16 février 2018

Les camps de ski sur la mauvaise pente

Les parents d'élèves ne devraient pas débourser plus de 80 francs par semaine pour les sorties scolaires. Cette décision du Tribunal fédéral pourrait bien signer la fin des camps de ski.

camp de ski
Aujourd'hui en Suisse, le ski n'est plus aussi populaire qu'auparavant. (Photo: Jürg Müller/Keystone)
Temps de lecture 5 minutes

La décision est tombée comme un flocon dans la soupe: la participation financière des parents d’élèves ne pourra plus dépasser 80 francs par semaine pour les camps de ski, en vertu de la gratuité de l’école publique. Cet arrêt du Tribunal fédéral concerne le canton de Thurgovie, mais pourrait faire jurisprudence dans toute la Suisse.

Du coup, les établissements scolaires s’inquiètent. Comment continuer à mettre sur pied des semaines blanches, quand la somme couvre à peine l’assiette skieur? Bien sûr, les enseignants les plus motivés tenteront le système D, en multipliant les ventes de pâtisseries et autres collectes de fonds.

Malgré tout, cette décision ressemble un peu à un coup de grâce et risque d’amorcer l’ultime tournant de l’histoire du ski. Ce fleuron du sport helvétique, que l’on croyait inscrit dans l’ADN du Suisse, pourrait bien s’éteindre.

Popularisé par l’armée suisse pendant la Première Guerre mondiale, le ski a eu droit à ses camps scolaires à partir de 1942, quand il a fallu inciter les touristes à revenir dans les vallées alpines, comme le rappelle Grégory Quin, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des sciences du sport de l’UNIL. Les années 1980, portées par Russi et Collombin, ont propulsé les lattes au sommet de la gloire.

Mais aujourd’hui, on en est là: le nombre de camps de ski fond comme neige au soleil d’année en année. Parce que ce sport est devenu trop cher et que la neige se fait trop incertaine. Les semaines blanches pourraient bien être remplacées par des camps de spa. C’est une autre philosophie.

Faut-il supprimer les camps de ski?

«Ce sport, démocratisé dans les années 1980, est en train de redevenir un sport de niche»

Fabrice Sourget, président de la Conférence latine des chefs d’établissement de la scolarité obligatoire

Que vous inspire le récent arrêt du Tribunal fédéral concernant le financement des camps de ski?

C’est une décision qui nous a surpris. Parce que cela remet en cause non seulement les camps de ski, mais toutes les activités hors cadre, comme les courses d’école, les visites au musée, etc. Cela dit, les camps de neige n’ont pas besoin de l’arrêt pour être en péril: depuis une dizaine d’années, la pratique du ski baisse. Ce sport, qui s’était démocratisé dans les années 1980, est en train de redevenir un sport de niche.

Le ski serait-il en phase de désamour même auprès des élèves?

On constate que la moitié des groupes, aujourd’hui, sont composés de débutants: 50% des élèves ne skient jamais en famille. Et quand on propose différents camps au choix, plus de la moitié des élèves choisissent les camps culturels et polysports. Par ailleurs, on reçoit chaque année du courrier des parents, qui trouvent les camps de ski trop chers ou s’étonnent que l’école ne soit finalement pas gratuite...

Cela signifie donc la fin des semaines blanches?

Pas forcément. Si l’on applique l’arrêt à la lettre, les écoles pourront demander une participation de 80 francs par semaine, soit le montant des repas... Mais il faudra continuer à proposer d’autres camps, à moindre coût. Le camp de ski reste le plus cher de tous, d’autant que les parents doivent souvent louer le matériel juste pour cette occasion. Et dans certaines familles où il y a plusieurs enfants, cela peut signifier plusieurs centaines de francs par année...

Mais est-ce finalement le rôle de l’école de proposer ce genre de camp et de soutenir le ski à tout prix?

Non, ce n’est pas la mission de l’école de défendre ce sport, même si le ski s’inscrit dans une tradition suisse. Le ski n’a pas de fonction pédagogique en soi. Cela dit, il serait dommage d’abandonner les camps de ski, qui sont l’occasion de se confronter à la nature, au froid, au dépassement de soi.

Camps de ski, sorties, voyages d’études... Est-ce qu’on en demande trop au porte-monnaie des parents?

Peut-être pour certaines familles. Mais l’école est là pour créer des opportunités, pour permettre aux enfants, qui n’en ont pas la possibilité, d’aller au spectacle, de visiter des villes, d’aller dans les musées. Pour toutes ces raisons, il ne me semble pas anormal de demander une participation aux parents. Mais il faut réfléchir à mettre en place des systèmes pour ne pas créer une école à deux vitesses, avec des élèves qui participent et d’autres qui restent sur le carreau. Trouver le moyen pour que tout le monde puisse continuer à aller en camp...

Quelle serait une contribution raisonnable?

Tout dépend d’une famille à l’autre, d’une commune à l’autre, certaines étant plus riches que d’autres. Mais c’est difficile de donner un montant fixe.

Mais quelles solutions voyez-vous pour que les camps de ski survivent?

On a démarré un groupe de travail très vite dès que la décision du Tribunal fédéral est tombée. On est en train d’explorer des pistes, comme développer de nouveaux réseaux autour des écoles, encourager les associations de parents d’élèves, proposer des camps gratuits, peut-être moins loin, mais avec une expérience de vie tout aussi enrichissante. Une chose est sûre: toutes les activités hors cadre font partie de l’école et sont d’ailleurs prévues par le Plan d’études romand. La mission de l’école est donc de soutenir les camps, la vie en société, le vivre ensemble, la citoyenneté. Elle doit se battre pour que les camps subsistent, qu’ils soient verts, multi­sports ou urbains. 

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