14 février 2019

Ambiance glaciale au boulot

Par goût pour la montagne ou la vie au grand air, ils sont un peu devenus des experts de la neige et de la glace. Plongeur, nivologue ou encore snowmaker, chacun vit son propre quotidien hivernal, avec ses charmes et ses difficultés.

Daniel Germanier effectue des plongées une fois par an au lac Lioson - juste pour le plaisir.
Daniel Germanier effectue des plongées une fois par an au lac Lioson - juste pour le plaisir.

«Il faut observer sans relâche le manteau neigeux»

Robert Bolognesi, nivologue et directeur de Meteorisk à Sion (VS)

Robert Bolognesi a toujours sur lui un équipement d’urgence pour se protéger du froid s’il devait passer toute la nuit dehors.

«J’ai toujours voulu être nivologue, depuis tout petit. Étudier la neige, les problèmes qu’elle génère, comme les avalanches, mais aussi les opportunités qu’elle offre avec les sports d’hiver. Mes journées sont longues, parce que je me lève souvent vers 5 heures du matin et que je termine vers 20 h ou 22 h. Il faut observer sans relâche le manteau neigeux, les vents, les variations de température, les précipitations… Dès qu’il y a une chute de neige, je sais qu’il va se passer des choses intéressantes.

Ma vie professionnelle se déroule à moitié derrière l’ordinateur et à moitié en montagne. À partir de relevés, je crée mes algorithmes, que je vérifie ensuite sur le terrain. Les modèles théoriques comportent toujours des simplifications. Or, la nature fait preuve d’une incroyable complexité: il est indispensable de garder les pieds ‹dans la neige›. Pour prendre les mesures, je pars toujours avec mes skis et mon sac à dos qui contient, entre autres, une pelle, des thermomètres, un scissomètre, un anémomètre, une loupe, un carottier et un appareil photo. Il m’arrive d’emporter un parasol quand je dois étudier les formes et l’évolution des cristaux, c’est une matière tellement éphémère… Je prolonge volontiers l’observation pour la seule beauté de l’image.

J’aime les petits matins froids et secs, partir dans le silence, le grand blanc, dans cette ambiance sereine et pure. Je ne suis pas frileux, mais le froid peut être mortel. Au-delà de -20 °C, yeux, pommettes et doigts peuvent geler très vite, surtout par vent fort, sans que l’on s’en aperçoive. J’ai toujours aussi une couverture de survie et une chaufferette au cas où je devrais dormir dehors, ce qui peut arriver lors de mesures en situation critique.

La nivologie est passionnante, j’exerce ce métier depuis trente-cinq ans. Mais il risque de disparaître. Les ordinateurs et les capteurs deviennent si performants!»


«Chaque plongée sous glace est différente, avec des effets de lumière magnifiques»

Daniel Germanier, propriétaire du centre  de plongée Sub-Sport à Neuchâtel

Il fait parfois si froid au bord du lac Lioson où plonge Daniel Germanier, que le matériel gèle immédiatement à sa sortie de l’eau.

«J’ai commencé la plongée sous les tropiques, il y a environ trente ans. Quand je me suis mis à plonger en Suisse, je me suis intéressé à tous les environnements sous-marins. La première fois que j’ai testé la plongée sous glace, j’avais l’impression de m’engouffrer dans un trou noir. Mais une fois sous l’eau, c’était tout le contraire: la surface vue de dessous est très lumineuse!

Au début, je plongeais dans une combinaison humide, mais le matériel a bien changé: désormais, nous avons des combinaisons étanches et des sous-vêtements thermiques. Il existe même des gilets pourvus de chauffage électrique et de recycleur d’air, qui font que notre autonomie n’est pas limitée par la profondeur. Cela permet de rester jusqu’à 90 minutes sous l’eau avant que le corps ne commence à se refroidir par la respiration.

J’effectue des plongées sous glace une fois par an, par exemple au lac Lioson (VD), à 1900 m, où nous apportons le matériel à pied. Il est profond de 30 mètres et son eau est d’une pureté incroyable. Chaque plongée est différente, avec des effets de lumière selon l’épaisseur de la neige, ou alors sous de la glace vive qui peut parfois atteindre 70 cm. Les participants, qui doivent avoir passé le brevet auparavant, peuvent circuler sous l’eau entre trois trous reliés par une corde.

Hormis ce week-end particulier, j’effectue occasionnellement des travaux sous-marins. Je propose aussi des formations en plongée spéléo. Mon rêve, c’est de trouver un jour une grotte que personne n’a encore découverte…


«Une patinoire extérieure, c’est compliqué à gérer»

Eddy Urfer, responsable de l’exploitation de la patinoire de Montchoisi à Lausanne

Les différents réglages de la surfaceuse n’ont plus de secrets pour Eddy Urfer.

«Ma journée commence à 7 h du matin par le nettoyage des vestiaires, des WC, des travées ainsi que du hall d’entrée. Nous travaillons toujours en équipe, à deux ou trois: deux d’entre nous s’occupent du nettoyage, tandis que l’autre prépare les pistes. Celle qui est située du côté restaurant est installée directement dans la piscine. Durant l’automne, on vidange le bassin avant de monter un échafaudage un plancher et cent soixante tuyaux de froid. Puis on verse un lit de sable, on pose le ring et les filets et on crée une petite couche de glace, qu’on blanchit avec de la craie. On pose ensuite les lignes de couleur, qui ressemblent à des rouleaux de papier crêpe, avant d’épaissir la glace avec une hydrante.

Une patinoire extérieure, c’est compliqué à gérer: lorsqu’il y a du vent, on a des feuilles qui se prennent dans la glace. Et plus il fait froid, plus la glace devient cassante. L’an passé, on a eu des fentes profondes, alors on a un peu augmenté la température et réglé nos compresseurs à -6,5° C. Quand il y a du soleil, les lignes de couleur fondent plus vite que le reste et cela forme des creux… en fait, l’idéal est d’avoir un temps nuageux ou avec du brouillard en altitude et une température comprise entre -5° C et 5° C.

Pour entretenir la patinoire, on utilise une surfaceuse à lame, que nous baissons plus ou moins selon les conditions météo. L’idéal, c’est de remettre en eau ce qu’on enlève en glace, sinon nous n’aurions plus de surface de glisse! Lorsqu’il y a du soleil, on dit que
la glace «transpire» et nous utilisons alors la surfaceuse à sec.
Lorsqu’on a fini de bien lisser la surface, on s’attelle à l’aiguisage des patins de location. On s’occupe aussi des premiers secours, de la petite bobologie aux cas plus graves.

Ce que je préfère, pour ma part, c’est passer la surfaceuse et être de piquet une semaine sur deux, 24 heures sur 24. Cela change du quotidien, car on ne sait jamais ce qui va se passer. Et puis, étant donné que je travaille ici toute l’année, je suis chef d’équipe de la patinoire en hiver et de la piscine en été. Dès le mois de mai, je commence alors un tout autre métier…»


«Seul sur les toits, même enneigés, c’est la belle vie!»

Baptiste Rohrbach, ferblantier-couvreur à Bex (VD)

Lorsqu'il fait froid, Baptiste Rohrbach enfile plusieurs paires de gants anti-glisse.

«J’ai toujours vécu au milieu des outils de ferblanterie: l’atelier de mon père était sous la maison. Mais je connaissais le métier sans m’y intéresser. Au moment de l’apprentissage, j’ai eu le déclic: le ferblantier est tout le temps dehors et, comme on travaille sur les toits, on a des vues incroyables sur le lac et les couchers de soleil.

En hiver, on profite de préparer les pièces à l’atelier et on s’occupe des petits chantiers.Mais quelle que soit la saison, on est tous les jours dehors. Le froid? C’est le premier quart d’heure qui est dur, après on s’habitue. On peut faire le même travail, seul le rythme change, tout est ralenti. On porte plusieurs paires de gants anti-glisse, un petit bonnet, et on fait davantage de pauses pour se réchauffer. Par contre, la taule fine et le zinc sont plus cassants quand les températures sont basses. Il faut les chauffer avec des petits chalumeaux avant de les travailler. Et certaines colles ne peuvent pas être utilisées en dessous de 5° C. Quand c’est vraiment trop glacial, il faut savoir renoncer et revenir plus tard dans l’après-midi, attendre le retour du soleil…

Le plus pénible, c’est la pluie toute la journée. Ça met un coup au moral. La neige, c’est joli, et vu qu’on bâche les zones de travail la veille, on peut toujours y accéder. Vraiment, seul sur les toits, même enneigés, c’est la belle vie!»


«Nous sommes les premiers debout et les derniers couchés»

Jean-Philippe Favey, chef de l’unité transports à Lausanne

Jean-Philippe Favey n’est pas insensible à la poésie des paysages enneigés la nuit.

«Notre équipe se compose de vingt-cinq chauffeurs qui, lors des périodes de déneigement, se répartissent la conduite des camions pour dégager les axes principaux et des véhicules légers dans les rues plus étroites. Nous avons maintenant également des saleuses modernes avec des réglages très fins, permettant de programmer la largeur et l’intensité au mètre carré. Au début de l’hiver, nous stockons 1600 tonnes de sel. Étant donné que les salines de Bex et de Bâle se sont regroupées, le nôtre vient dorénavant en alternance des deux endroits.

Le travail est difficile, car Lausanne est construite sur trois collines et possède trois niveaux d’altitude. Par ailleurs, elle est parcourue par des courants différents. Il peut ainsi neiger à la Maladière et faire en même temps très beau à Ouchy. Une certaine expérience du terrain est nécessaire pour comprendre et bien gérer le phénomène. Les milieux urbains sont un environnement complexe, avec des dos d’âne, des zones à 30 km/h, beaucoup de mobilier de rue. Il faut être attentif à tout, c’est très exigeant.

Lors de gros épisodes neigeux, nous intervenons dès 3 h 30 du matin et pouvons terminer nos journées vers minuit trente ou une heure du matin. Nous sommes les premiers debout et les derniers couchés! Mais il y a aussi de beaux moments. Je me rappelle par exemple que, quand j’ai commencé à la Ville, je m’occupais du secteur de Vernand. J’étais seul à 4 h du matin, à pousser la neige et faire ma trace… c’était magnifique.

Maintenant que je suis cadre responsable, je conduis moins souvent, mais chaque jour est différent. Nous travaillons surtout en partenariat avec la police et
les Transports lausannois. Nous avons aussi créé une synergie avec une quinzaine de communes
environnantes, ce qui permet un échange de services et un travail commun lors de fortes chutes de neige. Nous effectuons environ soixante interventions par hiver, en principe de mi-novembre à mi-mars. Le reste de l’année, nous nous occupons de tout transport, du matériel lié à des manifestations à l’acheminement d’enfants, en passant par les dépannages.»


«On peut faire neuf qualités de neige différentes»

Mehdi Djouad, snowmaker à Crans-Montana (VS)

Pour vérifier la qualité de la neige produite par les enneigeurs, Mehdi Djouad doit parfois sortir la nuit par -15° C.

«J’ai fait des études en génie électrique et informatique pour devenir développeur, mais à 25 ans, j’ai découvert un autre métier. Comme j’adore la montagne, j’avais postulé à un emploi de perchman en Haute-Savoie, mais on m’a proposé mieux: snowmaker, un travail de terrain, qui allie l’électricité, la mécanique, l’informatique et le froid!

À Crans-Montana, deux équipes se relaient, une de jour et une de nuit. Je fais la transmission entre les deux. Tout l’hiver, je me lève à 4 h 30 du matin et je file sur mon motoneige. Même si les 320 enneigeurs sont commandés par ordinateur, il faut arpenter les 140 km de pistes qui montent jusqu’à 3000 m. Mes outils? De la volonté, des habits chauds et un sac à dos équipé de marteaux, tournevis, clés à molette, pinces, pour réparer ou casser les blocs de glace qui enserrent les perches.

On peut faire neuf qualités de neige, de la plus humide à la plus sèche. En début de saison, on produit une neige plus humide qui scelle mieux les cailloux et fait le fond. Le but est de créer un manteau neigeux avec une hauteur de neige adéquate et de gérer au mieux la quantité d’eau pour éviter de devoir déblayer en fin de saison.

Cet hiver, on a produit quelque 440 000 m3 de neige, une quantité assez stable d’une année à l’autre. Mais on n’arrive pas à reproduire la jolie forme des flocons. Notre mélange d’air et d’eau donne des billes rondes et pleines. Il y a moins d’accroche entre elles, mais l’avantage est qu’elles sont plus lentes à fondre.

Snowmaker est un métier dur physiquement. Mais à chaque fois que je vais travailler, je me dis que j’ai de la chance. Se retrouver seul dans la montagne, regarder un lever de soleil sur la chaîne des 4000, c’est un moment unique. On oublie le froid et on boit surtout beaucoup de café!

Benutzer-Kommentare

Articles liés

«J’adore l'odeur du feu, et je sais toujours dès mon arrivée à la gare si la forge est allumée ou pas.»

Une femme de fer

Jouer avec les chiots est une activité primordiale pour leur socialisation.

Un travail au poil

Migros au féminin

Le télétravail, c’est la santé!