21 mai 2013

Michaël Gregorio, l'imitateur aux mille et une voix

Devenu l’un des chouchous du public à moins de 30 ans, l’imitateur français Michaël Gregorio s’apprête à emporter le festival Morges-sous-rire dans un véritable tourbillon vocal.

Michaël Gregorio: «C’est la reconnaissance du public qui nous porte, mon équipe et moi.»
Devenu l’un des chouchous du public à moins de 30 ans, l’imitateur français Michaël Gregorio s’apprête à emporter le festival Morges-sous-rire dans un véritable tourbillon vocal. (photo Corbis)

Morges-sous-rire, c’est une première pour vous?

Tout à fait. J’ai souvent joué en Suisse, et notamment à Morges, mais pas dans le cadre du festival. En revanche, j’en entends parler depuis longtemps, et j’adore le Théâtre de Beausobre, qui est une magnifique salle.

Un plaisir à venir, d’autant qu’il s’agit de la 25e édition?

Absolument. En plus, Beausobre a une vraie âme. Grâce en grande partie à Jean-Marc Desponds qui en a tenu le gouvernail pendant longtemps (vingt-cinq ans, jusqu’en 2010, ndlr) et pour lequel j’ai beaucoup d’affection.

Les humoristes, votre famille artistique?

Je ne sais pas si on peut parler de famille. Vous savez, j’y ai des amis comme dans la musique, mais aussi dans la boulangerie.

Vidéo: un medley des imitations de Michaël Gregorio (source: Youtube - Patrick Sébastien)

En 2008, vous avez assuré la première partie de Céline Dion, et au Stade de Genève en plus. Votre talent vocal fait déjà de vous l’égal des stars du rock que vous imitez, non?

Houla. S’il s’agit de la rockstar un peu diva qui cumule les caprices et qui a la très grosse tête, non, non, je ne pense pas devenir comme cela. En revanche, le rock fait partie de mes influences musicales et j’en mets pas mal dans mon spectacle avec les Clash, Lenny Kravitz, U2 ou encore Coldplay.

Peu de vos prédécesseurs francophones se sont risqués sur ces terrains musicaux là…

C’est ce qui m’amuse: jouer avec les codes du concert rock. Par exemple lorsque je me jette sur la foule comme le leader d’un groupe de grunge.

Originellement, ne vouliez-vous pas être comédien?

Etre sur une scène, en fait, surtout. Je faisais du théâtre au lycée. Et c’est là que j’ai découvert que je pouvais composer, moduler avec ma voix, lui donner différentes tonalités. J’étais fan de Radiohead et de Nirvana, je chantais leur répertoire dans ma chambre. Un ami avait participé à Graines de star sur M6. Il m’en a parlé, mais à l’époque je ne faisais pas vraiment de l’imitation, j’avais juste quel­ques voix en stock. J’ai envoyé un CD, j’ai été pris et ça a démarré comme ça (il l’a gagné deux fois, ndlr).

Vous considérez-vous comme un pur imitateur?

Pas vraiment. Bon cela dépend de ce que vous entendez par là.

Imiter au plus près une texture et des mimiques vocales, ce genre de choses…

Il me semble que la notion même d’imitation juste n’existe pas. Je n’ai pas plusieurs voix, mais une seule: la mienne. J’essaie, en rajoutant de la contrainte vocale, de la faire sonner différemment pour me rapprocher de tel ou tel artiste. Mais cela reste très subjectif.

Pourquoi?

Parce qu’au fond cela dépend de l’histoire personnelle que chaque spectateur a avec tel ou tel répertoire. L’un va trouver mon imitation de Pavarotti excellente, l’autre moins. Je vois le travail vocal comme une proposition, une suggestion, plutôt que comme de l’imitation pure. D’autant qu’il y a de la caricature, mais aussi de l’hommage et parfois même de la création de personnage où l’on s’amuse à créer quelque chose comme je le fais avec les BB Brunes par exemple.

Votre spectacle alterne les moments d’hommage et les vannes, mais aussi les moments d’émotion, c’est sa force?

Je peux me moquer des gens que j’apprécie. J’en admire certains, d’autres moins. Mais j’ai toujours du respect pour les gens que je détourne. L’idée première est de s’amuser, même avec Christophe Maé que je ne cherche nullement à défoncer. Je n’ai rien contre lui, bien sûr. Et j’aime bien jouer avec toute la palette des émotions. Lorsque l’on a écrit le texte du spectacle, on s’est dit qu’il n’y avait pas de raison de se priver de ces moments de grâce sous prétexte qu’il s’agissait d’un spectacle d’humour.

Vidéo: Michaël Gregorio imite Christophe Maé. (source: Youtube)

Pas de parodie méchante, donc, à la Thierry LeLuron?

Non, encore que ce n’était pas vraiment méchant parce que ça avait du sens. La méchanceté suppose quelque chose de gratuit. Encore que je ne l’ai pas vraiment connu, je suis un peu jeune.

Justement, on a le sentiment que le succès est venu très vite…

Je me suis lancé il y a douze ans quand même! J’avais 16 ans à Graines de star, j’en ai 28 aujourd’hui. Même si une partie du grand public me découvre encore aujourd’hui, et c’est tant mieux, j’ai commencé à travailler il y a longtemps. Je suis intermittent du spectacle depuis l’âge de 18 ans et l’abandon de mes études de droit. Je ne suis pas passé à la médiatisation soudaine via la téléréalité ou ce genre de choses, ça s’est fait progressivement. Et puis ma notoriété reste encore relative et, vous savez, elle ne représente pas du tout mon moteur ou mon ambition. Je ressens beaucoup de recul là-dessus.

Ah, vous venez quand même de souffler le Globe de cristal du meilleur one man show à Florence Foresti, ce n’est pas rien…

Il n’y a aucune compétition entre nous. Florence a rempli Bercy, elle est formidable sur scène. En revanche, c’est vrai que cette reconnaissance de la presse, puisque le prix est remis par vos confrères, m’a fait très plaisir.

Et celle du public, qui visiblement répond présent?

Celle du public est immédiate, on la ressent chaque soir avec mon équipe, et c’est elle qui nous porte.

Même si vous êtes produit par Laurent Ruquier, on n’a pas le sentiment que vous courez les plateaux TV. Un choix?

La scène reste clairement ma priorité. Là je tourne jusqu’à fin 2014. Mon métier est d’être sur scène, pas à la télévision. Elle reste un moyen formidable de parler du spectacle, et je le fais volontiers, mais en tant que telle, elle n’est pas un objectif.

Quels sont vos modèles?

Je suis né à l’imitation un peu par hasard. Je n’ai donc pas trop de modèle. Et j’essaie de ne pas trop être un imitateur qui imite le registre d’un autre imitateur, ce serait atroce, non?

Votre indéniable talent vocal vous donne-t-il envie de passer de l’autre côté du miroir?

On verra. J’ai toujours aimé chanter, j’ai toujours fait de la musique. J’ai écrit une chanson pour un film, ce qui fut une expérience sympa («Dépression et des potes», d’Arnaud Lemort, ndlr). Je continue aussi d’assurer des doublages en tant que comédien. Ce qui me motive, ce sont les rencontres, les nouveautés. Le prochain spectacle contiendra peut-être moins d’imitations, on verra.

Comment faites-vous pour passer aussi vite et aussi fort d’une interprétation à l’autre?

Je fais attention à ma voix, je la pousse très peu en dehors de la scène. Et je ne mange pas trop de viande, non plus, mais sans être un intégriste. En même temps, je n’ai pas envie de mener une vie d’ascète.

L’humour politique vous tente-t-il?

La politique m’intéresse, je lis beaucoup les journaux. J’aime beaucoup ce que fait Christophe Guillon ou Gaspard Proust, mais sans doute admire-t-on souvent ce que l’on ne sait pas faire. Tiens, d’ailleurs, c’est le cas avec la plume de Christophe Comte, un journaliste qui écrit des billets corsés aux Inrocks.

Et le côté performance physique: vous êtes aussi survolté dans la vie que sur scène?

Plutôt le contraire. Je crois être quel­qu’un de plutôt calme, d’un naturel assez timide au départ. La scène agit sans doute sur moi comme une sorte de défouloir. J’en ai besoin pour vivre, elle reste le dénominateur commun de toutes mes passions.

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