Contribution de lecteur
20 novembre 2017

Les grands argentiers de la Fed de New York

Si vous n’êtes pas au courant, sachez qu’il y a un cursus pour devenir banquier central. Cela s’appelle le High School Fed Challenge; pas besoin de vérifier, nous ne sommes pas le premier avril, c’est authentique. Et donc on forme nos têtes blondes à devenir des adeptes de la planche à billets.

D’abord, il faut apprendre le vocable du cru: ancré (voire bien ancré), attente, modéré, relatif, robuste ou encore stabiliser. La croissance est bien ancrée (ce qui ne veut rien dire, mais fait très sérieux), nos attentes ayant été confirmées (on croit entendre le sketch «Parler pour ne rien dire», lien en bas de l'article); le niveau de chômage est modéré (encore du blabla), surtout en termes relatifs (par exemple si l’on compare à la période de Weimar), l’économie s’est stabilisée, ce qui fournit la preuve de sa robustesse.

Ce charabia est inattaquable, vu que l’on n’a rien promis, rien dit ni livré la moindre information, que l’on serait par ailleurs bien en peine de connaître.

Ce salmigondis a été prononcé plus ou moins tel quel par les gamins qui, singeant leur idole Ben Bernanke, espèrent un jour siéger à la table des gouverneurs de la banque centrale.

Certains ont admis qu’une fois élus, ils favoriseront les taux négatifs, pour réduire le coût de leur prêt étudiant. L’un d’entre eux déclare: si tu parles à la majorité des adolescents que nous connaissons, ils disent que l’économie est dans une situation catastrophique. Donc je ne suis pas certain que tout le monde ait le même sentiment d’optimisme que nous ressentons.

Dans un élan de sincérité, le juvénile Amadi Shivaka déclare: la Fed a juste créé de l’argent.

Et ça m’a explosé la tête – tu sais, l’argent n’est venu de nulle part. La Fed a juste créé des milliers de milliards et les a mis sur le marché. Et quand elle en aura envie, elle prendra ces milliers de milliards et les fera disparaître. Probablement un futur président de banque centrale, celui-là...

Pour avoir une chance de battre un record qui date de la Seconde Guerre mondiale (celui de la dette par rapport au PIB), c’est comme avec la dinde: il faut donc des banquiers centraux hors-sol, de l’élevage, un peu comme ces volailles serrées les unes contre les autres dans un hangar, parce qu’en liberté, leurs pattes trop fragiles se casseraient; pas besoin d’ailleurs de tuer ces poussins surdimensionnés, qui meurent tous seuls d’une insuffisance cardiaque...

Comprenez-moi bien: il ne s’agit pas de faire un mauvais procès à ces jeunes, j’attendrai leur accession aux fonctions et à l’âge adulte pour ça. Ce qui me fascine, c’est la mise en place potentiellement inéluctable, et peut-être pour un avenir durable, d’un paradoxe d’Abilene pour la monnaie.

Le concept vous est familier: imaginez un couple avec les beaux-parents, quatre personnes assises sous un porche dans une chaleur abrutissante, dans la petite ville de Coleman, au Texas. Le père de l’épouse propose d’aller manger au restaurant d’Abilene, à environ 85 kilomètres; le gendre se dit que son beau-père est tombé sur la tête, mais il ne veut pas contrarier sa compagne, qui a si peu l’occasion de passer du temps avec ses géniteurs. Les deux femmes suivent le mouvement, et voilà donc notre quarteron qui embarque dans une Buick sans air conditionné.

À Abilene, une serveuse qui dégouline de sueur leur sert une triste nourriture réchauffée à la hâte par un employé dont la cuisine fait également office de sauna; après avoir avalé de son mieux la mauvaise pitance, le groupe repart en chemin inverse et rentre épuisé.

On s’est bien amusés, n’est-ce pas? demande le beau-père; là, sa femme avoue qu’elle avait des réserves, mais elle n’a pas pipé mot, pour ne pas gâcher l’ambiance. Le beau-fils dit: moi cela ne me disait rien, mais j’ai voulu vous faire plaisir... Sa femme rétorque: j’ai pensé que c’était bien une idée d’hommes, de partir en vadrouille à une température pareille. Et son papa de surenchérir: la seule raison pour laquelle j’avais proposé ça, c’était que j’avais l’impression que tout le monde s’ennuyait.

Bref: personne ne veut y aller, mais en fin de compte, tout le monde y va. J’ajouterais que, dans une famille encore plus polie, le groupe se serait unanimement félicité du voyage et on se serait promis d’y retourner dès le lendemain; voilà l’effet que me font les banques centrales à l’heure actuelle, avec ses argentiers hors-sol qui fonctionnent comme des zombies.

Mais la messe n’est peut-être pas dite: Donald Trump vient de pousser Janet Yellen dehors, ainsi que le numéro deux Stanley Fisher, qui a «démissionné de manière inattendue pour des raisons personnelles». Celui que l’on peut considérer numéro trois, le patron de la Fed de New York William Dudley, soutien de Janet Yellen, a également annoncé sa retraite cette année. Sur sept sièges du FOMC, il ne restera donc que Lael Brainard, mise en place par Barack Obama, à faire partie de l’ancienne garde: Randal Quarles, proposé par The Don, a été confirmé récemment par le sénat.

Jay Powell a été nommé à la place de Janet Yellen; quatre noms sont encore inconnus. Du côté des présidents régionaux, le plus important d’entre eux devra également faire partie du nouveau projet;

Donald tente-t-il de mettre à bas le paradoxe d’Abilene qui a régné en maître ces dernières années chez les grands argentiers?

Quoi qu’il en soit, quel coup de balai!

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