1 novembre 2017

La jalousie entre frère et sœur

Dans les fratries, la jalousie circule aussi vite que la tendresse. Au point de pourrir parfois l’ambiance familiale. Est-ce que les rivalités s’atténuent avec le temps? Quelques pistes pour apaiser les tensions.

Illustration humoristique sur des frères et soeurs qui se disputent.
Il est parfois difficile pour les parents de savoir quand et comment intervenir lorsque leurs enfants se disputent entre eux.
Temps de lecture 5 minutes

Le lien entre frères et sœurs est ambigu. Caïn, déjà, tuait Abel. Amour et haine, dès le départ. Comme si la relation de fratrie, aussi affectueuse soit-elle, contenait toujours une part d’ombre, l’embrassade n’étant jamais très loin de l’étranglement. C’est bien connu: les angelots jouent ensemble pendant des heures, quand soudain le jeu tourne à l’aigre et l’aîné interroge: «C’est quand qu’on ramène Julien à la maternité?» Variante: «On peut mettre Chloé dans la poubelle?» Entre frère et sœur, que ce soit dans l’enfance ou même l’adolescence, les tensions ont parfois la vie longue. Dans les consultations et les cafés de parents, cette thématique touche tout le monde, partout, quels que soient la culture et le milieu social.

Comment passer de la concurrence à l'harmonie, de la fratrie à la fraternité?

Voilà la question!», confirme Emilia Colombi Boggio, intervenante spécialisée à l’Ecole des parents de Genève. Qui casse d’entrée le mythe qui consiste à ne pas vouloir faire de jaloux:

Les parents ont toujours cette idée de partager le gâteau d’amour en parts égales. Mais tous les enfants n’ont pas la même faim.

«L’égalité est moins importante que la justesse des réponses apportées aux besoins de chacun.»

Mais pourquoi tant de haine? Parce que la fratrie est d’abord et surtout un «laboratoire d’apprentissage du partage», où l’on commence par devoir mettre en commun ce que l’on a de plus cher au monde: sa maman et son papa. «La relation fraternelle est complexifiée par la jalousie ressentie par l’aîné qui ne veut pas perdre sa place et l’envie ressentie par le cadet qui aspire à avoir les compétences de l’aîné.»

Mais c’est constructeur, puisque ces sentiments leur arriveront de toute manière dans la vie.

Emilia Colombi Boggio

Une «jalousie fraternelle structurante», comme la désignait déjà Françoise Dolto célèbre pédiatre et psychanalyste française. «Je préfère parler de recherche de place plutôt que de jalousie. Mais la lutte pour la place est une lutte à vie», souligne Cristina Tattarletti, codirectrice de l’Education familiale à Fribourg, qui organise quelque 600 cafés-parents chaque année dans le canton. Il faut donc éviter à tout prix de figer les rôles, mais plutôt encourager l’évolution de chacun. Car derrière la lutte pour l’attention des parents se profile la construction de soi.

L’écart d’âge joue aussi un rôle

Plusieurs éléments teintent la relation entre frère et sœur: les caractères de l’un et de l’autre, les tempéraments, l’entourage et sa réactivité, mais aussi l’écart d’âge: «Trois-quatre ans de différence, c’est le cas de figure le plus compliqué. Le deuxième enfant arrive quand le premier entre dans l’âge d’affirmation. Au moment où il veut devenir grand, on le remplace par un bébé. Sale coup!», explique avec humour Emilia Colombi Boggio.

On le sait, l’arrivée d’un deuxième enfant, ça se prépare. Inutile d’étouffer l’aîné sous un flot d’émotions et d’échographies, mais il est important de le faire participer à l’événement qui s’annonce. Comment? En valorisant par exemple ses progrès d’aîné. Mieux vaut cultiver son autonomie plutôt que sa jalousie, et éviter de couvrir le nouveau-né de cadeaux qu’il ne voit même pas…

Quand tout est bien mis en place avant 7 ans, que l’on a travaillé la parentalité, la famille est bien outillée pour gérer les grands conflits de l’adolescence,

Cristina Tattarletti

Autrement dit, placer un cadre, donner des valeurs – on se parle, on ne tape pas, etc. –, apprendre le respect, le «chacun son tour» plutôt que d’acheter tous les jouets à double… Et ne pas intervenir trop vite dans les bagarres.

Une des principales erreurs que font les parents est d’intervenir trop tôt dans les conflits.

Au lieu de faire de la médiation, ils deviennent arbitres. Bien intervenir, c’est difficile. D’ailleurs, les enfants trouvent la plupart du temps une solution tout seuls», poursuit Cristina Tattarletti. Mieux vaut donc d’abord observer, séparer les combattants si vraiment le conflit dégénère – et que l’un s’apprête à enfoncer un maillet sur la tête de l’autre – puis les accompagner à se parler et à trouver une solution.

Une situation envenimée à long terme

Mais parfois, même quand les parents ont fait au mieux, la rivalité s’installe et se prolonge. A 5 ans, les menottes arrachent le lapin en peluche des mains de l’autre. A 12 ans, les portes claquent et à 16 ans, les insultes plus ou moins raffinées volent à table. Alors, une relation de rivalité qui s’enlise, c’est la faute aux parents? «C’est tellement complexe que l’on ne peut pas mettre toute la responsabilité sur un seul facteur. Une famille est forcément dans une situation de crise à un moment ou à un autre. On est dans le même bateau et ça fait des vagues», répond Emilia Colombi Boggio.

Pour «dédramatiser sans banaliser», la spécialiste fribourgeoise rappelle que

les conflits aident à être de meilleurs parents,

parce qu’ils améliorent la relation en permettant la communication. Et si rien ne dénoue les tensions à répétition, reste à faire le deuil de la famille harmonieuse des spots publicitaires. Il faut être deux à vouloir faire la paix. Et le vouloir au même moment. «Parfois la relation évolue avec le temps. Parfois la relation s’apaise… quand il n’y en a plus. En tout cas, plus vite on fait le deuil de la famille idéale, plus vite ça ira mieux. La famille n’est pas un lieu de villégiature! Essayons de rendre les enfants autonomes, c’est déjà ça», conclut Emilia Colombi Boggio.

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