25 juin 2018

Léa Romanens a du rock et des idées plein la tête

Issue d'une famille d'artistes, la jeune femme de 28 ans se retrouve à la tête de Fri-Son, le plus célèbre club de rock de Romandie.

Léa Romanens à la tête de Fri-son
Léa Romanens a repris la barre du Fri-Son, la plus grande des salles de concert dédiées aux musiques actuelles de Suisse romande. (Photo: Nicolas Brodard)

C’est ce qu’on appelle une nature. Passionnée et volontaire, Léa Romanens se trouve depuis quelques mois à la tête de Fri-Son, la salle fribourgeoise dédiée au rock et à la musique contemporaine depuis trente-cinq ans. «Loud and Proud since 1983», comme le rappelle fièrement l’enseigne de la vieille bâtisse aux allures de hangar sise au 13 de la rue de la Fonderie à Fribourg. «Depuis quelques années, nous avions le projet de déménager dans d’anciens locaux de Cardinal. Il n’a pas passé la rampe», explique la jeune femme.

Comme on n’a rien trouvé de mieux, on reste ici.

Léa Romanens

Le regard (bleu) se montre aussi décidé que le verbe. Avec 1200 places (soit 200 de plus que les Docks de Lausanne, l’air de rien), Fri-Son reste la plus grande des salles de concert dédiées aux musiques actuelles de Romandie. Bien connue également côté alémanique, canton bilingue oblige, l’endroit n’a cessé d’accueillir des groupes mythiques. Nirvana, Motörhead, Moby, Deus, Jon Spencer et son Blues Explosion ont tous enflammé la sombre salle et son célèbre skull de verre à facettes.

Un budget de 2 millions de francs

Léa Romanens se retrouve à la tête d’une équipe de dix personnes dont elle reste une des plus jeunes. Charge à elle de s’occuper des ressources humaines, de gérer au mieux près de deux cents collaborateurs occasionnels pour un budget de deux millions de francs. Bref, tendre l’oreille à tout. «Pour la programmation, je collabore avec une personne en charge.»

Le poste de programmateur est à repourvoir. Je cherche la perle rare.

Léa Romanens

Dans cette association culturelle à but non lucratif, ici comme à La Chaux-de-Fonds, à Vevey ou à Neuchâtel, le travail se fait en équipe et en collaboration. Comme les autres membres du bureau, la jeune femme laisse 10% de son salaire déjà modeste en
bénévolat. «Sinon nous n’arriverions pas à tourner. Nos finances sont très serrées. Nous tournons tout juste, à flux tendu.» L’année 2017 n’a d’ailleurs pas été bonne. La baisse de fréquentation générale des clubs dans un contexte de multiplication de l’offre ne donne de moins plus droit à l’erreur.

L'ADN familial des Romanens

Mettre sur pied une saison de qualité, alternant les découvertes et les artistes confirmés censés faire le plein s’avère plus que jamais un art délicat. C’est surtout un métier qui s’apprend sur le terrain. Une maman directrice de théâtre (désormais celui de Vevey) et un papa, Thierry Romanens, auteur, acteur et Dicodeur  sur La Première: l’immersion culturelle appartient à l’ADN familial. Comme sa sœur de deux ans sa cadette, couturière et scénariste, Léa Romanens est tombée toute petite dans la marmite. «J’ai passé mes dix premières années à Châtel-Saint-Denis (FR), puis mes parents ont déménagé à Yverdon-les-Bains (VD) où ma mère a pris la direction de l’Échandole . Le théâtre est alors devenu notre maison. On y servait au bar et on dormait dans les loges parce qu’avec des parents assez festifs, on ne rentrait pas très tôt à la maison», sourit-elle.

Sauf qu’à la maison, on écoute plutôt de la chanson française que du rock alternatif anglo-saxon. «J’ai été baignée dans la culture, cependant mes goûts musicaux viennent plutôt de mon entourage amical. Du reggae, comme tous les jeunes de ma génération, du rock aussi. En 2009, à 18 ans, je suis partie six mois à Berlin.» En fait, le séjour a surtout profité à sa culture musicale.

A Berlin, je passais toutes mes soirées dans les clubs de la ville.

Léa Romanens

À peine revenue, Léa Romanens enchaîne les stages dans différents festivals et lieux comme à l’Usine à Gaz de Nyon. Ce qui ne l’empêche pas de commencer les Sciences économiques à l’Université de Neuchâtel. «J’ai toujours été une bonne élève, précise-t-elle. Alors que je terminais ma première année, un ami m’a parlé de la reprise de l’Amalgame. J’avais déjà organisé six ou sept soirées à l’Échandole et je me sentais prête à postuler. J’étais quand même un peu intimidée: je n’avais que 20 ans, les autres 25 ou plus.»

Elle deviendra la première professionnelle du lieu et sera chargée de production à mi-temps. «À l’Uni, les cours me paraissaient très théoriques. J’ai tout de même été jusqu’au bachelor. Cela me donne un papier, mais honnêtement dans notre petit milieu, le réseau et l’expérience priment avant tout. En Romandie, la professionnalisation y est somme toute assez récente. Tout le monde se connaît.»

Sept ans passés à l’Amalgame

Suivront sept ans à L'Amalgame. Une belle expérience qui ne pouvait pas se prolonger indéfiniment. «Après cinq ou six ans, je pense qu’il faut une nouvelle tête avec des idées renouvelées. Pour moi-même comme pour l’équipe, je devais laisser la place.»

Léa Romanens bat déjà la mesure d’un pied à Fribourg lorsqu’elle entend parler du poste à Fri-Son, puisqu’elle assure alors depuis un an l’intérim de la programmation de l’espace culturel du Nouveau Monde. «Je connaissais déjà en partie le comité, j’étais évidemment venue plein de fois.»

Il y a un esprit alternatif fort qui me correspond et que je voulais vraiment porter quelques années.

Léa Romanens

Cet avenir passera également par un défi de taille: la cohabitation avec les nouveaux immeubles bientôt construits à la rue de la Fonderie. Car Fri-Son se trouvera bientôt cerné par les habitants là où il n’y avait que zone artisanale au moment de son installation. Pas de quoi effrayer la jeune femme également engagée en politique, du côté des Verts, qui pour être plus proche de Fri-Son s’apprête à déménager à Fribourg. «Si un jour je suis fatiguée d’une vie intense mais un peu rock’n’roll, je me verrais bien actrice de la politique culturelle.» Mais ce n’est là que lointaine musique d’avenir.

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