4 janvier 2018

Les mots du bonheur

De «Je t’aime» à «C’est l’heure de l’apéro», certaines phrases ont le chic pour nous mettre de bonne humeur, voire pour nous rendre heureux, ne serait-ce que l’espace d’un instant.

Raquel et Loïc
Raquel, 13 ans, Rennaz (VD): «Si je gagnais beaucoup d’argent, ça me rendrait très heureuse d’en donner la moitié à un centre animalier. Et je partagerais l’autre moitié avec ma famille.» et Loïc, 15 ans, Villeneuve (VD): «L’amour, c’est ce qu’il y a de plus important dans la vie. C’est pas cool d’être célibataire.» (Photo: Jeremy Bierer)

Il suffit parfois d’une simple phrase pour nous donner le sourire et ensoleiller notre journée. Il y a les valeurs sûres, les évidentes, comme un «Je t’aime» chuchoté par notre douce moitié ou encore un «Je suis fier de toi» sorti de la bouche de notre paternel. Mais d’autres propos plus triviaux, moins essentiels, peuvent aussi nous apporter leur lot d’allégresse, de légèreté. L’annonce d’un bon souper, par exemple. Ou un «Tu ne connais pas la dernière?» lancé par notre commère préférée alors que nous sommes en mal de ragots. Plaisirs furtifs, certes, mais qui ont le mérite d’égayer notre quotidien.

«Le bonheur est une succession de petits moments agréables, de perles que l’on enfile sur un collier», confirme le psychologue fribourgeois Yves-Alexandre Thalmann (voir plus bas). Les mots que l’on nous adresse ont donc leur rôle à jouer dans la construction de notre félicité. Cette dernière se cachant dans divers aspects de notre existence, de notre état de santé à notre vie professionnelle, en passant par nos loisirs et parfois même par la météo, encore faut-il trouver lesquels!

Migros Magazine a dressé une liste d’une quinzaine de phrases susceptibles de faire plaisir avant de se rendre dans la rue pour sonder le passant. Et vous, que faut-il vous dire pour vous rendre heureux? Participez à notre sondage ci-dessous!

Que faut-il vous dire pour vous rendre heureux?

Yves-Alexandre Thalmann: «Le cerveau peut, grâce au langage, créer un univers merveilleux»

Yves-Alexandre Thalmann, psychologue à Fribourg, spécialiste du bonheur.

De simples phrases ont-elles le pouvoir de nous rendre heureux?

Je dirais plutôt qu’elles sont susceptibles de nous apporter des instants de plaisir ou de joie. Mais cela dépend également du contexte et de la manière dont on les interprète. Si on a maigri parce qu’on a un cancer, une remarque sur notre poids ne nous fera pas plaisir. Inviter quelqu’un à boire un dernier verre peut, selon les circonstances, passer pour du harcèlement et fêter la victoire de son équipe préférée implique nécessairement que d’autres aient perdu. Cela dit, les mots ont bel et bien une influence sur notre bonheur: ce que nous nous racontons à nous-mêmes prend bien souvent le pas sur la réalité.

Qu’entendez-vous par là?

Si nous sommes convaincus d’avoir vécu une enfance heureuse, que nous le clamons haut et fort, même si ce n’est pas entièrement vrai, nous en ressentons du plaisir. Idem pour une relation amoureuse qui s’est mal terminée et que nous qualifions de catastrophique: il y a certainement eu des moments heureux, mais nos souvenirs sont teintés par cette fin douloureuse. Le bonheur en pleine conscience est rare. En revanche, le cerveau peut, grâce au langage, créer un univers merveilleux.

Si vous deviez ne retenir qu’une seule phrase de notre liste, celle qui vous rendrait le plus heureux, laquelle choisiriez-vous?

«Je t’aime», sans hésitation. Les relations humaines, qu’elles soient amicales ou amoureuses, pèsent davantage dans la balance du bonheur que la météo ou un bon repas! Tout comme le fait d’être apprécié, d’être entouré d’amis. Une phrase comme «Je suis fière de toi», signe de reconnaissance, peut également procurer beaucoup de plaisir, notamment si elle est inconditionnelle, non rattachée à un événement particulier, comme une bonne note à l’école.

Et celle qui vous convainc le moins?

«Vous avez gagné à l’Euromillions.» L’argent ne fait pas autant le bonheur que l’on croit, son pouvoir est largement surestimé. Posséder davantage ne nous rend pas forcément plus heureux. C’est comme avec une nouvelle voiture: sur le moment, on est très content, mais au bout de quelques semaines, on peste tout autant contre les embouteillages.

Il est préférable d’investir dans une expérience dont on peut se souvenir avec joie par la suite.

Quant à la phrase «Wifi gratuit», elle ne laisse rien présager de bon. Mais internet est devenu une telle référence dans notre société que c’est quasiment entré dans nos besoins de base. Les mœurs, la culture évoluent, les plaisirs aussi.

Quid de la santé?

Selon des études récentes sur le bonheur, elle non plus n’est pas aussi déterminante que cela, la seule exception étant les douleurs chroniques. Ce que l’on vit ne compte que très peu dans le fait que nous soyons heureux ou non. C’est plutôt une question d’adaptation, de la façon d’appréhender ce qui nous arrive. Le bonheur se construit, il ne tombe pas du ciel: il faut aussi y mettre du sien. Prenez l’exemple de la météo: même si nos projets sont contrariés à cause de la pluie, nous pouvons toujours trouver un programme qui nous fasse tout autant plaisir. Il suffit de garder l’esprit ouvert.

Finalement, quelle est la recette du bonheur?

Même si elle varie d’une personne à l’autre, les ingrédients de base restent les mêmes: des moments de plaisir, qui nous procurent des émotions agréables; le sens que l’on donne à notre vie, à nos activités, qu’elles soient personnelles ou professionnelles; la notion de contentement, c’est-à-dire le regard que nous portons sur ce que nous avons vécu jusqu’à maintenant; et la sérénité, la manière dont nous faisons face aux aléas du quotidien. D’aucuns appellent ça la sagesse…

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