27 décembre 2017

Le tour des propriétaires

Petit inventaire décliné au travers de cinq Romands qui nous parlent de leur rapport à la propriété et de ce qu’elle signifie pour eux.

Metin Arditi, écrivain et mécène genevois
Metin Arditi, écrivain et mécène genevois.
Temps de lecture 5 minutes

«Je n’ai aucun rêve de luxe»

Fabian Quiblier, 41 ans, monteur photovoltaïque, partage un grand appartement avec un colocataire dans une coopérative d’habitation aux Thioleyres (VD).

Pour vous, qu’est-ce que la propriété?

D’un point de vue immobilier, la propriété m’apparaît assez lointaine. Mes parents louaient. Nous vivons dans un pays où il est financièrement compliqué, avant un certain âge, d’acheter un appartement ou une maison, contrairement à la plupart de nos voisins qui facilitent l’acquisition des toits à leurs concitoyens. Pourtant, j’aime l’idée de pouvoir agir à ma guise dans mon logement. La solution de la coopérative me convient bien: c’est elle qui possède l’immeuble où je vis, mais

comme je suis propriétaire de parts sociales, je me sens chez moi, je jouis d’une certaine liberté, même si nous prenons les décisions en commun.

Fabian Quiblier

À quel genre de biens pourriez-vous renoncer?

Je ne suis pas du genre à accumuler et je n’ai aucun rêve de luxe. Idéalement,

j’aimerais bien pouvoir transmettre un jour un logement à ma fille afin d’enrayer le processus de location.

Mes achats sont surtout en lien avec mes loisirs. Je ne pourrais pas renoncer à mes balades et mes voyages.

Qu’aimeriez-vous posséder qui appartient actuellement à Migros?

Difficile à dire, car je ne manque de rien. Ce serait bien si la Caisse de pensions Migros disposait de davantage d’appartements à des prix raisonnables pour ceux qui en ont besoin.

«Je peux renoncer à tout, sauf à Dieu»

Sœur Odette, diaconesse de la Communauté de Saint-Loup, animatrice du foyer d’accueil L’Étoile à Couvet (NE)

Sœur Odette

Pour vous, qu’est-ce que la propriété?

Je n’ai jamais eu d’ambition à avoir et je ne possède rien. D’être propriétaire, ça me chargerait, ça serait un poids. Je m’appartiens à moi-même, mais ma vie ne m’appartient pas. Elle appartient à Dieu qui a mis son souffle de vie en moi pour naître, vivre et vieillir.

En fait, plus je vis simplement, mieux je suis.

Parce que ma vie est riche pour Dieu, riche avec mes sœurs, riche avec toutes les personnes que je rencontre…

À quel genre de biens pourriez- vous encore renoncer?

Je n’ai rien à perdre, puisque je ne possède rien. Je prends ce que Dieu me donne chaque jour. Et si je suis encore à la tâche aujourd’hui, c’est bien parce que Dieu me donne sa force et m’accompagne dans chacune de mes journées. Je peux donc renoncer à tout, sauf à Dieu!

Qu’aimeriez-vous posséder qui appartient à Migros?

Aujourd’hui, dans une ère nouvelle où la pauvreté explose, je dirais les invendus pour les redistribuer aux personnes dans le besoin, les prix pour les mettre à la portée des bourses des petites gens, et les camions pour les faire circuler à nouveau dans les villages où vivent de plus en plus d’aînés qui ne peuvent plus se déplacer comme ils le souhaitent.

«Il y a un temps pour chaque chose»

Charles Perrin, collectionneur de gramophones à Mathod (VD)

Pour vous, qu’est-ce que la propriété?

Une contrainte énorme! La vraie liberté, c’est de ne rien posséder, comme dit le dalaï-­lama. Or, j’ai une collection qui tient dans une grange de 300 m2, commencée lorsque j’avais 15 ans. En tout, quelque 2000 gramophones et phonographes, 1000 cylindres, 70 000 vinyles, des pavillons multicolores, des anciennes radios et tout ce qui se rapporte au son depuis Edison... Mais, à 65 ans, je suis à une étape de ma vie où je ne sais pas ce que je vais faire de tout ça. Je ne peux pas mettre cette collection, qui contient de vrais trésors, à la benne. C’est devenu angoissant.

Ce stock, qui m’a nourri cérébralement pendant toutes ces années, me retient aujourd’hui de vivre heureux.

À quel genre de biens pourriez-vous renoncer?

Je peux renoncer à tout, sauf à la vie! J’aurais beaucoup de mal à me séparer de ma compagne. Mais tout le reste... Je vis sans rétroviseur; il y a un temps pour chaque chose.

Il faut avancer, ne pas s’accrocher à ce que l’on a comme si c’était une dernière bouée, continuer à avoir des projets.

J’aimerais aller m’installer en Algarve, apprendre le portugais et découvrir la pêche avec les habitants.

Qu’aimeriez-vous posséder qui appartient actuellement à Migros?

Franchement? Pas grand-chose.

«Dynamiser les centres urbains profite à tous»

Raffaello Radicchi, entrepreneur, promoteur et homme d’affaires, La Chaux-de-Fonds

Raffaello Radicchi

Pour vous, qu’est-ce que la propriété?

Que ce soit un terrain ou un immeuble, c’est la liberté, l’indépendance, la possibilité de créer son propre travail, de maîtriser ses investissements et de participer au développement de sa région.

À quel genre de biens pourriez-vous renoncer?

À des biens mal intégrés dans leur contexte ou présentant peu de potentiel de reconversion ou de transformation.

Qu’aimeriez-vous posséder qui appartient actuellement à Migros?

En tant qu’amateur de spécialités suisses (je fabrique des montres de grande complication de la marque Schwarz Etienne) , pourquoi pas le chocolat Frey? Je plaisante… Plutôt les magasins de quartier et des centres urbains. Ces surfaces sont à réinventer. Elles sont déjà en mutation, pour faire face aux hard discounter et aux centres commerciaux périphériques.

Elles peuvent devenir des espaces de convivialité aux qualités améliorées

qui réseauteraient davantage avec les commerces environnants pour créer des synergies. Cela permet de dynamiser l’animation des villes, certaines en ont besoin et ce type de surfaces participe incontestablement à leur attractivité. Les retombées de centres urbains vivants profitent à la collectivité.

«Le besoin de posséder est une réponse à notre angoisse existentielle»

Metin Arditi, écrivain et mécène genevois.

Metin Arditi

Pour vous, qu’est-ce que la propriété?

Le concept de propriété – pris ici dans son sens strict, matériel, est indissociable de la condition humaine. L’envie ou le besoin de posséder un bien réel ou de travailler dans le but d’une telle possession font partie des aspirations fondamentales de tout un chacun. Ils répondent à notre angoisse existentielle. Les régimes politiques qui ont tenté d’inverser cette tendance ont disparu. Autant essayer de changer les hommes… Bien sûr, ce qui, dans une mesure raisonnable, répond à un besoin d’utilisateur ou à un besoin de sécurité peut aussi faire l’objet d’une déviance, devenir obsessionnel.

À quel genre de biens pourriez-vous renoncer?

Je ne crois pas que l’on puisse répondre d’une seule phrase à une telle interrogation. Si les circonstances l’exigent, à tout. S’il n’y a pas de contrainte, alors

je renoncerais (et je renonce) librement pour partager une partie de mes biens avec des causes qui me semblent importantes à défendre,

comme les arts, la culture et l’éducation, ce que je fais au travers des quatre fondations que je préside, c’est-à-dire la Fondation Arditi, créée en 1988, la fondation Les Instruments de la Paix, qui favorise l’éducation musicale d’enfants palestiniens et israéliens, la Fondation Pôle Autisme, et la Fondation Arditi pour le dialogue interculturel, la plus récente, créée en 2015.

Qu’aimeriez-vous posséder qui appartient actuellement à Migros?

Mais enfin voyons, vous n’y pensez pas sérieusement! S’il faut vraiment dire quelque chose, ce serait vos chocolats, moitié celui au lait, moitié le noir ménage, un stock de dix kilos chacun, si vous avez ça en magasin…

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