20 septembre 2017

Athée souhaits

La chronique de Martina Chyba, journaliste RTS.

Martina Chyba, journaliste RTS
Martina Chyba, journaliste RTS
Temps de lecture 3 minutes

Quand j’étais petite (donc il y a fort longtemps), on ne parlait jamais religion avec les copains. Il y avait ceux qui allaient au «cathè» et ceux qui comme moi ne voulaient pas y aller. On ne nous obligeait pas. On partait en colonie de vacances avec Caritas et le Père Tarcisse, que l’on appelait le «pétard suisse»; ceux qui voulaient prier avant de manger priaient et les autres, dont moi, priaient pour qu’on mange et pourtant c’était pas bon. Pour le concours de chanson de la colo, ma copine Laurence et moi, on avait eu le droit de chanter Pas de boogie woogie avant de faire vos prières du soir d’Eddy Mitchell. Bon, on n’avait pas eu de prix, faut pas pousser le bouchon dans le vin de messe non plus. En fait, pour résumer l’époque, on s’en foutait de qui croyait en quoi.

Mais c’était au siècle dernier. Je ne sais pas qui a prononcé la phrase «le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas» faussement attribuée à André Malraux, mais la personne a eu plus de pif que le calendrier maya qui prédisait la fin du monde en 2012. La place qu’occupent aujour­d’hui les discussions religieuses est juste délirante. Et on ne peut même plus être athée tranquillou dans son coin. On reçoit Charlie Hebdo dans un plastique opaque. On doit s’excuser… l’autre jour j’ai dit «nom de Dieu» devant une jeune femme (en talons et jupe, divorcée, devant un Spritz, donc pas Mère Teresa non plus), j’ai cru que j’allais devoir appeler le 144, car ça l’a «choquée». On doit se justifier «Ah bon, tu ne crois pas en une force supérieure?» Ben non. «Mais alors on est sur Terre juste pour mourir?» Ben oui.

Bon du calme, on a plein de trucs à faire avant. Par exemple travailler comme on veut, manger comme on veut, s’habiller comme on veut, faire l’amour avec qui on veut, faire des enfants si on veut, et ne pas faire d’enfants si on ne veut pas, des choses comme ça. Mais aujourd’hui, les gens n’osent même plus le dire, de peur de passer pour intolérants. Moi, je respecte infiniment tout ce que les gens ont dans leur tête, tant qu’ils ne viennent pas me dire ce qu’il doit y avoir dans la mienne. Hé, ce serait tellement plus rassurant de croire, ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais comme histoires sur le bien et le mal finalement je préfère les Fables de La Fontaine, les Contes de Perrault ou le Seigneur des Anneaux, mea maxima culpa.

Et je ne peux même pas me prévaloir d’une pseudo-transcendance genre je médite sur mon balcon ou j’ai un bouddha dans ma salle de bains…

moi je pleure devant un tableau de Schiele, une phrase de Gide ou un portrait de Dora Maar et je me sens vraiment appartenir à la Terre quand je fais mon footing.

Ça compte? Non hein… Bon tant pis, j’ai compris depuis longtemps que je n’irai pas au paradis.

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