28 août 2017

L’union fait la force

Le programme de soutien littéraire du Pour-cent culturel Migros «double» permet à un auteur débutant de bénéficier pendant une année des conseils d’un écrivain reconnu. C’est ainsi que la célèbre romancière valaisanne Noëlle Revaz accompagne les débuts de la Bernoise Valérie Lobsiger.

Valérie Lobsiger a reçu de précieux conseils de Noëlle Revaz pour développer sa 
technique d’écriture
Valérie Lobsiger a reçu de précieux conseils de Noëlle Revaz pour développer sa technique d’écriture
Temps de lecture 4 minutes

Deux femmes. L’une écrit, l’autre aussi. L’une a publié plusieurs livres chez des éditeurs prestigieux et reste l’un des rares auteurs romands célébrés à l’étranger. L’autre a gagné quelques petits concours de nouvelles, a été deux fois finaliste du prix Georges-Nicole – pour un roman en 1997 et pour un recueil de nouvelles en 2001 – et se lance dans l’écriture d’un nouveau roman. Il y a quelques mois, la Valaisanne Noëlle Revaz, qui vient de signer un recueil de nouvelles, Hermine Blanche, chez Gallimard, et la juriste et mère de famille Valérie Lobsiger ne se connaissaient pas. La première est devenue la mentor de la seconde dans le cadre du programme littéraire «double».

Quand Valérie Lobsiger, française d’origine et bernoise d’adoption, découvre ce dernier, le déclic est immédiat: «Je me suis dit, c’est exactement ce que je veux.»

L’élément décisif pourtant est survenu quelques semaines plus tôt, de manière inattendue, en répondant aux questions d’un cinéaste qui réalisait un documentaire au profit d’une assurance-vie. «Le type me demande: ‹Est-ce que vous avez des rêves?› J’ai sorti d’abord des trucs bateau, je ne suis pas quelqu’un qui se déboutonne facilement. L’autre a insisté et j’ai dit: ‹Ecrire un livre›. Après, j’ai pensé: ‹Je suis au pied du mur. J’ai 55 ans, il faut que je m’y mette.»

Un deuxième œil

Valérie connaissait les livres, si particuliers, de Noëlle Revaz. «Je suis une fan, j’ai adoré par exemple Rapport aux bêtes. Je me suis engueulée d’ailleurs avec quelqu’un à ce sujet, je l’aurais presque étranglé. J’ai donc dû me pincer quand j’ai appris que j’allais pouvoir travailler avec Noëlle. C’est un cadeau énorme.»

La romancière de son côté a reçu neuf dossiers, dont la moitié environ lui ont paru intéressants: «Il faut quand même que j’aie envie de travailler avec la personne, j’ai essayé de juger le potentiel de chacun.» C’est comme cela qu’elle finit par se décider pour Valérie et son projet: l’histoire d’une femme coincée jusqu’à l’étouffement entre un père odieux et à l’hospice, et une fille très, trop en phase avec le monde contemporain.

Concrètement la romancière en herbe envoie des textes à la romancière, puis un rendez-vous est pris. «Je confirme des choses qu’elle savait déjà, qu’elle sentait mais qu’elle n’arrivait pas à voir clairement», explique Noëlle. Valérie acquiesce, raconte qu’il est difficile de «prendre de la distance par rapport à soi» et que Noëlle est «son deuxième œil».

Une des premières remarques que lui a faites l’auteur d’Efina a vraiment marqué Valérie: «Le lecteur n’est pas un idiot.» Une manière de suggérer qu’il valait mieux «suivre un personnage, creuser, faire qu’on s’y attache». Valérie le reconnaît bien volontiers: «Je me lançais dans des foules de détails, je voulais tout expliquer, les pourquoi, les comment. Maintenant je me demande plutôt quelle histoire je veux raconter en fin de compte.»

Autre conseil du mentor qui touchera le cœur de la cible: «Fais-toi plaisir!» Une révélation pour Valérie: «Durant les six premiers mois j’ai vraiment ramé, je mettais la littérature très haut, j’avais l’impression que je n’y avais pas droit, ce que m’a dit Noëlle m’a fait un bien fou, ça a tout dédramatisé.» La romancière confirme: «Les meilleurs textes sont souvent ceux que l’on écrit facilement, comme en s’amusant.»

Des critiques positives avant tout

Ce que Valérie apprécie également dans les critiques de Noëlle, c’est qu’elles se focalisent prioritairement sur ce qui est réussi: «Elle prend un passage, m’explique pourquoi c’est bien, pourquoi c’est le ton qui convient et qu’il faut le réutiliser ailleurs.»

Noëlle Revaz, elle, n’a pas bénéficié du regard pénétrant d’un mentor: «Je me jugeais moi-même, je me critiquais moi-même, c’était beaucoup de travail, je n’ai publié mon premier roman qu’à 33 ans, avoir un mentor peut permettre d’accélérer le processus. Peut-être même est-il mieux d’en avoir plusieurs, pour ne pas être soumis à une seule façon de voir.»

Valérie pourtant n’a pas l’impression de vivre en dictature: «Noëlle est très respectueuse, elle dit une chose une fois, si je n’en tiens pas compte, elle ne va pas revenir dessus 100 000 fois.» L’écrivaine explique que, pour elle, «le mentor ne doit pas trop s’immiscer, il doit être clair que ce n’est pas moi qui ai la responsabilité de ce texte».

Cet exercice de mentorat n’est pas non plus sans bénéfice pour le mentor, comme le raconte Noëlle Revaz: «Je trouve soulageant de plonger quelques heures dans un texte, et de pouvoir d’un coup en sortir en se disant, après tout ce n’est pas mon problème, ce n’est pas moi qui vais l’écrire, c’est un sentiment agréable quand on a soi-même un manuscrit à porter.»

«Un peu, complète Valérie, comme quand on doit garder pour un moment les gosses des autres. Grâce à Noëlle en tout cas, j’ai cessé de me sentir perdue dans le désert. Je n’aurais jamais pensé que cela puisse m’aider autant.»