28 février 2018

Mon enfant n’aime pas perdre

Conseils pour aider un enfant à avoir du plaisir à jouer même s'il ne gagne pas.

Dessin humoristique d'un enfant qui édicte ses propres règles du jeu au reste de la famille.
Illustration: Gilberte Niamh Bourget
Temps de lecture 3 minutes

Sourcils froncés et regard orageux, Thomas, 6 ans, envoie valser ses cartes de jeu: «C’est pas vrai, j’ai pas perdu, c’est vous qui êtes nuls!», hurle-t-il à sa grande sœur et à ses parents.

Que ce soit avec les copains ou en famille, nombreux sont les enfants qui n’aiment pas perdre – et qui sont souvent prêts à tricher éhontément pour gagner envers et contre tout. «Dans ce type de situation, deux processus sont en jeu: le problème de la régulation des émotions et celui de la comparaison sociale, explique Édouard Gentaz, directeur du Babylab et du SMAS (Laboratoire du développement sensori-moteur, affectif et social), à la Faculté de psychologie de l’Université de Genève.

Ainsi, tout type de jeu met en place un processus cognitif de haut niveau qui consomme des ressources. Pour jouer, mais aussi pour gagner, et surtout lorsqu’il perd, l’enfant doit mettre en place différentes stratégies, avec plus ou moins de facilité. «Cela démarre à la naissance. Puis,

plus on grandit, plus on a de ressources cognitives, et plus on est capable de gérer l’échec en général,

explique le professeur genevois. Mais l’efficience de cette gestion de la situation peut être très variable d’un enfant à l’autre.»

Dispositions personnelles et environnement

C’est qu’à la base, on a déjà tout simplement plus ou moins de facilité à gérer la situation. Les dispositions personnelles de l’enfant vont aussi dépendre de son environnement. Ainsi, si ses parents trichent ou sont mauvais perdants, l’enfant tendra à considérer ce comportement comme la norme et l’imitera. «Il faut qu’il y ait une consistance entre ce qu’on dit et ce qu’on fait.

On ne peut pas dire à son enfant qu’il faut apprendre à perdre avec bonne humeur, puis s’énerver quand on perd soi-même! Certains adultes sont encore très mauvais perdants…

Il y a également la notion de comparaison sociale qui entre en jeu: «Quand on est en interaction, on est dans une situation de comparaison sociale permanente. On va supporter cette comparaison plus ou moins bien, selon notre caractère, notre éducation et la culture de notre pays.» Le type de jeu aura également son importance, car le hasard qui favorise le voisin peut certes être énervant, mais un jeu impliquant une stratégie ou des compétences précises pourra encore davantage irriter le perdant, qui se sentira alors infériorisé par rapport à ses camarades de jeu.

Cela peut devenir ensuite un cercle vicieux: je m’énerve, je sais que cela n’est pas bien, ce qui m’énerve encore plus…

Verbaliser les situations

Pour éviter les crises de colère et cascades d’injures, Édouard Gentaz donne aux parents les conseils suivants: tout d’abord, il vaut la peine de jouer régulièrement avec ses enfants. «Tout jeu est un formidable outil d’apprentissage des règles sociales, souligne le psychologue. Mais attention: ce n’est pas le fait de jouer qui va améliorer les choses, mais celui de verbaliser les situations, que ce soit au niveau des adultes ou celui des enfants.

Si l’enfant s’énerve trop fortement, je conseille d’arrêter le jeu pour qu’il se calme, puis d’en parler avec lui. On peut ainsi lui demander d’imaginer la situation, en lui demandant: «Si tu gagnes, qu’est-ce que tu vas faire? Et si tu perds?» Un important travail de verbalisation et d’explicitation va permettre à l’enfant d’exprimer ses émotions et de prendre de la distance.

Des jeux pour tous

Cependant, avertit le directeur du Babylab, il s’agit aussi de favoriser la diversité des jeux et de choisir ceux qui impliquent tout un panel d’interactions sociales et sollicitent à tour de rôle les compétences de chacun. «Il est important que ce ne soit pas toujours le même qui gagne. Sinon, le jeu risque de ne plus être un plaisir, voire de devenir traumatisant. On voit d’ailleurs beaucoup d’adultes qui, échaudés dans leur enfance, ne veulent dorénavant plus jouer!»

Son conseil: alterner les jeux compétitifs et les jeux coopératifs, toujours plus nombreux sur le marché et qui permettent qu’il n’y ait ni perdant ni gagnant.

On vit dans une société qui favorise la compétition,

remarque Édouard Gentaz. Mais cela vaut la peine de privilégier aussi la coopération, car souvent, ce comportement favorise un développement psychologique plus harmonieux et bienveillant avec l'autre.» Une étude effectuée dans le cadre du Laboratoire a d’ailleurs permis de montrer que le partage d’une collaboration ou d’un effort entre enfants favorise ensuite les comportements d’équité.

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