7 novembre 2019

Unis contre le paludisme

Par le biais de son fonds de soutien, Migros contribue à un projet novateur de lutte contre la malaria au Malawi. Ce dernier met l’accent sur les écoles pour éradiquer cette maladie mortelle. Visite dans le «cœur chaleureux de l’Afrique».

malaria
La jeune Ethel Manyozo est examinée par les enseignants John Misempha et Modestar Gama à l’école primaire de Nalikukuta. (Photo: Cyrill Krähenbühl)

De simples huttes en brique aux toits en tôle ondulée, une cour de récréation poussiéreuse avec quelques arbres, pas de chaises ni de pupitres. Voici l’école d’Ethel, 9 ans. Dans la plus petite pièce, qui dépasse à peine les six mètres carrés, se trouve un poste sanitaire rudimentaire. La fillette y est assise pendant sa pause de midi, elle pleure doucement. Ses joues sont brûlantes et elle se plaint de maux de tête, des symptômes inquiétants dans une zone à haut risque comme le Malawi. Dans quelques instants, elle sera soumise à un dépistage du paludisme, également appelé malaria.

La personne qui examine Ethel ce matin-là n’est pas médecin, c’est John Misempha, 46 ans, l’un des enseignants de l’école. Grâce à une formation complémentaire, celui-ci peut assurer les premiers soins pour le paludisme. Avec des gestes maintes fois répétés, il pique le bout du doigt d’Ethel pour obtenir une minuscule goutte de sang, qu’il dépose ensuite sur un test rapide jetable. Il faut maintenant patienter. Dans vingt minutes tout au plus, l’enfant saura si son corps abrite les dangereux parasites Plasmodium.

John Misempha n’est pas rémunéré pour ses services sanitaires. (Photo: Cyrill Krähenbühl)

La formation médicale du corps enseignant

John Misempha n’est pas rémunéré pour ses services sanitaires. Il ne peut pas compenser ou se faire payer ses heures supplémentaires – les examens ont lieu pendant les heures creuses et les pauses. Quelle est donc sa motivation? «Je voulais continuer à me former pour aider nos élèves, explique le professeur. Je le fais pour mon pays.» Le paludisme est en effet la maladie la plus mortelle au Malawi, plus encore que le sida et la tuberculose.

Dans la trousse de premiers secours, on trouve de quoi faire un test rapide de la malaria. (Photo: Cyrill Krähenbühl)

Pour comprendre l’importance de ces postes sanitaires à l’école, il faut connaître le comportement classique qu’adoptent les habitants du Malawi: les enfants avec des symptômes similaires à ceux d’Ethel sont renvoyés chez eux par leurs enseignants. Le soir, leurs parents leur donnent éventuellement un analgésique, qui apporte un soulagement passager. Lorsque les symptômes réapparaissent, ils se rendent parfois dans l’un des centres de santé publics. Mais ces installations sont souvent à plusieurs kilomètres et l’immense majorité des citoyens de ce pays de 19 millions d’habitants se déplace à pied. Les parents peuvent parvenir à réunir assez d’argent pour une moto-taxi, mais ce n’est pas toujours le cas. Il se passe ainsi plusieurs jours avant le diagnostic. Plus on met de temps à traiter le paludisme, plus les parasites peuvent se multiplier et plus la maladie se déclarera violemment. De même, la probabilité d’une contamination au sein du foyer augmente, lorsque le même moustique pique plusieurs personnes.

Les avantages des soins à l’école

Malgré sa pauvreté, Ethel est privilégiée sur ce point. Elle se rend dans une des 58 écoles du district de Zomba qui possèdent une salle de soins et un professeur formé contre le paludisme. Ces installations et compétences font partie intégrante d’un projet de l’organisation pour les droits des enfants Save the Children Suisse, active dans le monde entier. Étant donné que le gouvernement du Malawi concentre sa lutte contre le paludisme sur les enfants particulièrement menacés entre 0 et 5 ans, le nombre de jeunes malades de plus de 5 ans a fortement augmenté. Voilà pourquoi l’organisation caritative met l’accent depuis plusieurs années sur les écoliers. Assurer le dépistage et le traitement à côté de la salle de classe fait d’une pierre deux coups: une probabilité élevée de détection précoce et donc des enfants en meilleure santé, ce qui limite les absences. Le tout incite les parents à scolariser leurs enfants.

Commencer le traitement contre le paludisme à côté des salles de classe fait gagner un temps précieux. (Photo: Cyrill Krähenbühl)

Les vingt minutes sont passées. Dehors, le haut soleil d’octobre dessine des ombres de nuage aux contours découpés sur les versants du plateau de Zomba. À l’intérieur, à la surprise générale, le test d’Ethel n’affiche qu’une seule barre: il est négatif. En moyenne, trois écoliers sur quatre avec des symptômes similaires sont dépistés positifs. John Misempha ne lui administre donc pas de médicament contre le paludisme, il note les détails de l’examen dans un épais cahier et établit un transfert pour l’écolière. Son travail est terminé, un centre sanitaire public est désormais chargé de mener les examens complémentaires. Toutefois, tout cela n’aura pas été vain: chaque test décharge les «health centers» bondés, où les Malawites peuvent être traités gratuitement.

«Avant, il y avait de longues files d’attente d’écoliers», confirme Gorden Kachimanga, 36 ans, qui dirige un centre sanitaire de ce type à Zomba. D’après le médecin, les centres ne ­reçoivent presque plus d’enfants des écoles qui collaborent avec Save the Children, mis à part quelques transferts, comme dans le cas d’Ethel. C’est une bonne chose, car il peut ainsi s’occuper des nombreux adultes qui remplissent sa salle d’attente tous les jours. Ils sont nombreux à souffrir d’infections gastro-intestinales du fait de la mauvaise qualité de l’eau.

Un soutien qui compte

Migros soutient le projet de Save the Children Suisse au Malawi avec une somme à cinq chiffres. Qu’est-ce que cet argent permet de faire? Un test rapide du paludisme, des médicaments en cas de besoin ainsi qu’un petit équipement comprenant des gants en caoutchouc et des tubes de prise de sang coûtent environ 15 francs par patient. La durabilité est
plus difficile à chiffrer, et donc d’autant plus importante.

Passage de témoin

«À un moment donné, nous nous retirerons du projet, explique Victor Kadzinje, 51 ans, directeur de Save the Children Malawi. Quand ce jour arrivera, le pays doit être préparé à reprendre le flambeau et à s’assurer que les dépistages à l’école se poursuivent.» Victor Kadzinje passe une grande partie de son temps à convaincre les autorités sanitaires et pédagogiques, aux niveaux national et régional, mais également à échanger avec les chefs de communautés et les conseils de parents d’élèves locaux. Cela permet de créer des partenariats qui assurent des progrès durables à partir de projets.

Michael Kayange, directeur adjoint du ministère de la Santé, imagine très bien que le gouvernement élargisse le projet à toutes les écoles. (Photo: Cyrill Krähenbühl)

Michael Kayange, 42 ans, directeur adjoint du ministère de la Santé et responsable du contrôle du paludisme au niveau national, est une personne clé dans ce réseau relationnel complexe. Il a entendu parler de la venue de visiteurs de Suisse et a décidé spontanément de les retrouver à l’école d’Ethel.

L’après-midi, il a rencontré le représentant du conseil des parents d’élèves et a rappelé à tous que le meilleur moyen pour lutter contre le paludisme à la maison était les moustiquaires. «Elles sont trop chères pour nous», objecte le père d’un écolier. «Ne dépensez pas autant d’argent pour vos petites amies et des bières», répond le haut fonctionnaire de la
capitale, générant l’hilarité des mères. «Tous les hommes ne boivent pas de la bière et n’ont pas d’amies», réplique un autre.

Les transports publics ou privés sont rares au Malawi. La plupart des gens marchent pour se rendre d’un endroit à l’autre. (Photo: Cyrill Krähenbühl)

Un objectif ambitieux pour 2030

À la fin de sa longue journée, Victor Kadzinje est satisfait: il a arraché une concession importante au représentant du gouvernement: à partir de novembre, le ministère de la Santé prendra en charge les coûts liés aux tests rapides et aux médicaments. Avec les moyens libérés, Save the Children peut se concentrer sur la formation d’autres professeurs. Victor Kadzinje rêve que toutes les écoles du pays participent au projet. Si cela fonctionne, l’objectif ambitieux du Dr Kayange pourra peut-être être atteint: éradiquer le paludisme du Malawi d’ici à 2030.

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