6 février 2018

Trobot pour être vrai

La chronique de Martina Chyba, journaliste RTS.

Martina Chyba
La chronique de Martina Chyba, journaliste RTS.
Temps de lecture 2 minutes

On y est. De grands penseurs affirment que le monde des robots ce sera génial, on sera tous gagnants, l’humanité augmentée et bla bla bla. Si vous êtes tentés ne serait-ce qu’une nanoseconde de les croire, dites-vous que ce sont les mêmes qui, à la fin des années 1990, prédisaient que la mondialisation allait réduire les inégalités… ça calme direct.

Parce que:

•J’ai vu les robots-chiens et les robots-amants, jolis tous les deux certes, mais je pense avoir du mal à m’habituer à caresser du plastique.

•Dans la mesure où l’intelligence artificielle est mise au point et programmée par les humains, il n’y a aucune raison qu’il n’y ait pas autant de connerie artificielle que naturelle.

•Si l’on imagine deux secondes que les fameux ­assistants personnels de Google ou autres sont faits pour nous assister, alors on est précisément dans la bêtise non artificielle. De la même manière que les riches philanthropes humains créent des fondations pour échapper aux impôts et donc servir avant tout leurs intérêts, les assistants personnels servent les intérêts de deux-trois giga-entreprises (qui ne paient pas trop d’impôts non plus) en scannant vos goûts et votre personnalité et en vous faisant consommer ce que vous croyez vouloir vous, mais en fait ce qu’ils veulent eux.

•Il est vertigineux de penser que l’on pousse nos enfants vers la technique, l’ingénierie et les sciences appliquées en leur faisant construire les machines qui leur piqueront leur travail après. On se prépare une petite version 4.0 de la créature de Frankenstein que je me réjouis de voir. En fait non, je ne me réjouis pas.

•Il est tout aussi vertigineux de voir à quel point on dévalorise les intellectuels, le grec, le latin, la philo, l’histoire, alors qu’il faudra repenser une société composée d’humains, de robots et de clones. Il serait fort utile qu’il reste deux ou trois homo très très sapiens qui auraient lu Platon par exemple.

•Si vous trouvez que j’exagère (oui ça m’arrive, mais sinon c’est pas marrant), tournez-vous vers les nababs de la Silicon Valley. Il est fascinant de relever que ce sont eux les plus ardents défenseurs du revenu de base inconditionnel. Car ils connaissent parfaitement les conséquences de ce qu’ils sont en train de fabriquer comme monde.

Tenez, moi par exemple, juste là. J’apprends à réaliser ces fameuses petites vidéos textées que tout le monde fait. Je me suis dit yaay! Ça fera une compétence de plus sur mon CV. Mais en fait, dans deux ans, des algorithmes feront ça très bien sans moi. Il faut donc que je développe fissa une autre compétence. Je songe sérieusement à l’art de ne rien foutre sur un excellent canapé, entre un excellent livre et un excellent chocolat noir. Je pourrais l’enseigner. Quand les robots auront pris tout notre boulot, ce sera, à n’en pas douter, une qualité très recherchée.

A lire aussi: Mon mex à moi

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