5 décembre 2017

Les cinquante nuances de femmes de Mélanie Chappuis

L’écrivaine Mélanie Chappuis vient de publier un ouvrage qui fait la part belle à ses «sœurs humaines» et aux relations si particulières qu’elles peuvent entretenir entre elles. Un pavé dans la mare.

Mélanie Chappuis
Mélanie Chappuis aime vivre et travailler dans son manoir, un refuge à l’écart du monde.

Petite, elle parcourt le monde avec ses parents diplomates. Guatemala, Nigéria, Argentine, États-Unis… Elle découvre alors de nouvelles cultures en même temps que le déracinement. Prendre ses marques, se faire de nouveaux amis, parfois de nouvelles amours, être arrachée d’elles et tout recommencer. Ailleurs. Encore. Ce n’est qu’une fois son baccalauréat en poche qu’elle s’installe en Suisse pour y rester. Elle y entreprend des études de lettres et devient journaliste. Mais de ces années ballottée ici et là, Mélanie Chappuis garde la marque de l’instabilité, de l’histoire qui ne dure pas. Des aspects qui ont fortement marqué sa vie affective. Tumultueuse. Elle y puisera la matière de son premier roman, Frida, paru en 2008 (disponible sur exlibris.ch) . Un ouvrage qu’elle qualifie d’autofiction et d’où se dégage une force brute et cathartique. Celle des intenses émotions de la passion et de la rupture.

Tombent les masques

Depuis, «ça va bien», lance Mélanie Chappuis avec un brin d’autodérision. A 42 ans, cette mère de deux enfants a trouvé l’amour et la stabilité à Genève auprès de son mari, le dessinateur Zep. «Cela fait six ans que nous sommes ensemble, un record pour moi», poursuit-elle. De la cuisine de son manoir – sorte de refuge à l’écart du monde où elle vit et travaille – elle a l’air posée, comme on dit. Un aspect qui transparaît dans ses sujets d’écriture.

Quand ça va mieux, on est moins chahuté, moins autocentré et on peut s’intéresser aux autres.

Son dernier ouvrage, intitulé Ô vous sœurs humaines, en est la preuve (disponible sur exlibris.ch) .

Celle qui aime plonger dans la tête des gens et mettre au jour ces pensées qui restent souvent dans le silence de nos monologues intérieurs se glisse cette fois dans la peau de différentes femmes. Son but? Montrer ces liens si particuliers qui les unissent ou les divisent. Rivalité, dualité, complicité… Certains portraits sont au vitriol, d’autres, plus tendres, révèlent toutes les petites mesquineries que les femmes peuvent s’adresser comme les plus beaux élans de solidarité. Sous sa plume toujours aussi incisive, haletante et sans concession, les masques tombent. Mais devant nous, Mélanie Chappuis, elle, garde la face.

Elle tempère, mesure, pèse ses mots. Il faut dire que le sujet est délicat. Parler des femmes, c’est aussi évoquer le féminisme. À l’heure où le sujet fait rage, l’écrivaine se montre prudente. Elle rétorque donc au moindre rictus par souci de clarté. «Je suis gaffeuse, explique-t-elle. J’ai toujours peur d’être maladroite ou de manquer de tact.» Malgré ce que pourrait indiquer son imposante paire de Dr. Martens qu’elle porte aux pieds, elle se dit féministe mais ne descend pas pour autant dans la rue pour mener combat.

Je m’engage plutôt dans mes livres.

J’ai en revanche du mal à dire que je suis militante puisque certaines personnes m’ont reproché d’insister sur les côtés négatifs des femmes dans ce dernier écrit. Je suis peut-être trop dans la nuance quand je parle d’elles parce que je n’ai pas envie de cacher ce qu’il peut y avoir de laid en nous. Mon livre est ainsi un appel à davantage de solidarité.»

Mélanie Chappuis aime beaucoup les gens, même s ils constituent un défi pour elle.

À fleur de peau

Mélanie Chappuis a le souci de viser juste et quand on lui demande ce qu’elle pense du mouvement né de l’affaire Weinstein, elle n’hésite pas à dire qu’elle le soutient tout en y ajoutant son grain de sel:

Les femmes sont aussi responsables. Il y en a beaucoup qui font le jeu des hommes, des machos.

Quant à ses propres expériences en la matière, elle reste évasive. «Il y a des blessures que je ne peux pas confier», se réfrène-t-elle en jetant un coup d’œil par la fenêtre. Vers cette nature encerclant ce lieu singulier où elle réside. L’écrivaine dit aimer s’y balader. Plus casanière que mondaine, elle apprécie la solitude et l’intimité qu’elle partage avec ses proches. «Ici, je suis protégée. Je ne travaille plus comme avant dans un open space et je n’ai donc pas affaire à la malveillance de certains collègues. J’aime beaucoup les gens, mais ils sont toujours pour moi un défi.»

Fine observatrice, Mélanie Chappuis est à fleur de peau. Son activité prolifique d’auteure est peut-être à l’image de son besoin constant d’extérioriser, de créer, de partager. Avec neuf ouvrages à son actif, elle prépare déjà le suivant. Celui-ci ne parlera pas des femmes. Celle qui aime puiser un peu de sa matière dans son vécu traitera de l’exil. La boucle est bouclée.

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