25 juin 2018

Réunion, piège à cons

La chronique de Martina Chyba, journaliste RTS.

Martina Chyba
Martina Chyba, journaliste RTS.

Oui je sais, le titre est un peu basique… disons que c’est un hommage à Mai 68 (on se justifie comme on peut). Mais ce qui est important, c’est cette réalité: il existe une maladie professionnelle encore plus répandue que le burn-out, ce qui n’est pas peu dire. Et elle contamine toutes les entreprises. Elle s’appelle la réunionite aiguë. Mais alors TRÈS aiguë. Et pour le moment, même chez nous, royaume de la pharma, personne n’a été fichu de trouver un remède efficace.

En gros, dans les merveilleux open spaces où nous passons nos merveilleuses journées, on n’entend plus que trois phrases: je pars en séance – je suis en séance – je sors de séance. On ne fait plus son métier, on fait des séances. Selon une récente étude, les cadres passent seize ans de leur carrière en séance. Seize ans!

Chez nous, ils appellent ça leurs «journées dentiste», car ils ont une séance toutes les trente minutes...

Martina Chyba

Et un copain, qui pourtant travaille dans un domaine cool, parle de ses journées de «chiances»… haha, respect, je n’aurais pas trouvé mieux. Un autre sondage dévoile que 52% des employés jugent les séances improductives et qu’une réunion sur quatre n’aboutit à aucune décision. De toute façon, quand il y a un sujet qui fâche, on l’évite et on passe vite au point suivant, ce qui donne l’impression d’avancer. Sans parler des présentations Powerpoint qui nous font regretter les bonnes vieilles soirées diapos. On apprend enfin que, pendant les séances, 57% des gens consultent leurs mails. Et les autres? Heu… à mon avis, ils jouent à Ruzzle!

Alors, question: pourquoi ne parvient-on pas à diminuer drastiquement le nombre de ces foutues séances? Mais parce qu’on a considérablement augmenté le nombre de ce que les Anglo-Saxons appellent les «bullshit jobs», cadres intermédiaires qui ne fabriquent rien concrètement et n’ont pas de pouvoir décisionnel non plus, bref qui n’existent que par… les séances. Une amie m’a envoyé une convocation qu’elle a reçue pour une séance servant à… planifier les séances! La boucle est bouclée.

Pour lutter, il existe désormais les séances debout, pardon les «stand-up meetings», car c’est plus court et plus dynamique… tant qu’à faire, installons des tapis de course, ce serait «win-win»: gagner du temps et perdre des calories… Bon, il y aurait une autre méthode assez efficace paraît-il: calculer le nombre de personnes autour de la table, additionner le temps qui n’est pas passé à travailler sur du concret et les salaires que cela représente, et poser les chiffres astronomiques de fric gaspillé dans l’année sur le bureau du chef en partant.

Allez, quelques (organi)grammes de douceur dans ce monde de brutes, je vais plutôt faire une séance d’abdos-fessiers moi. Non, de relaxation… Non, finalement, de bronzette. Bon été!

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