2 avril 2013

Mon garçon veut s’habiller en fille

Si être un garçon manqué fait davantage sourire qu’inquiéter l’entourage, il n’en va pas de même pour les «filles manquées». Faut-il pour autant s’alarmer?

Un garçon d'environ 11 ans saute d'un muret en portant un tutu par-dessus ses jeans
Anne Jeger: «Laissons-les faire ces expériences ludiques!» (Photo: Plainpicture/wildcard)

C’est l’histoire d’un petit garçon persuadé d’être une fille. Celle de Ludovic qui rêve de poupées et qui porte des robes rose bonbon sous le regard incrédule de ses parents. C’est l’histoire de Ma vie en rose, film belge sorti en 1997, mais c’est aussi celle de petits garçons dans la vraie vie. Comme Vassili (prénom d’emprunt), 3 ans et demi, qui un beau matin a décidé d’emprunter la robe et le collier de sa grande sœur pour aller à la crèche. Une situation qui, lorsqu’ils s’y trouvent confrontés, laisse les parents démunis. Les questions se bousculent: que faut-il faire, doit-on intervenir, s’agit-il d’une simple étape dans la construction de l’identité sexuelle de notre enfant ou d’un réel mal- être?

«Tout est question de mesure et de contexte», prévient la psychologue et thérapeute familiale genevoise Isabelle Yakoubian. Car si Vassili préfère porter des robes, cela ne signifie pas pour autant que le petit garçon désire être une fille, ni qu’il se prend pour ce qu’il n’est pas:

S’habiller en fille ou vouloir en être une sont deux choses très différentes.

Elle précise encore: «Si à 4 ans un petit garçon préfère les robes aux pantalons, cela ne veut pas dire qu’il se travestira plus tard, ni qu’il est transsexuel. A cet âge-là, il s’agit davantage de se déguiser.» Chausser les talons de maman, lui emprunter ses robes sont autant d’expériences rigolotes auxquelles s’essaient filles et garçons. Idem avec le rouge à lèvres: «Un petit ne fait pas la différence entre le maquillage de sa maman et celui du clown.»

Laisser faire ces expériences n’est pas toujours facile pour les parents. «On nous dit souvent à propos de Vassili: Ah, voilà votre fille, raconte son papa. Nous expliquons qu’il s’agit de notre petit garçon, mais qu’il aime porter des robes.» Rien ne sert pourtant de s’alarmer outre mesure lorsqu’un enfant manifeste ce type de comportement, estime Anne Jeger, psychologue spécialiste de la famille.

«Il n’y a rien à dire sinon le laisser faire ces expériences ludiques et souvent passagères, car il en a manifestement besoin, même si cela semble singulier.» En revanche, poursuit-elle, il faut s’interroger quand l’enfant commence à manifester des signes de mal-être comme des troubles anxieux, de l’appétit, du sommeil, un changement de comportement à l’école et à la maison et, le cas échéant, consulter un spécialiste.

Les parents sont eux encouragés à éviter les railleries. «Les garçons devenus grands qui racontent leur attrait d’enfant pour les habits féminins disent combien la réprobation parentale fut difficile à vivre.»

Se confronter au regard des autres

Il a beau n’être pas rare dans le développement de l’enfant, ce passage est souvent difficile à affronter lorsqu’il concerne le sexe dit fort. Face aux garçons manqués qui font d’ordinaire sourire l’entourage, les «filles manquées» inquiètent. «Il est vrai qu’il est mieux admis qu’une femme veuille ressembler à un homme que l’inverse, reconnaît le pédopsychiatre et directeur du département de psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, Christian Flavigny. Car on part du principe qu’une femme est incomplète, tandis que l’homme a, lui, tous les attributs.» Et puis l’image que l’on a de ce dernier «fait qu’on attend d’un garçon qu’il soit viril pour assurer la survie de l’espèce», ajoute Anne Jeger.

Des codes vestimentaires évolutifs

Les petites filles en robe et les petits garçons en pantalon, voilà donc la règle? Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi, comme le relève Isabelle Yakoubian. «Au XVIIIe et jusqu’au début du XXe siècle, on habillait indifféremment les bébés en robe les premières années de leur vie.» Preuve que même s’ils sont incontournables, les codes vestimentaires eux aussi évoluent.

Des données que sont évidemment loin de maîtriser les enfants en bas âge, mais qu’ils apprendront rapidement à respecter, poursuit-elle. «Souvent, lorsqu’un petit garçon désire sortir en robe malgré le fait qu’on lui ait expliqué que cela ne se fait pas, il suffit de le laisser se confronter aux réactions des autres pour qu’il comprenne que les conventions sociales le lui interdisent.»

Auteure: Viviane Menétrey

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