5 avril 2018

Aux petits soins des malades et des soignants

Rive-Neuve est un hôpital de soins palliatifs à Blonay (VD). Là-bas, une trentaine de bénévoles se dévouent pour améliorer le quotidien des patients et du personnel.

Rive-Neuve
Une vingtaine de patients résident dans cet hôpital appartenant à la Fondation Rive-Neuve. (Photo: Laurent de Senarclens)

Le feu crépite dans la cheminée. Alors qu’une délicieuse odeur de plat mijoté parfume l’atmosphère, Bettina joue un air de piano pour la patiente qu’elle accompagne. Depuis deux ans, cette jeune femme s’engage comme bénévole à Rive-Neuve, Hôpital de soins palliatifs spécialisés du canton de Vaud. «Je suis ici pour passer du temps avec les gens, car la santé n’est pas seulement liée au corps», explique cette Canadienne, une fois la patiente retournée dans sa chambre avec une infirmière. «Ici, les personnes sont considérées dans leur ensemble, avec leur caractère social, artistique et spirituel. Pour moi, c’est très important.»

Professeur d’anglais et musicienne, Bettina a eu un jour soif d’une «relation plus authentique avec la vie». À Rive-Neuve, elle a pu mettre ses qualités artistiques au profit des personnes gravement malades, comme lorsqu’elle a joué du violon trois jours de suite dans la chambre d’un amateur de musique classique. «J’ai vu qu’il appréciait, jusqu’à ce qu’il tombe finalement dans le coma. C’était très dur», confie-t-elle.

Comme Bettina, ils sont une trentaine à consacrer chaque mois quelques-unes de leurs journées au bien-être des vingt patients de cet hôpital appartenant à la Fondation Rive-Neuve. La présence des bénévoles fluctue en fonction de leurs disponibilités. Ce matin-là, nous trouvons Michèle dans la salle à manger. Elle prépare les tables pour le dîner. «Quand on aide l’équipe de cuisine, c’est la course jusqu’à midi. Après, c’est plus tranquille. Je peux proposer un café aux familles ou aux personnes seules», raconte cette retraitée.

Animant tous les vendredis un atelier de décoration florale, cette ancienne assistante de direction avait toujours rêvé de devenir infirmière. «À l’époque, on ne désobéissait pas au paternel.» Depuis 2012, elle trouve son bonheur auprès des patients, qu’elle accompagne pour lire le journal ou visiter un parent retenu en EMS. Habituée des longs silences qui rythment souvent les échanges avec les personnes en fin de vie, Michèle a appris à les apprécier. «On dirait que rien ne se passe, mais c’est tout le contraire», sourit-elle, le regard encore brillant au souvenir d’une dame qu’elle avait un jour assistée pour sa sieste. «Elle n’osait pas fermer les yeux, de peur de ne plus pouvoir les rouvrir. Elle m’a tant remerciée d’être là...»

La responsable des bénévoles Pauline Gaugler tient volontiers compagnie aux patients même durant leur sommeil. (Photo: Laurent de Senarclens)

Habiter la maison

Il est midi, une cloche annonce l’heure du repas. Dans la salle à manger, tous (soignants, aides, médecins, équipe administrative et familles) partagent le repas dans un esprit de convivialité. Le directeur lui-même, Alexis Berger, se joint à la foule. «Situé au centre de la maison, cet espace est un lieu de rencontre dédramatisé où chacun existe au-delà de son statut, qu’il s’agisse d’un professionnel, d’un malade ou d’un aidant», explique-t-il. «Nous invitons toujours les patients et leur famille à dîner avec nous», poursuit-il.

Ici en effet, tout est pensé pour rompre avec le caractère aseptisé d’un établissement médical standard. Les sols en linoléum ont été troqués contre du véritable parquet et le soleil illumine les pièces à travers une gigantesque baie vitrée. «Rive-Neuve est avant tout une maison. Le rôle des bénévoles est de lui donner une âme, de l’habiter», explique Pauline Gaugler, responsable du bénévolat, qui y travaille depuis dix-sept ans. «Avec un décès tous les trois jours, la mort fait partie du quotidien. Les gens que j’engage bénéficient d’une certaine expérience de vie et respectent leurs propres limites.»

Masseuse professionnelle, Ivy prodigue ses soins aux soignants et bénévoles. (Photo: Laurent de Senarclens)

Massages au personnel

Le repas terminé, nous rencontrons Ivy, masseuse professionnelle, qui offre gratuitement ses soins… non pas aux patients, mais au personnel et aux autres bénévoles. «D’une certaine manière, je travaille aussi au bien-être des malades, car je prends soin de ceux qui s’occupent d’eux», lance-t-elle. Venant une à deux fois par mois lorsqu’elle ne travaille pas dans son cabinet, elle tient à donner de son temps à ceux qui s’investissent pour les autres.

Il faut dire qu’à Rive-Neuve, le toucher est considéré comme un acte thérapeutique important. «Tous les soignants massent déjà les patients. La fondatrice prodiguait elle-même ces soins aux membres du personnel. Prendre soin de l’équipe était sa devise», explique Pauline Gaugler. «Cet état d’esprit est fondamental lorsque l’on travaille dans un environnement où la vie se présente dans toute sa crudité.»

Pour l’art-thérapeute Béatrice Dolder, qui sort tout juste de sa séance avec Ivy, ces massages sont effectivement bienvenus. «Cela m’aide à m’ouvrir à l’autre. Plus détendue, je m’adapte mieux au rythme des patients, qui fonctionnent au ralenti en raison de leur maladie.»

Dans ce lieu de vie, tout est fait pour rompre avec le caractère aseptisé de l’hôpital. (Photo: Laurent de Senarclens)

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