une véritable égalité des sexes lorsque les hommes s’investiront autant dans l’éducation que les femmes. Mais ils ne sont pas les seuls responsables de cette situation parce que les femmes ont tendance naturellement à trop prendre à cœur cette mission. Les mères s’investissent trop et quand je vois les jeunes femmes d’aujourd’hui je me demande si ce n’est pas encore pire maintenant. Les enfants-rois, les enfants-tyrans qui se roulent par terre dans un supermarché, on n’ose même plus les cadrer pour leur bien.

Ce serait donc salutaire de les descendre de leur piédestal...

Pour une mère, ce n’est pas facile de désacraliser ses enfants. J’ai acheté un bouquin, je n’ai pas réussi à le lire, mais j’ai adoré le titre: Pardonnez à vos enfants! Ces derniers ne sont pas que géniaux, ils nous ont aussi cassé les pieds. Ça fait un peu honte ces pensées-là, en tant que mère on n’est pas censée les avoir…

Pourtant, ça aiderait à mieux surmonter ce passage. Et puis, le nid vide, c’est aussi une chance, la possibilité d’un nouveau départ, non?

Quand nos enfants prennent leur envol, il nous reste trente ou quarante ans devant nous en termes d’espérance de vie. Ce n’est jamais arrivé dans toute l’histoire! Avant, les enfants devenus adultes allaient habiter à côté ou pas loin, ils avaient rapidement des enfants, papi les emmenait à la pêche, mamie faisait des confitures, et dix-quinze ans plus tard c’était fini. Il y avait un ordre. Maintenant, il n’y a plus rien. Tout reste à inventer.

A la toute fin de votre roman, vous avouez que vos fils vous manquent parfois, mais pas toujours…

Mes enfants, je suis contente de les revoir, de les accueillir, mais je n’ai pas envie qu’ils restent. La vie ne s’arrête pas quand ils ne sont pas là!

Vous êtes guérie?

Quand on pense cela, quand on le ressent, c’est qu’on est tiré d’affaire, qu’on est sorti du nid vide. Il s’est quand même passé près de deux ans entre le moment où je me suis sentie sombrer et celui où j’en suis sortie. Mais attention, comme avec tous les gens qu’on aime, on reste toujours fragile…

© Migros Magazine – Alain Portner

Photographe: Anna Pizzolante

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