27 février 2018

Léo Darbellay, l’artiste aux cinquante voix

À 21 ans, l’imitateur valaisan Léo Darbellay enchaîne les soirées privées et commence à conquérir les salles. Il prépare d’ailleurs déjà son second spectacle.

Léo Darbellay
La marque de fabrique de Léo Darbellay? Mêler sketchs, imitations et un peu de danse.

Petite devinette: quel est le point commun entre Elvis, Aznavour, Renaud et Claude François? Réponse: Léo Darbellay! À 21 ans, l’imitateur valaisan a déjà intégré plus de cinquante voix à son répertoire. Et ce n’est pas fini. «Depuis tout petit, j’aime faire rire malgré le fait que je sois un grand timide, raconte le jeune artiste de Liddes (VS). Ma famille m’a raconté qu’à 4 ans, j’étais dans un café et on m’a demandé ce que je voulais boire. J’ai répondu: «Un café-pomme!» Alors que je ne savais pas encore que ce métier existait, j’ai toujours rêvé de faire imitateur, c’était une évidence.»

À 8 ans, c’est la révélation. «J’ai encore le souvenir très précis de ce moment: j’étais dans un bistrot du village avec ma maman et une chanson très rythmée a passé à la radio. J’ai demandé qui c’était et elle m’a dit: Claude François. C’était sa Chanson populaire. Ma maman m’a ensuite offert mon premier CD, avec les plus grands succès du chanteur. J’ai voulu écrire les paroles pour pouvoir interpréter ses airs et ma petite sœur a été chargée d’appuyer sur le bouton de mon lecteur CD pour lancer et arrêter la chanson au fur et à mesure que j’écrivais!»

Talent précoce

C’est le début d’une vraie passion: il achète un costard gris, un nœud pap’ à la Cloclo et répète inlassablement, tout en réfléchissant à une gestuelle «qui, étonnamment, ressemblait beaucoup à celle de Claude François, comme j’ai pu le remarquer plus tard». À Noël, il se produit devant sa famille. L’année d’après, c’est devant ses camarades d’école et une classe de correspondants français. «Mon prof voulait que je lise une poésie, mais je peux être têtu, vous savez! Je me suis ainsi lancé pour la première fois devant un petit public, et je me rappelle qu’ils ont trouvé mon numéro fantastique.» À 11 ans, le jeune artiste anime son premier souper de soutien. Au programme: rock’n’roll – «C’est un genre musical que j’ai toujours aimé» –, Renaud, Raphaël et, bien sûr, Claude François.

Puis, peu à peu, le jeune imitateur élargit son répertoire, ses lieux de prestations et son public, économise sou à sou pour s’acheter du matériel. À 16 ans, il recrute son copain Robin, qui se forme au son exprès pour lui. Puis il engage au pied levé ses amis Julien et Arnaud pour les lumières: «Je devais assurer la première partie d’un spectacle de Karim Slama et son ingénieur du son a eu une panne dix minutes avant que je monte sur scène. J’ai alors installé Julien, qui était venu voir le spectacle, devant la table des lumières, et Arnaud aux poursuites. Ils étaient paniqués et Arnaud tremblait tellement que, lors de mon premier morceau, on me voyait, puis on ne me voyait plus, on me voyait, puis je disparaissais à nouveau!» L’équipe est formée, que rejoint ensuite le producteur Yannick Fumeaux.

En parallèle, Léo Darbellay effectue un apprentissage en information documentaire, puis part six mois à Brighton. «Au début, je ne parlais pas un mot d’anglais. Au point que, quand le chauffeur de taxi m’a demandé si je restais «one or two weeks», j’ai cru qu’il me proposait un Twix!» C’est durant cette période que le jeune homme ressent soudain le besoin d’écrire en français et entame l’écriture de son premier spectacle. À la fin de son séjour, il le teste sur ses camarades anglais. «Je me suis dit que s’ils l’appréciaient même sans rien y comprendre, cela voudrait dire qu’il tenait la route. Et ils l’ont adoré! J’ai même réussi à capter Elvis, qui est devenu l’une de mes meilleures imitations.»

Pour se lancer, Léo Darbellay a puisé dans le répertoire des années 1980 pour atteindre un public-cible.

Un rêve de théâtres

Le jeune artiste présente ensuite son premier one man show, intitulé En haut de l’affiche – oui, Aznavour fait aussi partie de son répertoire… – dans son village en septembre 2015 et, depuis, il n’arrête plus les représentations publiques et privées. «Nous avons déjà présenté une cinquantaine de spectacles et réuni plus de 9000 spectateurs. Le plus dur, c’est de passer de semi-professionnel à professionnel. J’ai fondé ma propre production en janvier 2016 et je m’en sors maintenant à 50%. J’aimerais qu’on puisse dorénavant intégrer les saisons des théâtres, mais c’est très dur: ceux-ci prétendent vouloir mettre en avant les nouveaux talents helvétiques, mais te rient au nez quand tu leur proposes ton dossier.»

Sa marque de fabrique? «Mêler sketchs et imitations, et un peu de danse aussi. Yann Lambiel, qui est là depuis longtemps, a pulvérisé tout le créneau des politiciens et autres. Je dois donc proposer quelque chose de différent. C’est important de trouver une patte à soi, unique et qui te correspond.» Peu attiré par la caricature, il avoue préférer «transmettre de l’émotion».

Bientôt un second spectacle

En attendant de pouvoir brûler les planches un jour, il prépare son nouveau spectacle, «qui sera dans la même ligne que le premier, mais complètement nouveau, davantage axé sur l’observation des choses qui m’entourent et présentant aussi de nouvelles voix». Pour se lancer, Léo Darbellay avait en effet puisé dans le répertoire des années 1980 pour atteindre un public-cible. Puis, «durant quelques années, les imitateurs ont eu peur de disparaître, car les voix des chanteurs, comme celles des Black Eyed Peas, étaient tellement synthétisées qu’il devenait impossible pour nous de les imiter. Mais maintenant les voix «naturelles» sont de retour et ça nous sauve!» Et de conclure: «J’ai toujours eu une bonne étoile, c’est elle qui me permet d’avancer.»

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