30 novembre 2017

Fille de la vigne

De son enfance passée à Gigondas, Mathilde Roux a hérité le goût du vin. Depuis trois saisons, elle cultive la vigne sur les coteaux de Fully. Et la petite Française exilée en terre valaisanne a tout d’une grande.

Mathilde Roux
Mathilde Roux a su dès l’âge de 7 ans qu’elle voulait devenir vigneronne. Depuis, la passion du vin ne l’a jamais quittée.

Est-ce un signe du destin ou plutôt la marque des vignerons talentueux? Dans le dédale pentu des rues de Fully, la cave de Mathilde Roux voisine celle de la grande Marie-Thérèse Chappaz. Et depuis trois saisons, «la petite Française», comme on la désigne dans le coin, cultive la vigne avec l’ardeur des passionnés.

Syrah, Merlot, Cornalin pour les rouges, Païen, Johannisberg et bien sûr l’incontournable Petite Arvine font partie de la quinzaine de cépages dont elle s’évertue à tirer le meilleur sur le sol granitique de ses 8 hectares. C’est que Mathilde Roux vit le vin comme d’autres vivent la musique. Sous ses airs réservés, cette fille du Sud aux longs cheveux bruns qui aime le grand air cache l’assurance des gens qui savent ce qu’ils veulent. En fille de son temps, elle a revu les codes en préservant l’authenticité du travail. Comme ces palettes coiffées de coussins colorés qui invitent le visiteur à déguster les crus au soleil sur la terrasse. L’étiquette des bouteilles a été redessinée pour aboutir à un design sobre au minimalisme raffiné: un grain de raisin enrobé d’une goutte. Le nom de la cave – Gérard Roduit – a été changé en Orlaya du nom de cette jolie fleur blanche que l’on trouve dans la réserve des Follatères sur les hauteurs de Fully. «Un mot qui marque les esprits, appelé à durer, même si le nom du vigneron change», explique-t-elle.

Elle nous accueille suivie d’Ales, le chien de traîneau au nom tchèque en retraite forcée pour cause de blessure. Derrière les cartons empilés, deux silhouettes s’appliquent à étiqueter et embouteiller sur fond de reggae. Atmosphère de start-up, ici on bosse détendu. Pourtant, le pari est osé: reprendre seule une exploitation viticole à 27 ans, qui plus est sans être de la région, voilà qui force le respect. Mais il en fallait davantage pour impressionner cette fille de vigne en quête d’excellence. Son Païen a récemment tapé dans le nez de Jérôme Aké Béda, le très médiatique sommelier de l’Auberge de l’Onde à Saint-Saphorin, qui a loué lors de sa chronique sur la radio lausannoise LFM «l’ossature féline et gracieuse, comme la vigneronne». Et puis, reconnaît-elle, les vignerons de Fully l’ont «extrêmement bien reçue».

Née dans une famille de vignerons à Gigondas (F), elle a très tôt tracé sa route. «A 7 ans, j’ai su que je voulais devenir vigneronne, raconte-t-elle assise à l’étage de sa cave. Je n’avais jamais goûté de vin, mais j’aimais cette vie, être au contact de la terre, le temps calme de l’hiver où nous allions voir les clients, les vendanges…» Deuxième d’une fratrie de trois sœurs, la petite Française est arrivée en Suisse à l’âge de 11 ans. La famille s’installe à Epalinges, sur les hauts de Lausanne, et la petite fille fréquente l’Ecole Nouvelle. Un choc culturel pour ce garçon manqué qui vivait jusque-là au grand air. «J’ai grandi dans un village de 800 habitants où tout le monde se connaissait et où il n’y avait que quatre classes. Alors imaginez, quitter un milieu rural pour la ville et une école privée…» Le temps passe, mais sa passion pour la vigne demeure. Même quand son père décide de vendre le domaine familial alors qu’elle a 18 ans et sa matu en poche. Pas grave, Mathilde ira voir ailleurs comment on fait du vin, se frottant au gigantisme des exploitations de Nouvelle-Zélande, puis au savoir-faire de Français établis en Afrique du Sud. Avant, elle s’inscrit à l’EPFL en biotechnologie, le temps de décrocher son bachelor. Une «erreur de parcours», dit-elle en rigolant, qui lui a tout de même ouvert les portes de l’école d’œnologie de Montpellier sans passer par la case préalable et dont elle est sortie auréolée d’un master. De retour sur les rives du Léman, la jeune œnologue poursuit sa route auprès de Raymond Chappuis en Lavaux et de Christophe Schenk dans le Chablais. C’est là qu’elle rencontre Jann, son compagnon d’origine tchèque qui l’épaule désormais dans l’aventure. «Le vin, c’est tout!», résume-t-elle lorsqu’on lui demande ce que le divin nectar signifie pour elle.

Là où tout commence

Après deux saisons, la patronne des caves de l’Orlaya fourmille de projets: les vieilles cuves d’acier seront sous peu troquées contre de l’inox. Bientôt des œufs en béton, appelés à favoriser le mouvement – comme on en trouve en Bourgogne –, viendront les rejoindre ainsi que des barriques pour l’élevage. Quant à la biodynamie, le processus est en route. Dès 2018, les herbicides seront totalement abandonnés. Entre la vigne et la cave, Mathilde Roux choisit sans hésiter la première, car elle en est convaincue, «c’est là que tout commence». Reste pour elle à tracer sa route.

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