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Se former pour protéger les abeilles

Désormais, il est possible d’obtenir un brevet fédéral d’apiculture. Ce nouveau cursus de trois ans, soutenu par Engagement Migros, vise à approfondir les connaissances des passionnés éclairés.

Ils sont horticulteurs, forestiers et paysagistes, mais aussi électriciens, médecins et pâtissiers. Tous partagent une passion commune: celle de prendre soin des abeilles afin qu’elles puissent produire un produit naturel d’exception, le miel.

En ce matin du mois de mars 2017, ce groupe de vingt-quatre personnes, venant des quatre coins de la Suisse romande et du Tessin, s’est réuni pour la première journée de cours à l’Agrilogie de Marcelin, l’Ecole d’agriculture et de viticulture du canton de Vaud située sur les hauts de Morges. Assis dans une classe en gradin, ils font partie de la deuxième volée de la formation d’apiculteur donnant droit à un brevet fédéral, une nouveauté en Suisse romande.

Lancé en octobre 2016, ce cursus poursuit un but clair. «Beaucoup de gens veulent se lancer dans l’apiculture en pensant que les abeilles savent ce qu’elles doivent faire et qu’il faut intervenir le moins possible, voire jamais, explique Marianne Tschuy, l’une des organisatrices du cours. Or, elles ont besoin de soins, notamment afin de combattre le varroa, un acarien qui peut avoir de graves conséquences sur une colonie.»

Eddy Praz, de Sion, s’est inscrit aux cours afin de pouvoir approfondir ses connaissances. «Je possède déjà soixante-cinq ruches en Valais et au Tessin et aimerais pouvoir devenir apiculteur professionnel. Pour cela, j’ai encore mille choses à apprendre.» Evoluant dans le monde de la banque, Eddy Praz a eu le déclic lorsqu’il travaillait au Luxembourg. «Ma voisine avait des abeilles, et cela m’a tout de suite fasciné.» Puis de poursuivre: «J’ai aujourd’hui 46 ans, et ma motivation première dans la vie n’est plus l’argent. J’ai envie de faire quelque chose d’utile pour la société et la nature.»

Les cours se déroulent du vendredi au dimanche et demandent un investissement certain.

Découpée en cinq modules sur trois ans, la formation aborde différentes thématiques: l’environnement, la conduite d’un rucher, les produits apicoles, la santé, le développement des colonies et l’élevage de reines. Le premier matin du cursus est consacré à l’habitat des abeilles. C’est Charlène Heiniger, écologue au Laboratoire d’agro-écologie et systèmes horticoles de la Haute Ecole du paysage de Genève, qui donne le cours. Elle aborde en classe les principaux paramètres permettant de définir si un habitat est propice à l’emplacement d’un rucher ou non et évoque – devant une assemblée tout ouïe – les causes du déclin de la biodiversité.

Puis la théorie laisse place à la pratique, et le petit groupe se rend à proximité du rucher-école de la Société d’apiculture de Morges. «Je vais vous demander d’analyser le territoire environnant, explique Charlène Heiniger. Mettez-vous dans la peau d’une abeille et pensez l’espace en trois dimensions.»But de l’exercice: recenser les obstacles qui pourraient empêcher les abeilles de trouver leur butin, à savoir le pollen et le nectar des végétaux.

Le miel, ce cadeau

«Je suis directrice des ressources humaines d’Hôpital du Valais, glisse en aparté Nathalie Schwery alors que, par petits groupes, les élèves évoluent vaillamment dans les environs. Travailler comme apicultrice représente certes beaucoup de travail, mais c’est surtout un vrai plaisir; je me déconnecte du quotidien. Par ailleurs, j’aime le fait de créer de bonnes conditions pour que les abeilles puissent produire quelque chose. Leur miel est un cadeau.»

Au terme de l’exercice, les élèves ont listé différents éléments pouvant poser problème: faible biodiversité des espèces végétales, présence de vergers ayant peut-être été traités avec des pesticides ou encore routes à fort trafic (les abeilles ne les aimeraient pas du fait des turbulences causées par le déplacement des véhicules) et lignes à haute tension, même si l’influence du champ électromagnétique sur les insectes doit encore être étudiée plus en détail.

L’après-midi, nous retrouvons la classe de la première volée, elle aussi composée de vingt-quatre participants. Ils suivent un cours sur les abeilles sauvages avec le spécialiste romand de la question: Christophe Praz. Depuis deux ans, ce maître- assistant en biologie à l’Université de Neuchâtel dresse la liste rouge des six cents espèces d’abeilles sauvages. Vivant en solitaire, ces dernières ne doivent pas être confondues avec leurs cousines domestiques, même si des liens peuvent être tissés entre les deux. «Ce qui est bon pour l’une est généralement bon pour l’autre», explique l’expert. Qui est fasciné par l’intérêt que portent les Suisses aux abeilles. «Il s’agit d’un insecte qui pique et peut être mortel. Pourtant, pour beaucoup d’entre nous, l’abeille, c’est la vie», analyse Christophe Praz, avant de conclure: «Selon moi, les apiculteurs jouent un grand rôle dans la transmission de cette image positive.»

 

Publié dans l'édition MM 16
18 avril 2017

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Engagement Migros

Migros et les abeilles

La nouvelle formation d’apiculture avec brevet fédéral a été rendue possible grâce au fonds de soutien Engagement Migros, qui accompagne le lancement du cursus. Ce dernier est ouvert aux apiculteurs ayant déjà suivi des cours de base de la Société romande d’apiculture et pouvant justifier d’une expérience de trois ans dans la gestion de colonies d’abeilles. Les vingt-sept jours de cours répartis sur trois ans se déroulent généralement du vendredi au dimanche.

Par ailleurs, Engagement Migros a lancé la plateforme Avenir abeilles . Conçu par des experts (WWF, Union suisse des paysans, Wildbee, Migros, etc.), ce site internet s’adresse à toutes les personnes (apiculteurs, jardiniers, agriculteurs, responsables forestiers, notamment) souhaitant venir en aide aux abeilles sauvages et domestiques. Utile et pédagogique à la fois.

En bref

Fonctionnement du fonds

Créé en 2012, le fonds de soutien Engagement Migros investit près de dix millions de francs par an dans des projets novateurs. Le financement est assuré par des entreprises du groupe Migros agissant dans le secteur des finances, du commerce et des voyages (Banque Migros, Denner, Migrol ou Hotelplan, par exemple).

Engagement Migros se concentre sur un petit nombre de projets qu’il sélectionne lui-même et n’accepte pas les demandes de soutien. Ce fonds complète l’action du Pour-cent culturel Migros, qui répond à une multitude de sollicitations et aide des talents et des projets dans tous les domaines de la culture.

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