26 novembre 2012

Maman ou copine, il faut choisir!

Lorsqu’elle est trop intense, trop intime, la relation mère-fille risque de se compliquer, peut même devenir malsaine. Ou quand trop de fusion mène à la confusion.

Mère-fille
Les mamans 
fusionnelles nuisent au bon développement de leur enfant. (Photo: Keystone)
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Amies sur Facebook, Jeanne et sa jolie môme Jeanine partagent tout ou presque dans la vie: baskets et t-shirts, shopping et sorties, fous rires et confidences, déboires et émois amoureux… Fictif, cet exemple n’en est pas moins vraisemblable.

Cette fusion, qui rime parfois avec confusion, touche les femmes de la génération Lol, en référence au film éponyme et au personnage central – une maman copine – que campe Sophie Marceau. «En grandissant, en se développant, la fille va réveiller et révéler des moments nostalgiques chez sa mère. D’où cette tendance au mimétisme, cette tentation de vouloir se rapprocher de son adolescente», explique Marie-José Lacasa, psychologue et spécialiste en psychothérapie FSP.

N’est-ce pas aussi parce que ces quadras et ces quinquas veulent à tout prix rester jeunes? «Je ne crois pas que ce phénomène-là soit propre aux mères, nuance cette thérapeute qui exerce à Genève à titre privé ainsi qu’au sein de l’Ecole des parents. Ce sont plutôt des femmes qui souhaitent simplement demeurer belles et désirables.» Cela n’aurait donc pas grand-chose à voir avec la relation qu’elles nouent avec leurs filles, mais bien plutôt avec le contexte social de notre époque.

«Une grande implication émotionnelle est positive»

En revanche, cette spécialiste est d’accord pour dire que les mamans comme Jeanne ont un point commun, celui de s’être trop investies dans leur mission maternelle, dans les prouesses de leurs enfants et pas assez dans les autres domaines de leur existence. «Ne regarder sa fille qu’en fonction de ses attentes et désirs ne facilite pas la juste distance. Le problème vient surtout de là, même si une grande implication émotionnelle s’avère la plupart du temps positive puisque l’amour d’une mère est essentiel, indispensable même.»

Dans cette équation à plusieurs inconnues, il y a encore une autre variante qui peut intervenir: l’absence d’un mâle – père ou beau-père – dans la famille. «A Genève, une femme sur cinq est cheffe à la maison. Or, le tiers masculin sert de garde-fou. Par sa présence, par son regard, par son point de vue, il permet de générer un espace dans cette relation mère-fille et empêche ainsi cette proximité excessive.» Et il va aussi aider Jeanne et Jeanine à se différencier.

Parce que le hic, dans cette configuration, c’est que les frontières entre adulte et teenager tendent à s’estomper, à s’effacer! Conséquences: Jeanne n’arrive plus à exercer son autorité et Jeanine peine à devenir femme, car il faut impérativement qu’elle se détache de sa maman pour y arriver. Comme le résume Claude Halmos dans une de ses chroniques parue dans Psychologies Magazine: «Etre dans une position de copain-copine avec sa mère ou son père est aussi problématique pour le psychisme que marcher sur les mains peut l’être pour le corps. Ainsi placé, on ne peut pas avancer.»

Une solution: «remettre chacun à sa place»

Pour débloquer la situation et éviter toutes confusions des rôles, il faut, selon cette psychanalyste parisienne, «remettre chacun à sa place»! «C’est par l’acceptation de nos différences qu’il devient possible de vivre plus sereinement cette relation», confirme Marie-José Lacasa. Et si l’on ne change rien? «Eh bien, il risque d’y avoir des conflits et c’est parfois un «pas-sage» obligé – «pas-sage» avec un trait d’union – pour créer une nouvelle histoire entre mère et fille.»

Michèle Freud, psychothérapeute, sophrologue.
Michèle Freud, psychothérapeute, sophrologue.

Souffrir pour ne pas vieillir

Le cas de Jeanne et Jeanine n’est pas banal, mais bénin. Contrairement à celui de ces femmes dans la fleur de l’âge qui entrent en rivalité avec leurs filles et n’hésitent pas, pour se donner l’illusion de la jeunesse, à se lancer dans des achats frénétiques, à suivre des régimes affamants, à se faire vomir, à recourir à la chirurgie esthétique… Ces dernières souffrent d’un trouble comportemental appelé «Desperate housewives syndrome». Explications de Michèle Freud, psychothérapeute, sophrologue, arrière-petite-fille de Sigmund et auteur de «Mincir et se réconcilier avec soi» (Albin Michel).

Ce syndrome des Desperate house­wives est encore appelé «anorexie tardive». Il s’agit d’un trouble du comportement alimentaire sérieux qui alarme de plus en plus de médecins.

Dévorées par leur désir de mincir, de se sentir belles, de rester dans la course, ces quadras et ces quinquas multiplient jogging, musculation, jeûnes et aussi interventions esthétiques au risque quelquefois de mettre leur vie en danger.

Qu’est-ce qui cloche chez ces femmes pour qu’elles s’infligent pareilles tortures?

Il y a souvent une faille narcissique liée la plupart du temps à une séparation, une rupture, un célibat prolongé, un deuil… Elles cherchent à combler un manque, un vide, elles sont très mal dans leur peau et souffrent d’une vraie crise identitaire. Assaillies de doutes, déconnectées de soi, elles tentent de rebondir et, sous la pression croissante du jeunisme et de la minceur, n’hésitent pas à jouer le tout pour le tout.

Et ça se soigne?

Comme ces femmes n’ont pas la capacité de trouver en elles des ressources intérieures pour amortir le choc, une thérapie peut être utile pour renforcer estime de soi, confiance en soi et surtout pour traiter ces troubles du comportement alimentaire qui mettent leur santé en danger. Tout cela peut paraître étrange à un âge où l’on devrait plutôt être en quête de complétude, de stabilité, de paix intérieure… Aussi est-il important de savoir qu’elles peuvent se faire aider, à condition qu’elles l’acceptent, car le déni fait aussi partie de ces troubles.

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