11 mai 2018

Quand Harry épouse Meghan

On croyait les contes de fées dépassés, pourtant l’union de Meghan Markle et du prince Harry ce samedi au château de Windsor attirera les foules. Au-delà du glamour, elle rompt aussi avec l’ordre établi.

harry et meghan
Les retombées touristiques et médiatiques du mariage du prince Harry avec Meghan Markle seront énormes. (Photo: Reuters)

Le prince charmant n’existe pas, on le sait. Et voilà qu’on voudrait nous faire avaler que Meghan Markle, actrice américaine de son état, a fini par rencontrer le sien. Il se nomme Harry Windsor et occupe la 6e place dans l’ordre de succession au trône britannique. «La belle histoire» serait-on tenté de dire en ricanant.

Pourtant, 2 milliards de téléspectateurs sont attendus devant leur poste samedi à midi, heure locale. Ce 19 mai marquera en effet l’union de la belle métisse, roturière, divorcée et catholique avec le très aristocratique prince Harry.

Pour le moins étonnant. Du moins en des temps révolus. Car aujourd’hui les interdits sont tombés, analyse ci-dessous le correspondant du Point à Londres Marc Roche. Plus question de s’interroger sur la pertinence de faire entrer une étrangère aux us et coutumes dans la plus célèbre famille royale du monde. Mieux, cette arrivée s’inscrit dans une évolution savamment orchestrée. En témoigne la fascination intacte du public pour un tel événement. Les chiffres donnent le tournis: 100 000 touristes sont attendus aux abords de Windsor, plus de 2000 personnes priées d’apporter leur pique-nique ont été conviées dans le parc du château, 600 ont été invitées au lunch qui suivra la cérémonie et quelque 200 le soir. Les retombées économiques sont évaluées entre le demi-milliard et le milliard de livres, tasses, porte-clés et autres bibelots à l’effigie des mariés viendront garnir les rayons des boutiques de souvenirs. Hors norme, donc.

Allez-vous suivre le mariage du prince Harry avec Meghan Markle?

«La famille royale fascine toujours autant, car elle est la dernière à incarner le glamour»

Marc Roche, correspondant pour Le Point à Londres, auteur de Élizabeth II. Une vie, un règne (Éd. Tallandier), première biographie autorisée en français.

Un mariage à la cour d’Angleterre est toujours un événement. Qu’est-ce qui fascine autant le public?

La monarchie britannique et la reine n’ont jamais été aussi populaires, car elles sont les seules avec l’armée à ne pas avoir été récemment éclaboussées par le scandale. La fascination est d’autant plus importante qu’en ce moment le pays traverse une passe difficile avec le Brexit. De fait, la monarchie incarne une institution stable et solide dans une période de grisaille qui a aussi su se renouveler. Après la mort de Diana en 1997, la famille royale a opéré une reconquête médiatique de l’opinion qui est passée par le mariage de Charles et Camilla, puis par celui de la jeune génération incarnée par William et Harry. Ce dernier, en s’unissant avec Meghan Markle, le fait avec une personnalité totalement hors norme.

Cette union est-elle aussi non conventionnelle qu’il y paraît?

Totalement. Regardez Kate Middleton, son parcours est très classique: elle est Blanche, protestante, de la classe moyenne enrichie, son éducation est identique à celle de l’aristocratie, elle est totalement dans le moule. Tout l’inverse de Meghan Markle, qui est actrice, métisse et divorcée. Mais il est vrai que son arrivée ne va pas bousculer l’ordre établi puisqu’elle et son futur mari n’ont aucune chance de régner un jour.

On est loin de la crise institutionnelle provoquée par Edward VIII et Wallis Simpson ...

À des milliers d’années-lumière. L’époque a totalement changé, à tel point que le fait que Meghan Markle soit divorcée et métisse n’a même pas été un sujet en Grande-Bretagne. Hormis le scandale soulevé par les propos racistes de la compagne du chef du parti britannique europhobe Ukip Henry Bolton qui a fini par démissionner, personne n’a évoqué le sujet. Dans les villes parce que ce n’est pas un thème et dans l’Angleterre profonde parce que c’est un tabou et que personne ne veut paraître raciste.

Il n’y aura pas de demoiselles d’honneur, les dirigeants politiques n’ont pas été conviés alors que les associations caritatives et les amis acteurs de Meghan seront là. C’est la fin de l’establishment?

Je n’irais pas jusqu’à le dire, mais je qualifierais plutôt cela d’évolution. Sur le continent européen, on regarde l’action caritative avec amusement, mais ce n’est pas du tout le cas en Grande-Bretagne où elle revêt un vrai pouvoir politique, pouvoir incarné par la famille royale. Ce mariage se situe ainsi dans la nouvelle norme qui prévaut dans le pays: celle du caritatif, alors que l’État providence se retire et que la politique d’austérité s’accroît.

On parle beaucoup des retombées économiques générées par un tel événement, mais sont-elles aussi importantes que prévu?

Le mariage ayant lieu un samedi et n’étant pas déclaré jour férié, ce devrait être une opération «win win» comparé à l’union de Kate et de William qui avait coûté très cher. Buckingham Palace, Windsor, les revenus générés par les produits dérivés font partie de ce que l’on appelle «la Firme» selon l’expression de George VI, le père d’Élisabeth II, pour qualifier la famille royale.

En Suisse aussi, l’événement sera suivi. Comment expliquez-vous un tel intérêt là où il n’y a jamais eu de roi?

Vous savez, les monarchies existent ailleurs mais elles ne font pas rêver, à commencer par la Belgique et, dans une certaine mesure, la France qui a une république monarchique loin d’apporter du rêve. En Suisse, le système confédéral n’échappe pas à la règle. Au milieu de cela, l’Angleterre et sa famille royale apparaissent comme les seuls qui savent encore produire du glamour.

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