15 décembre 2017

Les rencontres de Bonhomme

Marc Wicht, de La Tour-de-Trême (FR), a remporté le 2e prix de notre concours du Conte de Noël. Nous publions ici le texte primé.

conte de Noël
Polichinelle attend de patte ferme son cadeau...(Photo: Getty Images)
Temps de lecture 4 minutes

Bonhomme se lève. Par habitude. Parce qu’il le faut bien. Cassé dans son corps, cassé dans son âme, il chemine, semble ne plus rien voir. Il est sans âge. Il est seul. Ou presque. Presque, car Polichinelle veille. Polichinelle, c’est le chat. Un chat qui en fait à sa tête parfois, mais qui, surtout, vient souvent sur ses genoux. Polichinelle ronronne ses exigences et ses tendresses. La présence, c’est comme ça, entre tyrannie et douceur. Oui, d’ailleurs, puisque demain c’est Noël, il va lui acheter un cadeau.

Il sort pour Polichinelle. Il parcourt la petite ville. Une ville qui ne sait pas toujours ce qu’elle se veut. Urbaine, dans le vent, dans la course de son temps. Ou plutôt ralentie mais si naturelle, comme avant, quand elle était encore village. Bonhomme, lui, avance et rit sans raison devant les décorations. Voilà le magasin d’articles pour animaux. Il se faufile entre les rayons. Il cherche les jouets, ou alors une friandise. Non, pas une friandise, les friandises c’est, après le repas de Bonhomme, ce qu’il réserve occasionnellement dans son assiette. Sagement, Polichinelle attend. Il sait que, au bord de l’évier, avant la vaisselle, son tour viendra. Alors un jouet ? Mais, souvent, un bout de ficelle suffit… Perdu dans ses pensées, Bonhomme bouscule une jeune femme.

Elle est toute fine et semble frigorifiée. Dans cet endroit bien chauffé, elle a gardé son bonnet et ses gants. Un bonnet de laine à pompon et ces gants curieux qui laissent voir le bout des doigts mais aussi les petites mitaines qui s’accrochent à eux, pour les recouvrir, ces bouts de doigts frileux. Bonhomme engage la conversation, lui parle de Polichinelle. Moi, dit-elle en plaisantant, c’est Gaëlle, la folle aux chats. Dans mon quartier, je prends garde à eux, les solitaires, les miséreux. Et puis, chez moi, j’en ai deux. Enfin, bientôt plus, Madame attend des petits, c’est pour bientôt. Et chez vous, Polichinelle est tout seul. Ah non, avec vous quand même. Oui, mais… Alors, oui, vous viendrez voir ces petits, peut-être une nouvelle compagnie pour Polichinelle ?

Bonhomme est étourdi. Il est sorti du magasin sans rien acheter. La neige n’est pas là, il fait froid, mais le ciel est clair et le soleil brille. Bonhomme ajuste son écharpe et décide de sortir du bourg. Ici, la forêt n’est jamais loin. Il s’approche de la lisière puis, par un chemin familier, entre dans le sous-bois. Il voit encore le visage de Gaëlle et pense à nouveau au jouet promis. Il le trouvera ici. Il s’approche de la clairière qu’il connaît depuis longtemps, celle des Quatre-Sapins. Il y a bien quatre sapins. Surtout le tout grand, le tout vieux. Là, une dame. Une vieille dame habillée à l’ancienne d’une longue robe noire protégée d’un tablier gris. Penchée, elle ramasse quelque chose par terre. Bonhomme s’approche. Comme dans les histoires du temps passé racontées par sa grand-maman, la Vieille ramasse des pives. Les pives que l’on mettra à sécher pour en faire des allume-feu dans le fourneau à bois. Elle en prend une, une toute petite qu’elle tend à Bonhomme. Il la saisit et ferme les yeux. Quand il les ouvre à nouveau, elle a disparu. Au loin, les cloches de l’église sonnent. Plus de vieille dame, mais la pive, elle, est toujours là. Ce sera le jouet de Noël de Polichinelle. Au bout d’une ficelle.

Bonhomme reprend sa route et rentre chez lui. Il habite un immeuble ancien. Quatre appartements, des voisins que l’on croise, à qui l’on dit bonjour, sans plus. Et puis une nouvelle venue. Bonhomme ne l’a pas encore vue. Sur la boîte aux lettres, c’est marqué Joëlle. La voilà, relevant son courrier. Elle revient de ses courses, deux gros sacs à ses pieds. Très vite, Bonhomme voit tout. Le visage pâle, un peu marqué et puis un ventre, un ventre rond, un ventre en espérance. Très vite, elle lui dit un bébé pour l’été, un papa là-bas, une vie ici. Aujourd’hui, Joseph n’est pas toujours avec Marie. Bonhomme porte les sacs, deux étages, les laisse sur le palier. On se dit au revoir. Et bon Noël.

Les portes se ferment. Mais pas les yeux de Bonhomme qui, soudain, s’écarquillent. Oui, bien sûr. Polichinelle, la ville, Gaëlle, la Vieille et maintenant Joëlle. Tous ces « l », toutes ces ailes. La musique dans sa tête, c’est celle des anges, les anges et leurs ailes. Le chat est venu aux nouvelles. Ni une, ni deux, Bonhomme le prend dans ses bras. Demain, tu auras ton jouet, mais ce soir, je t’emmène. Oui, Joëlle, c’est à nouveau moi. Oui, ce petit chat est à moi, c’est Polichinelle. Le bébé, non, pas encore de nom. Fille ou garçon, qu’importe, dans mon ventre c’est un ange, dit-elle en souriant. Il aura deux ailes et un grand-papa de rechange, si vous le voulez bien ?

Cette nuit, Bonhomme est aux anges.

Marc Wicht

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