16 novembre 2017

Le tyran du dressing

Votre enfant veut s’habiller seul(e), porter sa robe de princesse ou son costume de Batman ou mixer des couleurs improbables? Fixez un cadre, mais laissez votre bout de chou faire des choix.

Une petite fille portant une belle robe souriant devenat un dressing.
Choisir un vêtement semble être un acte banal, mais c’est la base de nombreux développements bien plus importants, souligne Stéphanie Faugère, éducatrice spécialisée. (Photo: iStock)

Zorah ne jure que par sa jupe d’été, Ryan adore assortir son pull rouge à son pantalon vert vif, tandis qu’Océane pique une crise à chaque fois qu’on désire l’habiller… Quel parent ne connaît-il pas régulièrement des matins casse-tête, durant lesquels il rêve d’embarquer son enfant en pyjama à la crèche ou à l’école? «La situation s’est complexifiée avec le rythme effréné de la société actuelle, souligne Stéphanie Faugère, éducatrice spécialisée et créatrice du cabinet de conseils et de soutien Solutions Parents à Echallens. Amener son enfant en dernière minute à la crèche signifie aussi un retard et ses conséquences pour le parent. Il y a beaucoup plus de choix d’habits qu’il y a cinquante ans et d’images véhiculées autour du look et des vêtements.»

Face au «Moi tout seul» récurrent des 2-3 ans, tout comme aux exigences de choix vestimentaire des 4-6 ans, les parents se sentent souvent démunis: «Chaque enfant est différent, il faut se réinventer pour chacun et la solution miracle qui fonctionnera avec l’un ne sera pas forcément efficace avec un autre… et pas d’une semaine à l’autre pour le même enfant!», note la spécialiste, qui précise qu’un enfant jusqu’à 5 ans qui met du temps à s’habiller ne le fait pas exprès: «Son immaturité cérébrale induit qu’il est vite distrait. On peut par exemple le faire s’habiller à la cuisine pendant qu’on prépare le petit-déjeuner, ce qui permettra d’éviter les distractions et de le guider si nécessaire.»

L’encourager à s’habiller seul

Stéphanie Faugère insiste sur l’importance de ne pas habiller son enfant comme une poupée et conseille de vêtir les enfants d’un an ou moins en verbalisant ce que l’on fait et en leur proposant de petits jeux du type: «Coucou, où est ta main?» en leur enfilant la manche, de manière qu’ils puissent s’approprier le moment de l’habillement.

Elle recommande vivement de laisser très vite son enfant s’habiller seul:

L’habiller soi-même lui transmet le message qu’il n’est pas capable de le faire et va vite lui faire perdre confiance en lui.

«Or, l’encourager à le faire seul lui permet de développer une quantité d’aptitudes, puisque les vêtements, avec leurs boutons, fermeture éclair et autres développent la psychomotricité fine, la concentration, la logique et la persévérance.» Les matins en semaine sont peu propices à la patience et à un timing élastique. «Mais on peut à son rythme le week-end et, la semaine, négocier en proposant par exemple de mettre une chaussette tandis que l’enfant met l’autre, histoire que cela avance…»

Faire un tri saisonnier

Même topo avec le choix des habits: plutôt que de le tenter avec le joli débardeur à fleurs laissé dans l’armoire en hiver, pourquoi ne pas se simplifier la vie en effectuant un tri des vêtements chaque saison? Cela évitera les crises inutiles et l’on bénéficiera d’un gain d’énergie colossal, assure Stéphanie Faugère. Du moment que les habits sont adaptés à la saison, on peut garder une certaine souplesse: l’enfant préfère le pantalon gris au vert qu’on lui propose? Où est le problème? Notre non a-t-il vraiment un sens ou est-ce juste un refus de principe?

«Laisser ses enfants choisir est excellent pour développer leur autonomie.

Ils ne peuvent pas choisir tant de choses dans la vie et notre enfant n’a pas forcément les mêmes goûts que nous. Toutefois, s’il nous demande notre avis face à un assortiment de couleurs hasardeux, il faut être franc mais bienveillant, en disant par exemple qu’on mettrait plutôt ce pantalon d’une autre nuance. Sans imposer, et sans attente. Ce lâcher-prise peut apporter une précieuse sérénité certains matins.» Ne pas oublier non plus que son enfant n’est pas forcément aussi frileux – ou réchauffé – que soi…

Poser un cadre clair

Pour les robes de princesse et autres costumes, Stéphanie Faugère conseille de fixer un cadre très clair, qui donnera des points de repère à l’enfant: on peut lui expliquer qu’on met les habits normaux pour aller à l’école, mais qu’il a le droit d’enfiler son costume quand il rentre à la maison.

Enfin, il est tout aussi important d’expliquer à son enfant les codes vestimentaires de la famille: certaines lavent tout chaque jour, d’autres estiment qu’un pantalon peut être porté deux-trois jours s’il n’est pas taché. Par ailleurs, il est normal de laver régulièrement son pull préféré, même s’il désire le mettre 24 h/24. Par contre, il est exclu de changer de tenue six fois par jour et de mettre l’armoire sens dessus dessous. «Chaque parent a sa sensibilité, remarque l’éducatrice spécialisée: certains voudront que l’armoire reste impeccable, tandis que d’autres ne verront pas de problèmes à ce que les piles soient bancales… Il faut garder à l’esprit une chose essentielle:

laisser une certaine liberté à son enfant permet de le rendre plus autonome et de faire l’apprentissage de la différenciation.

Choisir un pull semble être un acte banal, mais c’est la base de nombreux développements bien plus importants.»

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