12 août 2013

Ces préjugés qui ont la vie dure

Dans un récent et amusant ouvrage de vulgarisation, Antonio Fischetti répond avec la rigueur d’un journaliste scientifique à quelques questions existentielles idiotes, mais néanmoins pertinentes. Nous lui en avons soumis six particulièrement éclairantes.

Dessin de François Maret à propos des blondes.
Temps de lecture 4 minutes

Les blondes sont-elles stupides?

Non. «Les blondes ne sont pas stupides. Pas plus que les brunes ou les rousses. Mais elles ont la réputation de l’être et cette réputation est quasi universelle. On fait aussi des gags sur les blondes dans les pays nordiques. Si on les prend pour des idiotes, c’est sans doute parce qu’on les trouve sexy, la blondeur étant inconsciemment perçue comme un signe de jeunesse par l’homme. Du coup, comme l’a montré une étude, les serveuses blondes gagnent plus de pourboires que les brunes. Jusqu’à 1000 euros par mois. Une autre étude a aussi montré que les maris de blondes avaient des salaires plus élevés que les autres. Ça vaut donc le coup, financièrement parlant, de se faire une teinture!»

Votons-nous à la tête du client?

Oui et non. «La plupart des gens vont voter en fonction de leur opinion politique. Mais il y a quand même 20% des électeurs qui ne se décident qu’au dernier moment… Et ceux-là peuvent être influencés par la tête du candidat, par son physique. En temps de guerre, par exemple, on va plus volontiers voter pour un homme politique aux traits virils. Alors qu’en temps de paix, on préférera un visage plus rond, plus rassurant. Est-ce que François Hollande aurait été élu s’il n’avait pas fait une cure d’amaigrissement? Sans doute que non. D’être moins rondouillard, d’avoir l’air moins pataud a sûrement contribué à son élection.»

Les poilus sont-ils sales?

Dessin de François Maret illustrant l'hygiène chez les poilus.
Diverses études ont montré que d’être trop maniaque de l’épilation, surtout pubienne, peut engendrer des micro-lésions qui risquent de favoriser les infections.

Non. «Aujourd’hui où la mode est à l’épilation totale, on entend souvent dire que le poil, c’est sale! Cet argument hygiéniste me fait doucement rigoler parce qu’on est propre ou pas si on se lave ou pas, et non parce qu’on est poilu ou pas. Scientifiquement parlant, diverses études ont même montré que d’être trop maniaque de l’épilation, surtout pubienne, peut engendrer des micro-lésions qui risquent de favoriser les infections. Autre conséquence funeste de cette mode: le morpion, à l’instar de l’orang-outan ou du panda, devient une espèce en voie de disparition au fur et à mesure que l’on rase son biotope!»

Les grands sont-ils des chefs?

Oui. «La société favorise généralement l’ascension des grands. Dans les entreprises, les cadres sont en moyenne plus grands que les ouvriers. Selon une étude française, les tailles moyennes des hommes étaient de 1,77 m chez les cadres contre 1,74 m chez les ouvriers. Donc oui, il y a une relation entre le statut social et la taille. Pourquoi? Parce que quelqu’un qui est plus grand est jugé comme étant plus apte à se faire obéir et donc à avoir des responsabilités. C’est une vision archaïque qui remonte sans doute à nos ancêtres qui se devaient d’être grands et forts pour survivre. Il serait peut-être temps d’en finir avec ce vestige «babouinesque».

Les dépressifs sont-ils allergiques au soleil?

Un peu, oui. «Il y a plus de suicides au printemps qu’en hiver. C’est paradoxal parce qu’on pourrait croire qu’on a envie de mettre fin à ses jours plutôt quand il fait mauvais. Mais la plupart des études montrent l’inverse. En moyenne, on compte 20% de suicides supplémentaires en avril-mai qu’en novembre. Une des explications, c’est qu’avec l’arrivée des beaux jours, ceux qui sont déprimés voient la gaieté revenir, les couples s’exhiber dans les rues, ce qui les renverrait encore plus à leur tristesse. Plusieurs personnalités se sont suicidées au printemps: Kurt Cobain un 5 avril, Dalida un 3 mai et Sœur Sourire un 29 mars.»

Voit-on défiler sa vie au moment de mourir?

Ces phénomènes-là seraient créés par un bouleversement des neurones du cerveau.
Ces phénomènes-là seraient créés par un bouleversement des neurones du cerveau.

Parfois, oui. «Des témoignages de personnes ayant frôlé la mort ou vécu des expériences de mort imminente l’attestent. Ils n’ont pas vu défiler toute leur vie évidemment, mais des moments-clés de leur existence. Peut-être parce que le cerveau, en cas de danger extrême, va chercher des situations auxquelles se raccrocher ou alors des solutions pour s’en sortir, et il va donc passer en revue sa bibliothèque mentale. Mais ce qui est le plus fréquemment rapporté par les survivants, c’est le tunnel et la lumière blanche. Ces phénomènes-là seraient créés par un bouleversement des neurones du cerveau. C’est ce que supposent les scientifiques. Les personnes vraiment mortes, elles, ne peuvent malheureusement pas nous éclairer sur la question…»

Illustrations: François Maret

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