13 septembre 2018

Miser sur les compétences

La psychologue Tanja Bellier-Teichmann a créé un jeu de cartes pour aider les patients souffrant de maladie psychique à conscientiser leurs qualités et ressources. Un outil d’auto-évaluation qui est désormais utilisé aussi en dehors du monde de la psychiatrie.

Tanja Bellier-Teichmann
Tanja Bellier-Teichmann a développé son système de cartes d’analyse pendant ses études (photo: Mathieu Rod).

Des études ont révélé que moins d’un tiers de la population connaissait ses qualités, ses ressources et ses talents», note la psychologue Tanja Bellier-Teichmann. Une proportion déjà fort modeste qui chute encore drastiquement si l’on se penche au chevet des personnes souffrant de maladie psychique.

«Ce qui n’a rien d’étonnant puisque nous nous focalisons en clinique, et en psychiatrie en particulier, sur leurs problèmes et leurs souffrances sans investiguer de manière systématique ce qui fonctionne bien chez eux.»

Or, souligne notre interlocutrice, plusieurs recherches scientifiques menées récemment en psychologie positive ont justement montré que

s’intéresser aux forces des gens favorise la diminution des symptômes et le rétablissement.

Tanja Bellier-Teichmann

Partant de ce constat, cette jeune femme a décidé, alors qu’elle était encore étudiante à l’Université de Lausanne, de consacrer sa thèse de doctorat au développement d’un instrument d’auto-évaluation des compétences. De ses réflexions et travaux est né un jeu de 31 cartes illustrées permettant d’identifier l’ensemble des aptitudes d’un patient.

Ces cartes sont réparties pour cela en trois catégories: les qualités personnelles (humour, confiance en soi, optimisme, persévérance…), les loisirs et passions (sport, cuisine, musique, voyage…) et les ressources extérieures sociales ou environnementales (famille, amis, profession, lieu de vie…).

Concrètement, les «joueurs» sont invités à trier les cartes de manière à pouvoir dresser leur profil de ressources et compétences, puis à voir en quoi celles-ci les aident à se sentir mieux dans les moments difficiles et enfin à déterminer quelles nouvelles forces ils souhaiteraient développer ou renforcer. «Cela donne des indications cliniques au thérapeute, qui peut ensuite proposer des interventions ciblées.

Dans cette démarche, la personne est actrice du changement.

Tanja Bellier-Teichmann

Cet outil a été testé par 213 personnes atteintes d’affections psychiques sévères telles que schizophrénie, troubles anxieux, dépendance, etc. «Ma grande crainte, c’était que des participants ne trouvent rien de positif dans leur vie et ressortent de l’évaluation encore plus déprimés qu’avant, ce qui n’a heureusement jamais été le cas.» Même si certains jugeaient d’abord la démarche inutile, tous ont finalement pris conscience des richesses qu’ils possédaient sans forcément le soupçonner.

Un procédé qui fait école

Après une heure d’entretien avec les patients, Tanja Bellier-Teichmann a observé, au travers de divers questionnaires et monitorings, que leur niveau de confiance en eux et de sérénité avait augmenté alors que leurs symptômes d’anxiété avaient diminué. «Ils avaient le sentiment que leur existence avait plus de sens. Aborder ces thèmes a donc déjà des répercussions. Après, il faut évidemment les travailler pour que cela ait un impact à long terme.»

Le jeu de cartes permet aux patients une approche plus positive de leur perception de soi (photo: Mathieu Rod)

Aujourd’hui, cet outil d’évaluation a été adopté par une bonne trentaine d’hôpitaux psychiatriques et d’institutions de soins en Suisse, en France et en Italie. Il a également séduit des psys en cabinet privé, des spécialistes en orientation scolaire et professionnelle ainsi que des préposés de l’office de l’assurance-invalidité (AI). «Ce jeu de cartes peut être utilisé dans beaucoup de contextes différents.

Il comble une lacune dans ce pays où l’on se trouve encore aux prémices de la psychologie positive.

Tanja Bellier-Teichmann

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