9 octobre 2018

Le jour où j’ai cessé d’être un saint-bernard

La chronique de Martina Chyba, journaliste RTS.

Martina Chyba
Martina Chyba, journaliste RTS.
Temps de lecture 3 minutes

J’ai toujours préféré les chats aux chiens. Parce qu’ils sont indressables, et que ce ne sont pas eux qui vivent chez nous, mais nous qui sommes tolérés chez eux. D’ailleurs, vous aurez remarqué, les dictateurs n’ont jamais de chats, seulement des chiens, car ils peuvent leur donner des ordres. Cela dit, au lieu d’être un félin passant les journées à étirer ses membres entre le canapé et… le canapé, j’ai moi-même été un saint-bernard pendant longtemps. Vous savez, celui qui porte le tonneau. Même quand c’est lourd et que ça fait mal aux cervicales. Même quand vous savez que vous n’aurez pas de médaille, et pas forcément un merci.

Mais si vous savez. Quand vous exprimez plein d’idées et que vous voyez des collègues se valoriser avec, quand il vous arrive un truc pas cool et que c’est vous qui consolez les gens, quand vous avez l’impression que votre maison est un hôtel «all inclusive» et que vous en êtes à la fois le gérant et tous les fournisseurs, quand ça vous paraît normal de vous lever à 6 h 30 en pressant le jus d’orange et de vous coucher à minuit en faisant tourner une machine, avec une journée de travail au milieu et la gestion de la galaxie composée des enfants, des parents âgés, des ex, des amis qui vont pas fort et des éventuels amants, qui accessoirement ont à gérer la même galaxie, ce qui fait que c’est souvent finalement plus simple de ne pas en avoir, d’amant.

Que ferait un chat dans cette situation? Si la réponse est: il s’en foutrait, ça donne une bonne indication

Martina Chyba

Alors un jour, c’est bien de dire «non», stop, pause, point mort. Histoire de rester vivant. Ce boulot? Plus envie. Ce mec? Non plus. Cette intervention chirurgicale que je veux faire depuis dix ans, je la fais. Cette course pas raisonnable pour mes articulations? Je la fais aussi. M’occuper des énièmes problèmes de machin? Non. Mais faire du bénévolat parce que ça me fait du bien, oui. Attention, cela ne veut pas dire se transformer de Mère Teresa en salope égocentrée, au contraire. Ça veut dire choisir ses combats, arrêter de jouer au saint-bernard… pour mieux pouvoir s’en plaindre. Le pire, c’est que ça marche. Les lignes et les gens bougent, les galères se résolvent, des lumières que l’on croyait éteintes se rallument. Bien sûr, ce n’est pas tous les jours Broadway, et on rechute parfois avec plaisir (mais oui mon trésor je vais t’emmener dimanche à ta compétition à Saint-Gall, 4 h 30 de route aller et 4 h 30 retour dans la journée, au lieu d’aller faire mon plan resto-expo-libido à Paris) mais pas besoin d’avoir un master en psy pour dire que l’effet est globalement positif.

Essayez. Et si vous avez du mal, posez-vous la question: que ferait un chat dans cette situation? Si la réponse est: il s’en foutrait, ça donne une bonne indication.

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