3 août 2017

Les Alpes à dos de vache

La chronique de Leïla Rölli

Leïla Rölli
Leïla Rölli prône un tourisme responsable et respectueux des animaux.
Temps de lecture 2 minutes

Et si nous organisions des tours à dos de vaches pour dynamiser le tourisme? Au lieu de regarder les trains en mâchouillant inutilement, Marguerite et Azalée pourraient être rentables. On leur ferait faire deux ou trois inalpes par jour, coiffées d’une couronne de rhododendrons, une jolie selle sur le dos pour accueillir des passagers par deux. On ajouterait quelques veaux à ce joyeux cortège pour inciter au selfie: sur les réseaux sociaux, les photos marchent mieux quand l’animal est petit.

Evidemment, il faudrait les conditionner sévèrement, Marguerite et Azalée, pour que l’expérience ne vire pas au rodéo. Tiens, on pourrait leur apprendre à boire au goulot d’une chopine de fendant! Ça fera marrer les gamins et ça donnera de super hashtags!

Comment ça? Ça vous choque? Quoi? Les vaches ne seraient pas faites pour ça? Pourtant, ça se fait ailleurs, les tours à dos de chameaux et d’éléphants! Les photos souvenirs assis sur une tortue centenaire ou avec un singe savant tenu au bout d’une laisse! Les fauves «dociles» assommés par des drogues, les parcs aquatiques où des mastodontes pataugent dans un misérable dé à coudre. Ces animaux-là... sont-ils faits pour «ça»?

La beauté et la culture du pays hôte ne suffisant plus, il a fallu développer des activités «incontournables» pour rassasier les vacanciers. On nous assure que les animaux sont bien traités, on les flatte en public. Même si la plupart des dresseurs respectent les bêtes, malheureusement, la cruauté infligée parfois par l’industrie du tourisme est bien réelle.

Les témoignages relatant les cas de maltraitances pullulent. Certains éléphants sont soumis par la torture et leur colonne se fissure sous le poids des nacelles. Malgré cela, il y a toujours foule pour découvrir la jungle à dos de Dumbo. Une foule qui ne pensait pas à mal, qui ne savait pas, qui minimise. Une foule qui s’en fout. A ceux qui argumentent d’un «Ça fait vivre des familles entières!», je leur réponds que grâce à quelques ONG, il existe des sanctuaires pour animaux rescapés. Ils y sont soignés par des employés payés équitablement et les curieux voient les animaux (re)vivre ou peuvent même donner un coup de main.

Nous, touristes, devons prendre conscience de notre pouvoir dans le jeu de l’offre et de la demande. N’est-il pas l’heure pour un tourisme plus conscient? Oui. Il est grand temps.

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