20 juillet 2017

Loterie Romande: 80 ans de jeux utiles

Fondée en 1937, la Loterie Romande a depuis élargi sa mission d’utilité publique. Le secteur social n’est plus seul à profiter de la redistribution des bénéfices: la culture, le tourisme, le sport et la formation, entre autres, tirent aussi leur épingle du jeu.

La Loterie Romande
Fondée en 1937, la Loterie Romande a élargi sa palette de bénéficiaires.

Quatre-vingts ans et toutes ses boules. C’est en 1937 en effet que la Loterie Romande a été fondée, à l’instigation des cantons de Vaud, Fribourg, Valais, Neuchâtel et Genève, rejoints par celui du Jura en 1979. L’idée de départ n’a guère varié puisqu’il s’agissait de créer dans le pays romand une loterie dont les bénéfices seraient «redistribués au profit de l’utilité publique». A l’époque, essentiellement «des besoins sociaux et de bienfaisance». Depuis, la palette des bénéficiaires s’est élargie: «action sociale et personnes âgées, jeunesse et éducation, santé et handicap, culture, formation et recherche, conservation du patrimoine, environnement, tourisme et développement», comme le montrent les exemples d’associations ci-dessous qui bénéficient dans nos cantons du soutien de la Loterie Romande. Une institution inscrite dans le paysage et qui fonctionne selon un paradoxe bien suisse: la correction d’un mauvais penchant – soit la passion du jeu – par un bon: l’entraide.

Les villages du futur

Capa’cité, c’est une association neuchâteloise qui s’est donné pour mission d’aider jeunes gens et jeunes filles dans le choix d’une profession et l’entrée dans la vie active. La manifestation a lieu tous les deux ans à La Chaux-de-Fonds et s’étale sur toute une semaine, pendant laquelle les différents métiers se font connaître dans les rues de la ville, en zone piétonne.

L’ensemble s’articule autour de six villages thématiques, représentant chacun une famille de métiers: Bâtiment et construction, Commerce et gestion, Gourmand, Santé et social, Technique, Vert. A quoi s’ajoute un village central pour l’information générale. Les apprentis, les professionnels et les entreprises présentent leurs métiers d’une manière qui se veut «ludique et interactive».

Principal public visé: les élèves des 10e et 11e années et des classes de préapprentissage, mais aussi les parents, les entreprises formatrices, les responsables des ressources humaines (RH), les personnes en recherche d’emploi ou voulant se réorienter.

Capa’cité est financé par la Confédération, le canton de Neuchâtel, la ville de La Chaux-de-Fonds ainsi que, bien sûr, la Loterie Romande.

Le festival qui pique

Encore un festival? Oui, mais celui-là est vraiment différent, puisque réservé aux 3-14 ans. Hérisson sous gazon, c’est 7000 spectateurs sur deux jours, au mois de juin. Avec un surnom qui tape fort: «Le Paléo des marmots». La manifestation se déroule sur plus de 5000 m2 dans le village valaisan de Charrat, à deux pas de Martigny, autour principalement de l’école et de la salle polyvalente. Au menu, des spectacles et des concerts animés par des clowns, des chanteurs, des musiciens et des artistes en tout genre. Mais aussi une cinquantaine d’ateliers organisés la plupart à l’extérieur sous de grandes tentes. Avec des thématiques aussi variées que la chimie, la cuisine, l’accordéon, le bricolage, le sport ou le freestyle airbag. Des ateliers dont l’accès est compris dans le prix d’entrée du festival. Hérisson sous gazon ne fonctionne qu’au bénévolat et s’appuie sur plusieurs sponsors, dont la Loterie Romande, pour couvrir les principaux frais et offrir aux familles un prix d’entrée raisonnable – soit Fr. 22.- en prélocation ou Fr. 28.- sur place par enfant et la gratuité pour les parents.

A bon entendeur

Offrir aux personnes sourdes de Suisse romande un accès à des productions culturelles en langue des signes: tel est l’objectif de l’association Interprètes LSF indépendantes. Concrètement, ce sont des interprétations de spectacles, de pièces de théâtre ou encore de contes en langue des signes, qui sont proposées chaque année dans plusieurs villes de Suisse romande. Mais également, depuis 2015, des traductions de concerts de chanteurs francophones, comme au Montreux Jazz.

Au début, le projet intitulé «Sourds et culture» était cantonné à Genève, avec le soutien de la ville et du Bureau fédéral de l’égalité pour les personnes handicapées. Depuis, avec l’appui de nouveaux partenaires, dont la Loterie Romande, il est à l’œuvre dans toute la Suisse romande. «Pour développer des projets, il faut pouvoir bénéficier de subventions. Ce n’est pas aux troupes ou aux espaces qui commandent des spectacles de supporter les coûts d’une traduction en langue des signes», expliquait Catherine Delétra, l’une des interprètes de l’association, au Quotidien jurassien lors d’un spectacle à Saint-Imier. Pour les interprètes, traduire un spectacle en langue des signes nécessite en effet plusieurs heures de préparation en amont. Il s’agira par exemple de «lire le texte ou visionner le DVD, de décider si l’interprétation se fait à un ou plusieurs interprètes, de travailler sur la traduction, la répartition des personnages, de s’exercer, s’approprier le texte du spectacle, se coordonner harmonieusement avec les comédiens et la collègue, participer au travail de préparation avec les comédiens, d’assimiler non seulement le texte, mais aussi le rythme de parole et les émotions, et de participer à des répétitions générales.»

Tous à la ferme

Des cochons, des oies, des chèvres et des moutons, mais aussi des chevaux, des poneys, des dindons. La Gavotte est une ferme et association créée en 1984 du côté de Grand-Lancy (GE) et qui entend «favoriser la découverte, l’approche et la connaissance des animaux par les enfants». Pour ce faire, chacun peut se promener librement dans la ferme et les environs.

Des balades en poney sont également organisées, ainsi que des camps de vacances à Pâques, en été et en automne. La Gavotte accueille aussi gratuitement des enfants d’institutions spécialisées et met, tout aussi gratuitement, des poneys et autres animaux à la disposition de diverses associations et institutions: «Nous poursuivons régulièrement de telles actions au profit de kermesses paroissiales, fêtes locales, institutions diverses et journée de soutien à l’enfance. Nous voulons éviter à nos adolescents une tendance naturelle au repli sur soi, à la satisfaction égocentrique de ses propres aspirations. Cette disponibilité aux autres est un aspect important de notre approche.»

Tout cela n’existerait pas, explique encore le comité, «sans la formidable équipe d’enfants, adolescents et adultes qui, tout au long de l’année, fournissent coups de main, travail quotidien, énergie et enthousiasme».

La tour de Babel

Deux cent cinquante langues! Livrechange, à Fribourg, ne vole pas son appellation de «bibliothèque interculturelle». L’idée est bien sûr de favoriser, par l’échange, l’intégration des populations migrantes présentes dans la région. Outre donc des collections de livres en 250 idiomes, la bibliothèque propose des animations pour les enfants et les jeunes, des ateliers de conversation en français et en allemand, des lectures, des diffusions de films. Même si le service du prêt reste une offre essentielle.

Fondée en 2002 à l’initiative de plusieurs militants, en prenant pour modèle une structure similaire existant déjà à Renens, dans le canton de Vaud, Livrechange fête ses quinze ans d’existence. Au début, des livres en 65 langues étaient proposés, provenant initialement de dons récoltés grâce à la mobilisation des différentes communautés.

Aujourd’hui, la bibliothèque est ouverte vingt-deux heures par semaine et fonctionne surtout grâce à des bénévoles, puisqu’elle compte seulement 1,9 emploi salarié à plein temps. Le soutien de la Loterie Romande a entre autres permis le réaménagement complet des locaux l’an dernier.

On pourrait se demander, certes, si les migrants n’auraient pas intérêt à perfectionner plutôt leur allemand ou leur français. A quoi, dans les colonnes du quotidien La Liberté, la directrice de Livrechange Ana Caldeira Tognola répondait en avril dernier que «les résultats scolaires des élèves qui maîtrisent leur propre langue maternelle sont meilleurs».

Des Rossignols aux Mustangs

Quatre cents membres, dix équipes (homme, femme, junior et vétéran), vingt-trois titres nationaux et trois titres européens, toutes catégories confondues. Tel est le bilan du SHC Rossemaison. Pas mal pour un village de six cents habitants, surnommés les Rossignols, et situé dans le district de Delémont. C’est d’inline hockey qu’il s’agit, une variante assez confidentielle du roller inline hockey, qui se joue avec une balle au lieu d’un palet et dont la fédération internationale ne compte que onze pays membres, dont la Suisse.

Pourtant, plus question de rossignols dès qu’on franchit les portes du Forum Biwi, la nouvelle salle qui vient d’être inaugurée en 2016: le surnom des joueurs de Rossemaison sonne en effet un peu plus costaud puisqu’il s’agit alors des Mustangs.

Fondé le 21 septembre 1984, le SHC Rossemaison est un club formateur qui tourne grâce au bénévolat et au soutien de sponsors. Il promeut des valeurs fortes, énoncées dans sa charte: respect, loyauté solidarité, fraternité, engagement. Mais aussi plaisir: «L’inline hockey est avant tout un jeu. En tant que tel, il doit être une source d’expériences constructives, un lieu où célébrer la joie d’être ensemble et d’appartenir à une collectivité qui se caractérise par des valeurs positives.»

«Notre but est de trouver le point d’équilibre entre être attractif et être responsable»

Jean-Luc Moner-Banet, directeur général de la Loterie Romande

En quatre-vingts ans, qu’est-ce qui a changé pour la Loterie Romande?

Il y a quatre-vingts ans, une loterie était organisée une fois par mois. Aujourd’hui, des jeux ont lieu toutes les minutes, on joue sur internet, il existe des paris sportifs et hippiques. Nous nous sommes adaptés aux évolutions de l’époque, mais en gardant à l’esprit que le but de tout cela est de générer des fonds pour l’utilité publique.

Y a-t-il des critères précis pour bénéficier du soutien de la Loterie Romande?

Il faut être une fondation ou une association, c’est-à-dire une structure. Les organes en charge de la répartition des bénéfices ne vont pas financer un déficit ou des frais d’exploitation, mais s’orienter vers des projets à réaliser.

La Loterie n’est-elle pas saisie d’une sorte de boulimie avec l’apparition constante de nouveaux jeux?

Pour se convaincre qu’il n’y a pas de boulimie, il suffit de prendre nos résultats des quinze dernières années: quand nous faisons 1 ou 2% de croissance par an, nous sommes bien contents. Par contre, si nous ne faisons pas évoluer notre offre sur la plateforme numérique, dans dix ans, nous serons en grande difficulté. Notre but est d’arriver à trouver le point d’équilibre entre être attractif et être responsable. Ce point d’équilibre change constamment. Parfois du côté attractivité quand un concurrent propose un produit innovant auquel nous sommes obligés de répondre. Parfois du côté responsabilité, quand le régulateur nous demande par exemple de porter une attention accrue à la protection des mineurs.

Vous vous targuez d’une politique du jeu «responsable». Qu’entendez-vous par là?

Le problèmes du jeu excessif est réel mais ne concerne que 1 à 1,5% de la population selon les chiffres issus d’études scientifiques menées par les autorités. Quoi qu’on fasse, cette proportion existera et nous nous en occupons selon le principe du «pollueur payeur»: 0,5% de notre revenu brut des jeux, soit deux millions, va chaque année à l’Etat, aux cantons romands et aux instituts de recherche et de prévention. Nos points de vente sont formés et sensibilisés à la protection de la population et le numérique permet un meilleur contrôle: pour ouvrir un compte chez nous, il faut prouver son identité, donner son adresse et ses coordonnées bancaires. Pour certains jeux, nous obligeons le joueur à se fixer des limites qu’il ne peut pas dépasser.

Qui sont vos principaux concurrents?

En plus de nos concurrents légaux que sont les vingt et un casinos en Suisse, nous som­mes concurrencés par des sites illégaux sur internet, basés principalement à Gibraltar et qui proposent toutes sortes de jeux sans aucune limite d’âge ni de montants. Heureusement, un projet de loi en discussion au Parlement prévoit de bloquer ces sites comme c’est le cas en France, Italie et Belgique.

Y a-t-il des aspects de cette nouvelle loi qui vous satisfont moins?

Nous ne sommes pas très contents des nombreuses exceptions au principe que les loteries soient d’utilité publique. Les jeux organisés par certains médias ont toutes les caractéristiques d’une loterie, mais ne sont pas soumis aux mêmes obligations, entre autres pour la protection des jeunes.

Cette nouvelle loi va-t-elle changer quelque chose pour la Loterie Romande?

Elle induit deux grands changements. Un côté positif, avec la possibilité de moderniser notre offre de jeux, par exemple les paris sportifs, tout en gardant le principe de ne parier que sur des éléments constitutifs du résultat, et pas, par exemple, comme sur les sites illégaux, sur le nombre de chaussures jaunes présentes sur le terrain. Un autre changement sera la contrainte d’accentuer notre lutte contre le jeu excessif et que nous serons davantage contrôlés, notamment sur les dépenses publicitaires, avec des compétences accrues données au régulateur qu’est la Commission des loteries et des paris.

Votre produit le plus contesté reste le Tactilo dans les établissements publics, qui attire les personnes les plus fragiles et les plus démunies…

On se trompe de cible. Le Tactilo est un jeu qui devait être proposé à un moment donné parce qu’on faisait face à un énorme marché illégal de machines à sous. Une des réponses des cantons a été d’offrir une alternative légale pour essayer de canaliser ce marché illégal, avec une possibilité de protection des joueurs. C’est un peu comme contrôler le marché illégal de l’alcool en proposant de l’alcool légal. Aujourd’hui, le Tactilo est un marché en chute libre: le total de son chiffre d’affaires dans toute la Suisse romande est égal au chiffre d’affaires des machines à sous du seul Casino de Montreux. C’est une question qu’il faut ramener à sa vraie dimension.

Quelle est la proportion des gains quand on joue à la Loterie Romande?

Pour le loto, sur Fr. 100.- joués, vous recevez entre Fr. 50.- et Fr. 55.- sous forme de gains. Pour les partis sportifs, cela va jusqu’à Fr. 80.-, pour les paris hippiques jusqu’à Fr. 75.-.

Y a-t-il des régions où l’on joue plus?

Les Valaisans jouent environ 10% de plus que les autres. Ceux qui jouent le moins, ce sont les Genevois: ils vont en France, où, comme dans tous les autres pays participant à l’Euro Millions, sauf la Suisse, les gains sont libres d’impôt. En Suisse, les joueurs paient 35% d’impôt anticipé puis doivent déclarer leurs gains.

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