13 octobre 2017

Les violences parentales restent répandues en Suisse

Selon une récente étude zurichoise, un enfant sur cinq subit des châtiments corporels dans notre pays. Fessée, gifles et autres violences restent trop présentes dans notre pays, qui tarde à créer une loi les interdisant spécifiquement.

Un parent prêt à frapper un enfant qui se protège.
La Suisse ne connaît pas d'interdiction absolue des châtiments corporels. (Photo d'illustration: iStock)

Une petite fessée ou une gifle de temps en temps, ça calme et ça n’a jamais tué personne.» Aujourd’hui encore en Suisse, de nombreux parents continuent de penser que les châtiments corporels demeurent un moyen éducatif acceptable. Sans doute en grande partie parce qu’eux-mêmes en ont été victimes lorsqu’ils étaient enfants. Car pour la fondation Protection de l’enfance Suisse comme pour la majorité des professionnels de l’enfance, c’est bien le terme à utiliser pour évoquer une violence dont on connaît aujourd’hui à la fois les méfaits et l’inutilité.

Frapper pour éduquer, même lorsque l’on est stressé ou fatigué ou à bout, c’est, disent-ils, prendre le risque de donner ce modèle à un enfant qui se construit en grande partie par l’imitation. Avec de grandes chances qu’il utilise les coups pour résoudre ses conflits avec ses camarades. Et plus tard avec sa propre progéniture. De plus, la gifle ou la fessée n’apprend rien à l’enfant, si ce n’est la méfiance ou la crainte envers l’adulte. Educativement, sa valeur est donc nulle.

Le niveau de violence parentale est particulièrement élevée au sein des milieux précarisés et chez les migrants. Pour Protection de l’enfance Suisse et plusieurs parlementaires, l’inscription du droit à une éducation sans violence dans une loi spécifique offrirait un garde-fou comme dans plusieurs pays voisins. Car les coups sur l’enfant d’aujourd’hui seront ceux qu’il donnera lui-même demain.

Frapper son enfant est-il, selon vous, un bon moyen de l'éduquer?

«Toutes les études concluent aux effets négatifs des coups dans l’éducation»

Kirsten Kirschner, formatrice d’adultes et responsable en Suisse romande des cours Parents Plus.

Près de 20% des enfants en Suisse subiraient des violences corporelles: cela vous surprend-il?

Pas du tout, je pense même que le pourcentage est plus élevé. Il est étonnant de constater qu’il n’existe toujours pas chez nous un droit à une éducation sans violence inscrit dans la loi, alors que frapper sa femme ou son chien est poursuivi d’office. Mais pas son enfant.

Quelle impact aurait une telle loi?

La Suisse a ratifié en 1997 la Convention des droits de l’enfant de l’ONU. Mais elle ne remplit pas pleinement son devoir de protection dans la mesure où il n’existe pas de directives de prévention dans le droit civil qui proscrivent explicitement les châtiments corporels. Inscrire dans le Code civil suisse ce droit des enfants à une éducation sans violence serait un signal important. Des études ont montré qu’en Allemagne ou en Suède, ce type de législation associée à des mesures de sensibilisation renforcées aboutit à un net recul de la violence dans l’éducation.

C’est le combat de la fondation Protection de l’enfance Suisse, et vous donnez d’ailleurs en Suisse romande des formations baptisées Parents Plus. Quel en est le concept?

C’est une initiative qui vient précisément d’Allemagne, avec la volonté de donner aux parents des moyens d’éduquer et de réagir autrement que par des coups. En Suisse, beaucoup de parents ont eux-mêmes reçu des claques, par exemple. D’où encore trop souvent l’absence de prise de conscience des dégâts occasionnés chez l’enfant.

Et quels sont-ils?

Les effets négatifs des châtiments corporels, comme des atteintes morales et psychiques d’ailleurs, sont clairement démontrés par de nombreuses études. Les progrès des neurosciences dans la compréhension du développement du cerveau indiquent qu’une claque ou une fessée provoque chez l’enfant un état de stupeur, de sidération. Et ne l’aide pas à réfléchir à son attitude. En termes éducatifs, le bienfait est nul. De plus, l’enfant régulièrement frappé va développer une méfiance voire une peur qui ne lui apprendra rien d’autre qu’à faire les choses en cachette.

Pour le parent, il y a donc toujours une meilleure solution?

Oui et c’est bien le but de ces cours comme des autres formations dispensées par divers organismes suivant les cantons: donner aux parents qui souhaitent cesser ou ne pas entrer dans une spirale de violence les outils nécessaires pour comprendre l’attitude de leur enfant suivant son âge, et trouver des réponses adaptées. L’important est de se souvenir que l’enfant apprend par l’observation et le mimétisme. Lui montrer que lorsque l’on est fatigué ou dépassé par son attitude, le frapper est la meilleure manière de le rendre violent à son tour lorsqu’il sera lui-même parent. Voire vis-à-vis de ses pairs.

Les châtiments corporels sont donc avant tout le fait de parents démunis?

Un père ou une mère, quelle que soit d’ailleurs sa culture d’origine, ne veut rien d’autre que le bonheur de son enfant. Un parent qui frappe a perdu ses moyens. S’il sait faire autrement, s’il a des outils pour ne pas se montrer violent physiquement ou verbalement, il va les utiliser. Et réagir de manière éducative et non instinctive.

Au risque de ne plus se montrer assez ferme?

Non, mais c’est une peur que je rencontre parfois. Celle de se montrer trop laxiste ou de transformer son enfant en enfant roi. D’où la nécessité d’avoir à sa disposition d’autres moyens de poser des limites, et de se faire respecter dans son rôle de parent.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Illustration humoristique sur des frères et soeurs qui se disputent.

La jalousie entre frère et sœur

Illustration avec des enfants en piste de cirque devant leurs parents

Dix conseils pour les parents submergés

Raymonde Caffari-Viallon faisant semblant de jouer avec des animaux en peluche

«Beaucoup d’enfants ne jouent pas assez»

Une petite fille portant une belle robe souriant devenat un dressing.

Le tyran du dressing