9 janvier 2020

Trempette extrême

Depuis trois ans, les Trempeurs d’Hauterive vont s’immerger dans le lac de Neuchâtel au moins une fois par semaine. Qu’il vente, pleuve, gèle ou neige.

Se baigner par basse température demande une bonne dose de courage et aussi de connaître les règles de l’art.
Se baigner par basse température demande une bonne dose de courage et aussi de connaître les règles de l’art.

Un ciel de plomb écrase le lac de Neuchâtel. Il a plu à torrents durant toute la matinée et, à 15 h, il pourrait presque neiger. Pourtant, sur la plage d’Hauterive, un groupe d’une douzaine de personnes discute joyeusement: ce sont les Trempeurs, venus prendre leur bain hebdomadaire, voire tri-hebdomadaire pour certains.

«J’ai toujours vécu plus ou moins au bord du lac et, déjà ado, je me disais que ce serait super d’en profiter toute l’année, explique Vanessa von Dach, la «capitaine» du groupe. En 2016, j’ai emménagé à deux minutes d’ici. Sébastien Alifonso, mon voisin, est devenu mon meilleur ami. Un jour d’avril, à l'apéro, on s’est dit qu’il fallait qu’on essaie de se baigner régulièrement. On y est allés et on n’a jamais arrêté depuis!» Christian et Julien se sont joints au duo, formant le noyau d’initiés, et ils sont suivis ponctuellement par d’autres amateurs de chair de poule. Le dimanche est le jour officiel de rencontre et réunit souvent le plus de participants.

«Hé, Vanessa! D’habitude, tu portes un jogging. Tu as voulu être élégante pour les photos?», se moque Sébastien. «C’est vrai que normalement, je fais moins attention à ce que je mets, sourit celle-ci. Quand on sort de l’eau, c’est important d’avoir prévu des habits qu’on peut enfiler facilement et rapidement!» – «Brrrr, commente une des participantes à côté d’elle en se frottant les mains. Depuis deux semaines, l’air est devenu nettement plus froid! Je crois qu’il fait 2 degrés, aujourd’hui. Mais de toute manière, pour moi, il fait froid dès que la température descend en dessous de 10 °C!» – «Il faudra que je m'achète des gants en néoprène, ce sera utile, remarque une autre, bonnet sur la tête, en enfilant ses chaussures composées de cette même matière. Il est important de protéger les extrémités, étant donné que c’est la partie du corps qui se refroidit le plus vite. Et porter des chaussures permet d’éviter de se blesser sur les cailloux, car quand on entre dans l’eau, on ne sent plus rien!»

Secrets d'initiés

Tout le groupe commence à se déshabiller courageusement. «Je ne vais pas tenir cinq minutes», murmure l’une des participantes en fronçant les sourcils. «C’est chic d’être à plusieurs. Quand on discute, on oublie le temps, nous explique un autre. Si on était seul, on resterait à peine douze secondes dans l’eau!» Et Vanessa de souligner: certaines personnes font de la méditation avant d’entrer dans l’eau froide, mais pas nous. Notre astuce, c'est de ne pas trop réfléchir: on se déshabille, et on y va!» – «On peut juste laisser un petit cri s'échapper, ça fait du bien, rigole Sébastien, déjà en short de bain et prêt à en découdre. Le temps de nous dévoiler un secret d’initié: «Si on glisse les mains sous ses bras et qu’on laisse juste les pouces libres, ça réchauffe bien. Et quand on ne sent plus ses pouces, c’est signe qu’il faut sortir.» Puis, accompagné de ses trois amis, il entre dans l’eau à 7 °C avec vaillance, suivi du reste du groupe, un peu plus timoré.

En quelques secondes, on ne voit plus que des visages aux joues roses et surmontés de bonnets à pompons flotter à la surface. «Ouh là, elle brûle!» – «Ouf, j’y suis!» – «On a tout le temps, maintenant…» – «Je n’en peux déjà plus!» Courageux, Vanessa et ses amis s’amusent à nager autour d’une bouée, tandis que les autres reviennent lentement sur la rive. «On est vraiment anesthésiés, là!», s’exclame Denise, la maman de Vanessa, qui accompagne sa fille depuis qu’elle est à la retraite. «Dire qu’il y a dix jours, j’étais aux Maldives, où il faisait 31 °C», s’exclame son voisin de plage. «Moi, je prends toujours ma bouillotte pour me réchauffer, je l’ai glissée sous ma doudoune, explique une autre «trempeuse» d'un air complice.

Après avoir pris leur bain, les Trempeurs ont hâte de prendre un bon thé chaud.

Des règles à respecter

Vanessa et ses trois acolytes sortent aussi de l’eau, la peau rougie – et par endroits même bleuie – par le froid. «La règle est de rester dans l’eau une minute par degré, explique la première. En fait, dès qu’on commence à se sentir bien, c’est le signe qu’il faut sortir. L’ambiance est cool, mais il est nécessaire de respecter quelques règles strictes, car il pourrait vite arriver un malheur. Une fois, dans un autre lac, un gars a fait le malin et s’est baigné trop longtemps. On a dû le tirer jusqu’à la rive parce qu’il ne sentait plus ses jambes.»

C’est que, loin de tester uniquement les eaux froides locales, le groupe a déjà goûté aux délices de divers plans d’eau: «Il y a des groupes à Genève, à Morges, dans la vallée de Joux… Nous avons été conviés à aller voir la Coupe de Noël à Genève, et on est souvent invités à la vallée de Joux. L'année dernière, ils ont dû casser la glace avant de se baigner! On est une sorte de communauté de baigneurs, c’est vraiment chouette et cela permet de rencontrer des gens qu’on ne connaîtrait jamais autrement.»

Bientôt une seconde Frigid'Air

La petite troupe transie s’est rassemblée autour de thermos de thé brûlant et de biscuits. Christian pose fièrement pour la photo, un gobelet au logo des Trempeurs bien visible à la main. «Nous les avons commandés pour la «Frigid’Air», une course en eau froide dont la première édition a eu lieu en février dernier, explique Julien. Nous attendions dix participants, mais il y en a finalement eu une centaine, c’était très sympa! Nous allons proposer une seconde édition qui aura lieu le 7 mars 2020. Les inscriptions sont d’ailleurs ouvertes et il reste de la place!

À côté de lui, Vanessa sirote son thé, les mains tremblantes: «Ah, je sens que le froid sort de mon corps. C’est une sensation un peu étrange, qui prend aux bras, aux cuisses et au dos…» Pieds nus dans ses baskets, la jeune femme souligne qu'elle est beaucoup moins frileuse qu’avant. «Cela fait quatre ans que je n’ai plus été malade. Ces baignades sont comme une reprogrammation: après, on a le corps et l’esprit légers, on se sent bien et on dort bien. Le lac est déjà beau en été, mais en hiver, il est absolument splendide: l’eau est si transparente qu’on se croirait dans les îles… Et en plus, on l’a juste pour nous.»

Le crépuscule gagne la plage et une pluie glaciale commence à tomber. Un à un, les Trempeurs prennent congé. «À dimanche prochain, alors!» – «Oui, à dimanche, on se retrouve en haut!» – «En haut?» – «Ben oui: tu te rappelles, on va à la vallée de Joux!»

Contact pour participer à la course du 7 mars 2020:
lestrempeursdhauterive@gmail.com

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