21 mai 2013

Mon ado réclame un tatouage

Junior n’en démord pas: sa petite fleur sur le biceps ou son piercing à l’arcade sourcilière, il l’aura! Face à une telle détermination, comment doivent réagir les parents?

Une jeune fille regarde le tatouage qu'on est en train de lui faire sur l'épaule
L’adolescent réclame sans cesse de nouveaux tatouages? Cela peut relever d’une difficulté à exister au-delà de l’apparence (Photo: Getty Images)

«Si vous vous faites tatouer, votre mère et moi ferons pareil: le même motif, au même endroit.» Tel est, en substance, le message que Barack Obama a récemment délivré à ses filles Sasha, 11 ans, et Malia, 14 ans, pour les dissuader de marquer leur corps à tout jamais. Bottant ainsi en touche leur envie de rébellion: en effet, partager le même signe distinctif que papa et maman, quelle honte auprès des copains!

Eh oui: on a beau être président des Etats-Unis, on est confronté aux mêmes problèmes que le commun des mortels. Car des histoires d’ados qui réclament tatouages et piercings, on en trouve légion sur les forums de discussion en ligne. Emanant tout autant de parents désemparés – «Ma fille de 12 ans veut un piercing au nez, que lui répondre?» –que de leurs rejetons révoltés: «J’aimerais me faire tatouer une hanche, mais mon père et ma mère refusent. Comment les convaincre?»

Une manière de se réapproprier son corps

Doit-on voir dans cette envie précoce de «customiser» sa personne à coup d’encre indélébile ou de morceaux de métal autre chose qu’une simple préoccupation esthétique? «Les adolescents entretiennent un rapport un peu particulier avec leur corps, explique le pédopsychiatre français Stéphane Clerget. Ce dernier n’arrête pas de changer: il leur échappe, en quelque sorte.

Le tatouage et le piercing constituent un moyen pour eux de se réapproprier leur corps.

Ils envoient par ailleurs un signal clair aux parents: mon corps ne vous appartient plus, il est à moi à présent.»

L’auteur du Guide de l’ado à l’usage des parents estime également que ces pratiques participent à la construction de l’identité. «A cet âge, on ne sait pas encore très bien qui on est. En marquant son corps, l’adolescent exprime son individualité, comme il le fait par ses goûts musicaux et ses choix de vêtements, ou sa coupe de cheveux.»

Les parents doivent-ils interdire ou négocier?

Dès lors, rien de plus normal que la prunelle de vos yeux réclame un tatouage ou un piercing. Encore faut-il savoir comment gérer cette demande. Sur le Net, les avis des parents sont variés, de farouches interdictions («Pas avant 18 ans!») en âpres négociations («Pour le piercing du nez, j’ai dit oui; en revanche, je n’étais pas d’accord pour celui de la langue.»)

A noter que pères et mères semblent se laisser plus facilement convaincre par les arcades sourcilières ou les nombrils percés – on peut toujours enlever le bijou – que par les tatouages qui revêtent un caractère plus définitif.

Et qu’en pense le spécialiste? «Cela dépend en premier lieu de l’âge de l’adolescent, répond Stéphane Clerget. S’il a moins de 15 ans, je lui demanderais de différer sa décision. Après tout, il n’y a pas urgence. En revanche, s’il a atteint la majorité sexuelle (ndlr: 15 ans en France, 16 ans en Suisse), c’est une autre histoire: il est en âge de disposer plus librement de son corps.»

Dans tous les cas, le pédopsychiatre préconise avant tout le dialogue:

Il s’agit de discuter de ses motivations, de s’assurer qu’il est réellement convaincu de son choix, et que ce n’est pas uniquement une envie de faire comme les copains.

Et si, après moult discussions, l’ado affiche toujours une volonté de fer? Tout en rappelant qu’au final la décision appartient aux parents – «Certes, c’est son corps, mais ils en sont le gardien» – Stéphane Clerget les enjoint à guider leur enfant dans son choix. En l’encourageant par exemple à opter, dans le cas d’un tatouage, pour un motif assez discret, et en lui signalant qu’un dessin trop voyant pourrait lui porter préjudice plus tard, notamment au cours de sa vie professionnelle.

Des gestes qui s’apparentent à un rite d’initiation

Une fois la décision prise, inutile de l’accompagner au salon de tatouage ou de piercing. «Comme ces gestes s’apparentent à des rites d’initiation, il ira plus volontiers avec des copains.» Il sera toutefois nécessaire de s’assurer des conditions d’hygiène du lieu choisi...

Et pour ceux qui s’inquiéteraient que ces pratiques soient des signes de mal-être dans la lignée de la scarification et autres mutilations, Stéphane Clerget se veut rassurant:

Si un seul tatouage ou piercing ne lui suffit pas, qu’il en réclame sans cesse de nouveaux, il faut commencer à se poser des questions.

Cela pourrait relever d’une difficulté à exister au-delà de l’apparence. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à en discuter avec lui et, au besoin, à consulter un spécialiste.»

Quant à la parade utilisée par Barack Obama, le pédopsychiatre français la trouve originale et amusante: «Une jolie façon de dire à son ado, certes ton corps t’appartient, mais nous ne pouvons pas rester indifférent à ton apparence, comme toi à la nôtre.»

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