2 juin 2018

Mon enfant est constipé

Des crises de larmes au moment de faire la grosse commission à la peur incontrôlable d’aller à la selle, la constipation chez l’enfant peut rapidement pourrir la vie de toute la famille.

constipation
Lorsque l’enfant est constipé, aller aux toilettes ­devient une source d’angoisse, car il a peur d’avoir mal. (Photo:iStock)
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Quand le transit va, tout va, dit la publicité. Les parents qui ont des enfants constipés le savent mieux que personne, les problèmes de caca, ça vous pourrit la vie. Et pas seulement celle de la victime, c’est le quotidien de toute la famille qui se trouve bouleversé. «Petite, ma fille avait une peur bleue d’aller sur les toilettes, elle craignait que son caca ne tombe dedans et ne supportait pas l’idée de le voir disparaître, se souvient cette maman. À chaque fois, nous devions rentrer à la maison et lui mettre une couche.» «Mon fils a été constipé une fois et depuis, il a décrété qu’il ne ferait plus caca, raconte cette autre mère. Résultat, il avait tellement mal au ventre qu’il a fallu lui donner des laxatifs et de la paraffine. Chaque semaine, nous attendions avec inquiétude qu’il aille à la selle.»

Une source d’angoisse

Les problèmes de constipation ne sont pas à prendre à la légère et y remédier demande de la ­patience. Un mauvais transit ne s’installe pas du jour au lendemain. Bien souvent, il est l’aboutissement d’une période où l’enfant n’a pas suffisamment consommé de fruits et légumes, ne s’est pas assez hydraté. S’ensuit parfois une expérience de défécation douloureuse et l’apparition de petites lésions anales qui se rouvrent à chaque selle, plongeant l’enfant dans un cercle vicieux. «Aller aux toilettes devient source d’angoisse car l’enfant a peur d’avoir mal, et cela ne fait qu’empirer les choses», explique Andreas Nydegger. Médecin adjoint à l’Unité de gastroentérologie pédiatrique du CHUV, il voit passer régulièrement des enfants souffrant de constipation fonctionnelle (qui exclut toute autre maladie). Un véritable poison pour la vie de famille que l’on rencontre à trois moments du développement. Chez le nourrisson, lorsqu’il passe de l’allaitement à l’alimentation solide; lors de l’apprentissage de la propreté vers 2 ou 3 ans; et enfin lors de l’entrée à l’école, vers 5-7 ans, voire plus tard, quand demander à aller aux toilettes devant les autres peut devenir problématique. «Il faut alors réapprendre à l’enfant à aller à la selle et à bien s’hydrater.»

Il faut alors réapprendre à l’enfant à aller à la selle et à bien s’hydrater

Andreas Nydegger

Car, poursuit, le spécialiste, lorsque les parents se rendent compte qu’il y a constipation, le mal est en général déjà bien installé. «Dans les cas aigus un fécalome, un bouchon de matière fécale déshydratée, se forme. La seule solution est alors de se rendre aux urgences où dans les cas extrêmes on procédera à un lavement.» Afin de prévenir le pire, mieux vaut donc rapidement consulter un pédiatre, car relancer un transit malmené prend du temps (lire ci-dessous).

«Faire caca» peut aussi s’avérer problématique sur un plan psychologique. Les symptômes sont comparables à ceux d’une constipation mécanique, mais les causes diffèrent. «On met alors en lien les symptômes physiques avec le développement psychique de l’enfant et l’on cherche à comprendre s’ils traduisent une difficulté émotionnelle», explique Dante Trojan, médecin adjoint, responsable de l’Unité ambulatoire péri-hospitalière du Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des HUG. Principaux suspects: l’attachement ou l’angoisse de la séparation. «Chez les petits de 3 à 5 ans, il s’agit souvent de les rassurer sur le lien, de les sécuriser. Il faut alors faire un travail avec les parents autour de la séparation.»

Chez les petits de 3 à 5 ans, il s’agit souvent de les rassurer sur le lien, de les sécuriser

Dante Trojan

Ne pas en faire une affaire d’État

Se retenir d’aller à la selle peut aussi révéler un besoin de contrôle et de pouvoir sur son entourage à l’heure où l’enfant s’autonomise et apprend à maîtriser ses sphincters. «Certains ont peur de la saleté, d’autres de passer dans le trou des toilettes, d’autres encore envisageront cela comme un don, un cadeau. Inconsciemment, ils se disent, qu’est-ce que je donne, qu’est-ce que je retiens?» Mais, conclut Dante Trojan, attention à ne pas trop psychiatriser des comportements souvent passagers. «Paradoxalement, plus on s’attarde sur le problème, plus celui-ci prend de l’ampleur. Toute la difficulté est de ne pas banaliser sans toutefois en faire une affaire d’État.»

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