19 janvier 2018

L’hystérie anti-Trump n'est-elle pas contre-productive?

La venue du président américain au Forum économique de Davos (WEF) a rallumé le virulent discours anti-Trump dans les médias et le monde politique. Mais, au fond, cette «trumpophobie» lui porte-t-elle réellement préjudice?

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Difficile d’entendre un son de cloche autre que celui du Trump inculte et narcissique... (Photo: AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

L’annonce de la venue du président des États-Unis au Forum de Davos (WEF) a rallumé un feu jamais vraiment éteint: la virulence du discours anti-Trump. Un brasier que certes l’intéressé semble prendre plaisir à alimenter lui-même, à coup de tweets bien huileux. Et chacun aussitôt de s’estomaquer, de crier à la folie pure, à la bêtise insondable, au fascisme, au racisme caractérisé.

Altermondialistes et gauche de la gauche sont sans doute dans leur rôle quand ils s’indignent de la venue au WEF «d’un tel raciste et sexiste», d’un pareil «clown décoloré». Le problème, c’est qu’avec Trump, l’outrance paraît contagieuse et gagne les camps les plus modérés, comme les médias les plus équilibrés. Difficile d’entendre un son de cloche autre que celui du Trump inculte et narcissique.

Le sénateur Didier Berberat (PS/NE) ne voit ainsi en lui «qu’un c». Quant au conseiller national Claude Béglé (PDC/VD), il trouve que Trump l’a bien cherché: «C’est l’insulteur insulté, il reçoit la monnaie de sa pièce.» Son collègue Manuel Tornare (PS/GE) suggère même au président de la Confédération Alain Berset en partance pour Davos de «prendre des calmants pour écouter les bêtises de Trump». C’est au point que l’ancien ambassadeur François Nordmann dans Le Temps se dit frappé de «voir l’hystérie qui semble avoir saisi le monde politique suisse». Sans compter que, comme la campagne américaine l’a montré, la trumpophobie épidermique profite surtout à... Trump.

L'hystérie anti-Trump porte-t-elle réellement préjudice au président américain?

Marie-Hélène Miauton: «Au lieu d’analyser son action, les médias sont en permanence dans l’invective»

Marie-Hélène Miauton, chroniqueuse et essayiste.

Comment expliqueriez-vous l’unanimité négative et quasi mondiale qui se fait autour de Donald Trump dans les médias écrits comme parlés?

La raison en est simple: d’une part ses idées révulsent la gauche, d’autre part ses manières empêchent toute expression d’adhésion à droite. Pourtant, bien que l’homme ne suscite aucune sympathie, il n’en reste pas moins le président des États-Unis, légitimement élu par des citoyens qui ne valent pas moins que les autres et qui se sont reconnus dans son discours.

Ce discours, justement, comment le caractériseriez-vous?

Un discours qui est à l’opposé de celui de nos médias européens, avec son immigration contrôlée, son «Amérique d’abord» et le protectionnisme économique que cela implique et que l’UE a d’ailleurs commencé à pratiquer elle-même depuis quelque temps. Dès lors, au lieu d’analyser et de commenter son action, les médias sont en permanence dans l’invective et l’injure. Aux USA, ils mènent carrément une chasse aux sorcières. C’est contre-productif.

On retrouve cette même unanimité dans les partis, de l’extrême gauche jusqu’à la droite classique. Qu’en conclure? Que le monde politique est devenu aussi monolithique que les médias?

C’est la forme plutôt que le fond qui irrite la droite. Que je sache, elle n’est pas contre les baisses d’impôts – Trump vient de les faire passer de 35% à 21% –, ni contre une maîtrise du système de santé, ni contre une limitation de l’immigration...

«Fou», «dangereux», «stupide», «vulgaire», «raciste»: parmi ces qualificatifs plutôt infamants qui reviennent régulièrement à propos de Donald Trump, y en a-t-il qui vous paraissent plus justifiés que d’autres?

Fou et stupide, certainement pas. Dangereux, l’histoire le dira. Vulgaire, atrocement, et raciste sans doute bien qu’il le nie. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas les manières d’un président et n’a pas cherché à en changer au moment d’endosser la fonction.

À force, la virulence des discours anti-Trump ne nuit-elle pas à leur efficacité?

Oui, bien sûr, car l’excès est l’ennemi du bien. D’ailleurs, il faut constater que les gens sont toujours plus méfiants vis-à-vis des médias traditionnels, entre autres en raison de leur unanimité.

D’un point de vue suisse, faut-il se réjouir ou au contraire déplorer la venue de Donald Trump au Forum économique de Davos?

Il faut s’en réjouir. Que le président des États-Unis se déplace pour une manifestation organisée en Suisse, c’est un succès et cet accueil indifférencié correspond à l’esprit de notre pays qui préfère toujours débattre que censurer. Quant aux manifestants, ils n’ont évidemment pas attendu Donald Trump pour être anti­capitalistes!

Comment jugez-vous la première année de Trump à la Maison Blanche?

Sur le fond, moins catastrophique que sur la forme. Il n’est pas parvenu à mettre en place toutes ses promesses de campagne, et c’est bien. En effet, elles étaient outrancières, alors que la démocratie exige des nuances. Le système américain est très bien fait, qui ne donne pas les pleins pouvoirs au président.

Si vous deviez citer une conséquence bénéfique de la présidence Trump...

Pour ma part, je me félicite que son élection nous ait sauvés d’un traité de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis qui faisait légitimement horreur aux peuples européens, mais que Bruxelles leur aurait imposé. Ouf!

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Pour Thierry Herman, 
la rhétorique devrait être 
enseignée dans les écoles.
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