19 août 2013

Mon fils marche les pieds en dedans

Ils tombent souvent quand ils courent parce qu’ils s’emmêlent les pieds: les copains rigolent mais les parents s’inquiètent. Il n’y a pourtant pas grand-chose à faire, selon les spécialistes. A part les laisser courir et les empêcher de s’asseoir «en grenouille».

Dessin d'un garçon assis en grenouille
S’asseoir «en grenouille» peut accentuer le problème, en
provoquant une déformation à la hauteur des fémurs.

Un petit bout de chou qui fait ses premiers pas les pieds tournés vers l’intérieur, c’est tellement craquant, de l’avis général! Ça l’est beaucoup moins quand le bambin en question a atteint l’âge scolaire et s’étale de tout son long dans la cour de récréation parce qu’il s’est emmêlé les pinceaux.

D’ailleurs, les pieds en dedans, c’est l’une des consultations les plus fréquentes chez les spécialistes en orthopédie pédiatrique. «Ces petits, âgés généralement entre 2 et 5 ans, ne souffrent pas, mais parce qu’ils tombent souvent, les mamans ou l’entourage s’inquiètent», confirme Pierre Lascombes, professeur en orthopédie pédiatrique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Des cas bien plus fréquents qu’on n’imagine

La plupart du temps pour rien. Ce n’est pas grave, chers parents, pas de quoi s’affoler – une fois les rares cas de handicaps exclus. Pas grand-chose à faire non plus. D’ailleurs beaucoup d’enfants naissent les pieds en dedans. Car au niveau du développement squelettique, le petit est roulé en boule dans le ventre de sa mère, avec soit une rotation externe des jambes – les pieds en canard, qui ne sont pas les plus fréquents – soit une rotation interne.

Et comme le squelette d’un fœtus se compose en grande partie de cartilage, il est très mou et se déforme ou plutôt se forme sous l’effet de la pression dans l’utérus. Du coup en naissant, les bébés montrent une torsion interne de la jambe (au niveau du tibia ou du fémur, ou les deux combinés), avec les pieds en dedans. Ils vont prendre toute la croissance pour se détordre, à partir de l’âge de la marche – soit dès 12 à 18 mois.

La bonne nouvelle, c’est que ce problème finit par se normaliser. Le plus souvent, c’est la marche - les muscles activés par la marche - qui aide les jambes à se dévriller!

Si la problématique peut se rencontrer au niveau du tibia, elle est plus fréquente au niveau du col du fémur. On parle alors d’antéversion fémorale. Autrement dit, c’est toute la jambe qui est tournée vers l’avant depuis la hanche: les pieds louchent, les genoux aussi. Le col du fémur d’un adulte présente généralement une antéversion de 15 degrés. Alors qu’à la naissance, il est tourné à 40 degrés. Avec un tel angle de rotation, en marchant, l’enfant va tout naturellement placer ses jambes en dedans, parce que c’est plus confortable pour lui au niveau de la hanche, là où le col du fémur est rattaché au bassin.

Et plus il fera de grands pas, plus il mettra ses pieds à l’intérieur et tombera.

Laisser le temps que le problème se résolve par lui-même

Encore une fois, pas de quoi paniquer: «J’explique aux parents que plus leur enfant va jouer et courir, plus il va se corriger; qu’il présente l’une ou l’autre problématique. Les deux évoluent dans le bon sens. La nature fait bien les choses, plus ou moins vite selon l’enfant, mais d’ici à l’adolescence pour la majorité.»

Dessin d'une fillette avec les pieds posés sur les fesses.
Les fesses posées sur les pieds, la position peut courber les jambes au niveau des tibias.

Et rien ne sert de vouloir tirer sur l’herbe pour qu’elle pousse plus droit! Pas de traitement miracle, ni plâtre ni attelle. Physiothérapie et ostéothérapie? Inutiles: C’est l’os qui est tordu, et ce n’est pas une malformation mais un manque de formation. Des semelles? A quoi bon: les pieds sont normaux!

Il y a trente ans, c’était très fréquent de couper le fémur à ces enfants, pour le leur redresser. Aujourd’hui on ne le fait plus: on leur donne leur chance!

Il arrive quand même que des jeunes filles en fin de croissance soient opérées, de la manière la moins invasive possible.» On est là dans l’esthétique.

Les cas sont heureusement très rares, même si on vit dans une société qui demande que tout soit parfait, avec beaucoup d’attention portée à la santé, surtout en Suisse par rapport aux autres pays européens, estime Pierre Lascombes. Mais la chirurgie, c’est quand même lourd! «Heureusement, les pédiatres sont bien formés: ils connaissent le sujet et savent donner des explications satisfaisantes aux familles», se réjouit le spécialiste.

Le professeur convient qu’il est difficile de dire aux parents que leur enfant est normal, qu’il ne risque rien – aucun lien avec l’arthrose n’a jamais été prouvé - , qu’il va bien, merci et au revoir! Il leur délivre alors volontiers une ordonnance un peu spéciale en trois «remèdes». Il s’agit en premier lieu d’interdire à leur enfant de s’asseoir en position dite de la grenouille ou en W, mais de favoriser la position en tailleur, même si elle leur est plus difficile avec des jambes en dedans.

«Je demande aussi aux parents d’aller voir comment dort leur enfant: si c’est à plat ventre, avec justement les genoux en dedans, je leur dis de le remettre sur le dos.» Qu’il fasse du sport aussi! Tous les sports qu’il veut! Bien sûr, la danse classique pourra poser quelques infimes problèmes avec les positions aux pieds écartés; un brin gênant d’autant plus que ce trouble se manifeste plus fréquemment chez les fillettes que chez les petits garçons. La raison en reste mystérieuse.

Et si ça ne suffit pas à les rassurer, le spécialiste propose de mesurer les angles de rotation des jambes et fixe un rendez-vous pour trois ou quatre ans plus tard, histoire de mesurer l’évolution. «C’est très rare qu’ils reviennent!»

Illustration: Corina Vögele

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