23 janvier 2012

Mon fils n’a pas d’amis

Entre la garderie et la deuxième année d’école primaire, c’est le meilleur moment pour que les enfants se trouvent des copains. Pour autant que leurs parents les encouragent et leur donnent l’exemple.

Mon fils n’a pas d’amis
Un enfant qui n'a pas d'amis n'a probablement pas été encouragé par ses parents à constituer un réseau social.
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Qu’ils se plaignent de ne pas avoir de copains ou, au contraire, que leurs camarades envahissent la maison à tous les goûters: dès l’école enfantine, les petits copains deviennent le centre de préoccupation des enfants. Mais avant d’être uniquement leur affaire, c’est d’abord celle des parents: à eux de faire le premier pas, pour que leurs rejetons se sentent encouragés à se construire leur propre vie sociale.

Nahum Frenck est catégorique: jusqu’à 8 ou 9 ans, qu’un enfant ait beaucoup ou pas du tout de copains dépend de l’ouverture des parents. Pour ce pédiatre et thérapeute de famille installé à Lausanne, c’est aux parents de commencer à jouer les entremetteurs, c’est-à-dire à inviter les petits copains de leurs enfants à la maison, pour qu’ils soient ensuite invités à leur tour et que des amitiés se forment. Et le meilleur moment, c’est entre la garderie et la deuxième année primaire, lorsque les parents se retrouvent dans la cour d’école à attendre ensemble leur progéniture.

Avoir une attitude sociale, c’est une coloration familiale dont l’enfant peut s’imprégner — Nahum Frenck, pédiatre et thérapeute de famille

«Il y a la possibilité, là, de tisser les premiers liens sociaux. Mais cela ne se fait pas toujours parce que la plupart des parents ne veulent pas ouvrir leurs portes. Il y a une grande fermeture,» affirme le spécialiste. «Dans mes consultations, quand je pose la question aux pères et aux mères si leur enfant est déjà allé dormir ailleurs, la réponse est généralement non, à part chez les grands-parents. Si des copains viennent à la maison, c’est juste une heure ou deux, cantonnés dans la chambre de leur enfant pour ne pas trop déranger.»

«De temps en temps faire une surprise à leur enfant»

Bon, et ceux dont les horaires de travail ne sont pas compatibles avec ceux de l’école et dont les enfants fréquentent des structures d’accueil extrascolaires? «Dans ma clientèle pédiatrique courante, de nombreux parents vont de temps en temps faire une surprise à leur enfant en l’attendant à la sortie de l’école, même si ce n’est pas systématique; c’est là qu’il peut y avoir un échange avec les autres parents.»

Un signal donné par les parents

En quoi est-ce si important? C’est un signal d’ouverture donné aux enfants, d’après le spécialiste. «Si les parents arrivent en regardant par terre et en se méfiant des autres, l’enfant fera pareil. Les enfants sont constamment en train de regarder toutes leurs attitudes du coin de l’œil. Et leur comportement reflétera celui de leurs parents. En parlant, en rigolant avec d’autres pères et mères, les parents donnent un feu vert à leur enfant pour jouer avec les autres enfants. Avoir une attitude sociale, c’est une coloration familiale, dont la fillette ou le garçon peut s’imprégner. Plus ils se donneront le droit d’inviter des camarades à jouer, manger et même dormir à la maison, plus ils auront de copains.»

Mais bon, des camarades, il en voit déjà assez à l’école, non? Pour Nahum Frenck, «chez l’enfant qui va de la maison à l’école et de l’école à la maison, la notion de partage de jeux n’existe pas. Les récréations, c’est court. Le fait qu’il puisse accueillir chez lui et que l’autre le reçoive est très important. C’est l’apprentissage de la réciprocité. Mais essayez de demander à des écoliers de 10-12 ans ce qu’est la réciprocité, ils ne se savent généralement pas. Et leurs parents non plus.» Dur jugement? «Monnaie courante dans un courant individualiste comme celui dans lequel on vit», assure le thérapeute.

Pour autant, il n’y a pas lieu de s’alarmer d’un enfant qui reste seul à la récré. Certains sont plus timides, réfléchissent ou sont plus lents au démarrage. «Je ne crois pas qu’il faille immédiatement sauter sur un diagnostic», met en garde le pédiatre lausannois. D’autant plus si ça arrive en novembre, soit peu après la rentrée scolaire. Autrement dit, jusqu’à Noël, pas d’inquiétude, mais en mai, on s’interrogera…

Plus tard, vers 10-12 ans, l’inverse sera la règle: l’enfant aura besoin d’une certaine solitude, par exemple de longs moments seul dans sa chambre pour se découvrir. Mais ce sera aussi l’âge de la participation à une équipe de football, un cours de danse ou un groupe de musique, soit des collectivités où il se socialisera. A nouveau, les parents pourront en profiter pour ouvrir les portes de la maison aux copains de son activité extérieure.

Une situation différente chez les préadolescents

L’affaire se complique chez les préados. «Si les enfants se sont constitué des groupes sociaux entre 10 et 14 ans, ils vont continuer à vivre dedans entre 14 et 18 ans. S’ils n’ont rien construit, ils vont se lier d’amitié avec des camarades que les parents ne connaissent pas, peut-être les cacher à leurs parents qui pourraient avoir l’impression de perdre le contrôle et paniquer. Les fantasmes commenceront à fuser…» Mais c’est une autre histoire.

Photographe: Louiza Becquelin

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