12 août 2013

Les beaux lacs de la vallée de Joux

Promenade bucolique et instructive autour des plans d’eau de ce coin de nature en plein parc naturel régional du Jura vaudois.

Promeneurs près d'un lac de la vallée de Joux
Alexandre Bardet (à dr.) a écrit un livre qui recense 22 itinéraires autour des lacs romands, y compris bien sûr ceux de la vallée de Joux.
Temps de lecture 5 minutes

C’est une balade entre pâturages ancestraux et forêts anciennes, qui démarre à quelques pas de la gare du Pont, à l’extrémité de la très bucolique vallée de Joux – partie intégrante du parc naturel régional du Jura vaudois, d’importance nationale depuis 2012 – baignée par un magnifique soleil matinal. Alexandre Bardet, notre accompagnant du jour, a conçu le tracé de cette boucle dans son guide de balades autour des lacs romands. «J’ai grandi à Neuchâtel et je parcours les sentiers du Jura depuis l’enfance. Ces rivières, ces forêts, ces paysages sont souvent un peu oubliés au profit des Alpes.»

Canards nageant dans un lac de la vallée de Joux.
Grèbes huppés sur le lac de Joux.

Oui, mais pourquoi un guide avec un éclairage spécifique sur les lacs, d’altitude ou non? «Parce qu’ils représentent une source patrimoniale extraordinaire et qu’ils constituent un excellent fil rouge pour découvrir une région, s’enthousiasme Alexandre Bardet. J’ai fait plus de vingt-cinq ans d’actualité régionale et la nature et le patrimoine m’ont toujours passionné. L’idée était donc de mélanger ces aspects avec la randonnée.» Pour chacun des vingt-deux itinéraires, tous testés «comme un premier cadeau», le Neuchâtelois s’est donc documenté auprès de spécialistes, hydrologues, géologues, mais aussi mémoires locales.

«Un endroit parfait pour lire le paysage»

Nous voilà sur la rive occidentale du lac de Joux (8 kilomètres de long), après avoir enjambé une voie d’eau se déversant dans le lac Brenet voisin. Le sentier se resserre et nous passons devant la cabane de l’un des deux pêcheurs professionnels, Jean-Daniel Meylan: perche, brochet et féra l’été (qu’il vend en direct au Séchey, à un kilomètre de là), notre homme contrôle l’épaisseur de la glace prisée par les patineurs en hiver.

Petits bateaux amarrés au bord du lac de Joux.
La vallée de Joux, avec ses lacs et pâturages boisés, est un écrin de verdure préservé.

Nous passons ensuite devant un plongeoir, montant à flanc d’une colline boisée, arrivant à un premier point culminant (facile, la balade ne compte guère de féroces raidillons). Lacs de Joux et Brenet sont en ligne de mire, tout comme le village de L’Abbaye qui rappelle qu’au XIIe siècle, des moines prémontrés furent les premiers habitants de la Vallée. «Un endroit parfait pour «lire» le paysage, note Alexandre Bardet. Notamment géologiquement, avec les remplissages jurassiens du lac aux origines glaciaires.

Dans un calme absolu tout juste troublé par le son lointain des cloches de vaches, nous grimpons sur une crête de pâturages boisés. «Ces zones mixtes d’arbres, d’arbustes et de prés représentent à la fois un patrimoine paysager et un habitat important pour la faune de l’arc jurassien. Hélas, elles tendent à disparaître sur l’autel de la rentabilité, remplacées par des prairies grasses.»

Nous longeons la forêt entre mousse et calcaire, avant de passer sous la petite ligne Le Pont – Le Sentier. Un vrai «spot à Dalton», parfait pour une attaque du train à coups de pistolet et de winchester. Depuis le sommet du Séchey (1080 m), une combe nous guide jusqu’au lac Ter, le troisième de la Vallée. Ce plan d’eau, bien plus modeste que les deux premiers, est entouré par les murets en pierres sèches et les épicéas de la chaîne franco-suisse du Risoud (ou Risoux). Une véritable invitation à la contemplation. Ou à une petite collation. Le moment aussi de se rappeler que l’ancien vocable «Joux» désigne précisément une forêt de montagne de haute futaie. Mais aussi que le bois de l’épicéa, lorsqu’il est finement choisi, donne des tables de guitares et de violons de superbe résonance. «Ces conifères servent aussi à la fabrication des boîtes et sangles qui entourent le célèbre vacherin Mont-d’Or, qui dispose désormais d’une AOC», rappelle notre guide.

Le petit bourg du Séchey, avec ses maisons couvertes de tavillons, est né au XVIe siècle. Ici sa fromagerie.
Le petit bourg du Séchey, avec ses maisons couvertes de tavillons, est né au XVIe siècle. Ici sa fromagerie.

Il faut pourtant se résoudre à quitter ce petit paradis pour continuer jusqu’au village du Séchey, au milieu de vastes prairies humides. De loin, avec ses façades plein ouest protégées de la pluie et du vent par des tôles ondulées, ce bourg né au XVIe siècle n’a rien de charmant. On change un peu d’avis en le traversant, découvrant les murs couverts de tavillons, ainsi que quelques fermes à «néveau», cette «surface ouverte en créneau sur le flanc et surplombée par le toit», explique Alexandre Bardet.

Une histoire tournée vers l’horlogerie et la métallurgie

Qui ajoute que, d’après ses recherches, Le Séchey semble avoir été «le premier village atteint par la fièvre horlogère que connut la Vallée au XVIIIe siècle»: afin de bénéficier d’un revenu d’appoint mais aussi d’occuper les longs mois d’hiver, certains agriculteurs devinrent des horlogers-paysans, fabriquant d’abord des ébauches et des mouvements pour les manufactures des grandes villes. Avant de produire des garde-temps en entier.

Dès ce moment, deux variantes se proposent: rebrousser chemin pour traverser à nouveau le pâturage et plonger sur le lac Brenet par Les Charbonnières, avec en arrière-fond la Dent-de-Vaulion culminant à près de 1500 mètres et dont le versant nord domine le lac Brenet. Puis s’arrêter déguster un délicieux poisson bien mérité sur place ou, à quelques minutes, au point de départ du Pont.

Des gentianes jaunes.
Des gentianes jaunes.

Ou alors entamer un tour du lac Brenet, en suivant l’itinéraire «tour du lac» avec de reposantes (et presque secrètes) plages herbeuses en sites industriels. «Sur la rive nord-ouest, au pied d’une falaise de calcaire, l’eau disparaissait en sous-sol par un immense entonnoir naturel. Du début du XVIe siècle jusqu’à l’aube du XXe, la force du courant fut utilisée pour activer des moulins, des scieries et même une usine métallurgique alimentée par les mines de fer de la région.» Puis les principales «pertes» du lac Brenet ont été murées, et une conduite construite pour réguler le niveau des eaux et alimenter l’usine hydroélectrique de Vallorbe.

Voilà qui explique la statue du cheval ailé Pégase, sur la rade du Pont, offerte en 1956 à la population par la compagnie énergétique régionale. Comme quoi une petite randonnée peut aussi être l’occasion de se cultiver.

Photographe: Laurent de Senarclens

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