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23 avril 2012

Les tics, les comprendre et s’en débarrasser

Votre enfant se met à cligner de l’œil lorsqu’il est stressé? Votre fille ne peut empêcher ce vilain rictus de plus en plus fréquent? Suivez le guide...

Un garçon ferme fort les yeux et se pince les lèvres
En cas de doute sur les mimiques de leur enfant, les parents 
devraient s’adresser 
à un pédiatre. (Photo: Getty Images/The Image Bank/Olaf Tiedje)
Temps de lecture 4 minutes

Cela commence insidieusement. Par le clignement d’un œil ou la crispation d’un coin de la bouche que vous remarquez de plus en plus souvent. Ou un mouvement d’épaule trop fréquent pour passer inaperçu. En pleine phase de développement, les enfants sont plus sensibles aux tics, à ces «phénomènes moteurs incontrôlés au niveau du corps, mais aussi de la parole», comme les définit Catherine Krähenbühl, psychologue et psychothérapeute à l’Office de psychologie scolaire du canton de Vaud.

Des études le confirment: d’intensité variable, le phénomène s’avère assez fréquent chez les têtes blondes. Pourquoi? «Les âges situés entre 3 et 8 ans, ou encore vers 12 ans, correspondent à des moments clés du développement. L’enfant emmagasine une foule de choses, il se voit soumis à beaucoup de nouvelles exigences auxquelles il consacre l’essentiel de son énergie. Cela peut également correspondre à de petits problèmes dans la maîtrise de son corps et de sa motricité, à une difficulté à gérer son excitation à un âge où son développement passe du purement corporel à quelque chose de plus intellectuel.» Ou tout simplement le signal d’une tâche compliquée à accomplir, ou d’un moment de stress passager.

«J’avais peur que l’on se moque de lui à l’école»

Reste que, fréquents ou non, ces tics inquiètent nombre de parents et peuvent devenir gênants pour l’enfant lui-même. «J’avais l’impression de ne voir que ça. Et du coup, je me rendais bien compte que tout le monde le voyait aussi. J’avais peur que l’on se moque de lui à l’école, j’appréhendais les remarques de nos proches», raconte Julie, maman de Gaspard, très concerné par le problème autour de l’âge de 7 ans.

Je ne savais pas s’il fallait que j’en parle avec la maîtresse ou à son pédiatre.

Entrée à l’école primaire? Relation plus tendue avec l’un ou l’autre camarade? Envie de trop bien faire? Au fond, Julie ne l’a jamais très bien su. Mais elle se souvient de s’être trouvée désemparée. «Je ne savais par exemple pas s’il fallait que j’en parle avec la maîtresse ou à son pédiatre. Si cela n’allait pas empirer les choses.» Pour Catherine Krähenbühl, l’important consiste d’abord à rassurer les parents: hormis de rares cas de pathologies du type syndrome de Gilles de la Tourette, les tics ne représentent pas un danger pour l’enfant, ni pour sa vie sociale, ni naturellement pour sa santé. «Mais le mieux est encore d’en parler au pédiatre, qui pourra justement préciser qu’il ne s’agit pas d’un cas grave et, le cas échéant, dédramatiser la situation.»

Si le phénomène se prolonge au-delà de quelques semaines et/ou s’intensifie, la psychologue vaudoise conseille – surtout chez les plus petits – de distinguer d’abord s’il n’est pas simplement question d’une mauvaise habitude, qui se situerait du côté de l’apprentissage du contrôle corporel. «Par exemple celle d’oublier de rentrer sa langue dans sa bouche. On le fait gentiment remarquer quelques fois, et cela passe tout seul.»

L’adulte observera également la fréquence dudit tic. Si le petit incident moteur ne se produit qu’au moment de terminer sa fiche de mathématiques, ou de se servir de la salade de choux rouges qu’il déteste, là aussi, autant laisser faire la (sa) nature. Le tic peut également être le signe d’une réelle gêne physique. S’il se gratte toujours au même endroit, c’est peut-être que quelque chose le dérange. Là aussi, le pédiatre reste la personne ressource.

Ne pas hésiter à en parler à son enfant

Les tics courants ne sont pas graves. Et il ne s’agit pas d’une maladie. (Photo: Getty Images/Digital Vision/Henrik Sorensen)
Les tics courants ne sont pas graves. Et il ne s’agit pas d’une maladie. (Photo: Getty Images/Digital Vision/Henrik Sorensen)

«S’il confie que ça le gêne, que ça lui attire des remarques de ses camarades ou d’enseignants, les exercices pratiqués chez une psychomotricienne l’aideront dans l’appropriation de son corps», note Catherine Krähenbühl. De manière générale, il convient tant que faire se peut de rester dans la relation avec son enfant, dans ce regard bienveillant qui l’aide à décoder le monde. Entre la dramatisation à l’extrême – toujours néfaste – et faire semblant de rien, trouver le juste milieu. Autant en parler avec lui, en le rendant doucement attentif de ce qui se passe, plutôt que de s’inquiéter dans son coin.

Les tics courants ne sont pas graves. Et il ne s’agit pas d’une maladie. Cela n’empêche pas qu’ils peuvent faire souffrir l’enfant et que cette souffrance doit être recueillie et prise en charge. Sans dramatiser.

Une aide relationnelle

Médecin spécialiste de la douleur, Jacques Jaume a publié il y a quelques années un petit ouvrage éclairant sur les tics, leur étude et leur prise en charge.

En précisant également qu’au-delà d’une homéopathie ou d’une phytothérapie pouvant apporter une aide, «la vraie prise en charge se fera dans une approche relationnelle». Et le praticien de détailler cette dernière en plusieurs points, parmi lesquels:

  • Ecouter la plainte et ce qui dérange le «sujet».
  • Déterminer si c’est l’enfant lui-même qui demande de l’aide ou son entourage (parents, mais aussi éducateurs, milieu sportif, etc.).
  • Savoir si le sujet sera partie prenante dans la prise en charge. Point capital, puisque selon l’auteur seul le sujet pourra prendre conscience puis «modifier, apprendre à contrôler» et finalement abolir ses tics.
  • Analyser le tic dans son amplitude, sa périodicité, sa symbolique, etc.
  • Travailler, avec l’enfant, la connaissance (ou «cognition») de la «montée en charge des tensions internes» provoquant le réflexe. En connaissant mieux les conditions de son apparition et ce que cela produit physiquement, il saura aussi qu’il peut apprendre à rompre avec cet enchaînement.
  • Parmi les exercices possibles, il en est qui peuvent être pratiqués à la maison: celui du miroir, où l’enfant peut «faire le lien entre ce qu’il voit et ce qu’il ressent», le miroir lui permettant d’évaluer son degré de contrôle. Mais aussi, tout simplement, de la relaxation, qui aidera à éloigner pulsions et tensions.

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