15 décembre 2017

Les téléphones portables sont-ils de trop à l’école?

En France, les smartphones seront interdits dans les écoles dès la rentrée 2018. La Suisse va t-elle suivre le mouvement? Et si oui, est-ce vraiment une bonne chose?

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En Suisse, nombreuses sont les écoles à avoir banni les smartphones des salles de classe. (Photo: iStock)

L’objet tant convoité se nomme smartphone pour les plus chanceux ou simplement téléphone portable pour les moins vernis. Il est devenu le meilleur ami d’une jeune génération toujours plus jeune. À 7 ans et demi, certains possèdent leur propre exemplaire dans le but de pouvoir être joints à tout instant par des parents soucieux de savoir où se trouve leur progéniture.

Dans notre société hyperconnectée, les smartphones ont donc droit de cité dans les poches des jeans et des vestes des enfants. Mais pas en classe, estime Jean-­Michel Blanquer, le ministre français de l’Éducation nationale qui a annoncé la semaine dernière vouloir interdire les téléphones dans les écoles à partir de la rentrée 2018, faisant suite à une promesse de campagne d’Emmanuel Macron.

En Suisse, point de déclaration tonitruante, fédéralisme oblige, mais dans les faits, nombreux sont les établissements et les cantons à avoir banni les smartphones des salles de classe. Comme à Fribourg, où la nouvelle loi scolaire stipule désormais noir sur blanc que l’utilisation d’appareils électroniques, à savoir ceux permettant de téléphoner, filmer ou enregistrer, «est interdite durant le temps scolaire, sauf autorisation de l’enseignant».

Une décision saluée par l’avocat valaisan spécialisé en technologies Sébastien Fanti. Toutefois, prévient-il, on ne saurait interdire pour interdire. Et l’on se doit d’intégrer intelligemment l’utilisation d’un tel outil de savoir en classe. Sauf que pour l’heure, la pédagogie du smartphone reste à inventer.

Les smartphones sont-ils de trop à l'école?

Sébastien Fanti: «L’absence de téléphone permet de maintenir un certain niveau d’attention»

Sébastien Fanti, avocat spécialisé en technologies et préposé valaisan à la protection des données.

Interdire les téléphones portables à l’heure du tout numérique, est-ce bien raisonnable?

Certainement, car l’absence de téléphone permet de maintenir un certain niveau de concentration et d’attention lors d’une phase d’apprentissage. Si vous mettez un téléphone sur la table d’un élève en classe, il sera constamment dérangé par des notifications. Quand on sait qu’il faut neuf minutes au cerveau pour se reconcentrer après avoir été dérangé lors d’une réflexion intense, on imagine bien que les élèves ne seront pas aussi efficients avec un téléphone. L’autre élément réside dans le fait que les constructeurs et concepteurs de smartphones souhaitent que vous interagissiez avec ces derniers. Les chiffres à ce sujet sont éloquents: on parle de 2000 gestes par jour liés au téléphone. Autant d’énergie que vous n’utilisez pas pour apprendre. La décision française se comprend. On interdit partiellement, mais il faut aussi proposer quelque chose.

Le téléphone ne pourrait-il pas être un vecteur d’apprentissage?

Il pourrait tout à fait l’être, mais dans une démarche circonstanciée et contextualisée. C’est un excellent outil d’apprentissage à un instant «T», mais pas tout le temps. Pour y parvenir, il faut d’abord changer et adapter les programmes pédagogiques. On pourrait par exemple commencer par montrer aux enfants comment utiliser leur téléphone pour être le moins pollué possible par les notifications et les interactions. Comment l’employer à bon escient et pas tous azimuts.

L’école accuse un certain retard face au numérique. Comment s’y prendre pour éduquer sans rendre dépendant?

Nous sommes en train de rater le train du numérique à l’école, car nous n’avons pas de plan national.

Sébastien Fanti

À mon sens, l’école a un rôle central à jouer, mais avant cela, il est primordial de mettre en place un programme national et d’arrêter de cuisiner chacun dans son coin. Deuxièmement, il est essentiel de prémâcher la tâche aux enseignants, car ils n’ont pas le temps de se former. Il y a donc un travail préliminaire de coordination à effectuer à l’échelon de notre petit pays qu’est la Suisse. Ensuite, il faut trouver des processus d’apprentissage qui correspondent aux attentes des élèves. Les former à Word ou Excel ne suffit pas. Actuellement, il n’y a pas d’adéquation entre ce qu’on leur propose et leur réalité. Beaucoup de profs n’ont même pas idée de ce que cherchent leurs élèves. Et puis il ne faut pas oublier que l’on a le droit de fixer des règles, comme déposer son téléphone s’il n’est pas utilisé dans un but pédagogique.

Quel est justement l’intérêt pédagogique d’un tel outil?

Le téléphone est l’un des objets les plus utilisés par les enfants pour apprendre, car le savoir n’a jamais été aussi accessible, mais tant que vous n’avez pas nourri cet outil, en mettant par exemple à disposition des applications, il n’y aura pas de bénéfice. C’est là tout l’enjeu.

Concernant le bannissement des téléphones en classe, le ministre français de l’Éducation nationale évoque un problème de santé publique, prônant l’abstinence face aux écrans jusqu’à l’âge de 7 ans. Il a raison?

Bien sûr. Regardez les gourous de la Silicon Valley, tels Steve Jobs ou Bill Gates, eux-mêmes ont choisi pour leurs enfants des écoles où les écrans sont prohibés avant l’âge de 7 ans. Alors oui, c’est un vrai problème de santé publique et personne ne sait combien cela va coûter de désintoxiquer ces jeunes. Je suis intimement convaincu que les enfants sont confrontés trop tôt aux écrans. J’ai moi-même été beaucoup moins permissif avec mes deux derniers enfants qu’avec les deux aînés. Sans compter que je donne moi-même un mauvais exemple en étant hyperconnecté.

À votre avis

Sonia, 42 ans, Lausanne

«Interdire n’est jamais une bonne chose, mais il est vrai qu’aujourd’hui les enfants ont des téléphones de plus en plus jeunes et j’estime normal qu’ils ne les prennent pas en classe.»

Alexandre, 28 ans, Lausanne

«Pour moi, ce n’est pas une bonne idée d’interdire. Il faudrait plutôt mener une réflexion de fond sur l’utilisation du smartphone dans les établissements scolaires et éduquer.»

Najia, 39 ans, Lausanne

«Mon mari et moi travaillons à 100%, il est donc important pour nous que nos enfants soient atteignables en toutes circonstances. Ma fille de 7 ans et demi a son téléphone portable.»

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