14 juillet 2014

Loger un réfugié chez soi?

Cent cinquante personnes, toutes en Suisse alémanique, ont été sélectionnées après l’appel de l’OSAR (Organisation suisse d’aide aux réfugiés) invitant des particuliers à héberger un migrant. Bonne idée ou arbre qui cache la forêt?

L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés veut «rendre à nouveau plus visible la Suisse humanitaire». (photo Keystone)
L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés veut «rendre à nouveau plus visible la Suisse humanitaire». (photo Keystone)

Accueillir un requérant d’asile chez soi? Peu nombreux sans doute sont ceux qui auraient misé gros sur le succès de cette initiative de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Après un appel lancé dans le Blick l’automne dernier, 150 candidats, tous en Suisse alémanique, ont été retenus pour ce projet pilote d’hébergement de réfugiés au domicile de personnes privées.

Un projet sur le point de débuter, comme l’a annoncé le porte-parole de l’OSAR Stefan Frey au quotidien zurichois Tages Anzeiger. Les personnes hébergées seront des familles. Les conditions précises de logement ainsi que les questions de responsabilité doivent être négociées par l’OSAR avec chacun des cantons concernés, puisque l’accueil des requérants est une compétence cantonale.

Avec ce projet, l’OSAR entend poursuivre plusieurs buts. Soulager évidemment les structures d’accueil existantes mais aussi «rendre à nouveau plus visible la Suisse humanitaire». Dans un contexte de scrutins populaires ayant souvent tourné au vote antimigrants.

Ce pourrait être également l’occasion de mettre à mal des préjugés tenaces. «Le gros des réfugiés ne sont pas des criminels. Ce ne sont que des êtres humains comme nous», a rappelé Stefan Frey. Qui dit pourtant s’attendre à «quelques réactions négatives», tout en annonçant que les 150 premiers candidats pourraient être suivis par «des centaines d’autres» une fois le projet sur les rails.

Du côté de l’Office fédéral des migrations (ODM), on précise que les autorités peuvent «subvenir aux besoins de ceux qui cherchent refuge en Suisse, même sans le projet de l’OSAR». Et de rappeler que dans le passé la Suisse a su faire face aux situations d’urgence, comme dans les années 1990 avec l’afflux de réfugiés fuyant la guerre en ex-Yougoslavie.

Les chiffres des derniers mois ont montré une hausse de demandes d’asile en provenance surtout de pays comme la Syrie ou l’Erythrée.

Etienne Piguet: «Une initiative qui tranche avec l’image d’une Suisse fermée»

Etienne Piguet, professeur de géographie humaine à l’Université de Neuchâtel. Auteur de «L’immigration en Suisse – 60 ans d’entrouverture». Photo: Anita Schlaefli
Etienne Piguet, professeur de géographie humaine à l’Université de Neuchâtel. Auteur de «L’immigration en Suisse – 60 ans d’entrouverture». Photo: Anita Schlaefli

Que pensez-vous de la pertinence des buts visés par l’OSAR avec cette initiative – à savoir soulager les structures d’accueil existantes, rendre la Suisse humanitaire plus visible, désamorcer les préjugés?

L’hébergement privé ne va pas soulager les structures existantes. Il ne doit et ne peut se substituer à l’accueil professionnel, chaque année, de milliers de réfugiés dans des centres spécialisés. Sur le plan symbolique par contre, c’est une initiative qui tranche avec l’image d’une Suisse fermée, voire xénophobe. L’hébergement chez des particuliers est en outre une bonne solution pour favoriser l’intégration et les contacts. Le fait que l’OSAR soit parvenue à susciter de nombreuses offres est remarquable. L’hébergement chez des particuliers a d’ailleurs une longue histoire en Suisse. Après le coup d’Etat chilien en 1973, «L’action places gratuites» a montré que la population suisse était sensible au sort des opposants à Pinochet et a poussé les autorités à plus d’ouverture.

Comment jugez-vous la manière dont la Suisse a fait face ces dernières années aux afflux périodiques de réfugiés? Les infrastructures sont-elles adaptées?

Face à un afflux de demandes d’asile, une certaine précarité de logement est parfois inévitable. Ce qui est essentiel est qu’après quelques mois de séjour, les conditions deviennent suffisamment bonnes pour permettre l’intégration, la scolarisation des enfants, l’exercice d’un emploi, etc. A fortiori, des personnes présentes depuis des années doivent pouvoir se loger de manière confortable et autonome, à l’image du reste de la population.

Les durcissements législatifs voulus par les politiques sont-ils une réponse efficace et dissuasive?

L’objectif des politiques d’asile doit être de protéger les personnes qui ont besoin de protection et non d’être dissuasives. Les durcissements en eux-mêmes conduisent d’ailleurs souvent à un détournement des demandes d’asile vers d’autres pays d’accueil qui, à leur tour, sont poussés au durcissement sans que le nombre total de demandes ne diminue. Il est beaucoup plus prometteur de viser un raccourcissement des durées de procédure, une exécution conséquente des décisions et une coordination européenne renforcée.

Que pensez-vous de la pertinence des buts visés par l’OSAR avec cette initiative – à savoir soulager les structures d’accueil existantes, rendre la Suisse humanitaire plus visible, désamorcer les préjugés?

L’hébergement privé ne va pas soulager les structures existantes. Il ne doit et ne peut se substituer à l’accueil professionnel, chaque année, de milliers de réfugiés dans des centres spécialisés. Sur le plan symbolique par contre, c’est une initiative qui tranche avec l’image d’une Suisse fermée, voire xénophobe. L’hébergement chez des particuliers est en outre une bonne solution pour favoriser l’intégration et les contacts. Le fait que l’OSAR soit parvenue à susciter de nombreuses offres est remarquable. L’hébergement chez des particuliers a d’ailleurs une longue histoire en Suisse. Après le coup d’Etat chilien en 1973, «L’action places gratuites» a montré que la population suisse était sensible au sort des opposants à Pinochet et a poussé les autorités à plus d’ouverture.

Comment jugez-vous la manière dont la Suisse a fait face ces dernières années aux afflux périodiques de réfugiés? Les infrastructures sont-elles adaptées?

Face à un afflux de demandes d’asile, une certaine précarité de logement est parfois inévitable. Ce qui est essentiel est qu’après quelques mois de séjour, les conditions deviennent suffisamment bonnes pour permettre l’intégration, la scolarisation des enfants, l’exercice d’un emploi, etc. A fortiori, des personnes présentes depuis des années doivent pouvoir se loger de manière confortable et autonome, à l’image du reste de la population.

Les durcissements législatifs voulus par les politiques sont-ils une réponse efficace et dissuasive?

L’objectif des politiques d’asile doit être de protéger les personnes qui ont besoin de protection et non d’être dissuasives. Les durcissements en eux-mêmes conduisent d’ailleurs souvent à un détournement des demandes d’asile vers d’autres pays d’accueil qui, à leur tour, sont poussés au durcissement sans que le nombre total de demandes ne diminue.

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