6 septembre 2017

Mystères et belle balade dans le vallon du Nozon

Le vallon du Nozon (VD) recèle d’étonnants trésors, notamment un bloc erratique gravé au néolithique et une grotte ayant sans doute servi d’abri à plusieurs ermites. Se promener en ces lieux, c’est traverser l’espace mais aussi le temps.

cascade du Dard
A la cascade du Dard, la forêt prend des allures équatoriales.

Le car postal 765 attend sagement devant la gare d’Eclépens (VD), commune située entre Yverdon et Lausanne. Nous sommes une poignée de passagers à embarquer. La conductrice met le contact, le moteur ronronne et le lourd véhicule se met en branle. Dix minutes plus tard, après avoir traversé «Le Milieu du Monde» (surnom donné à Pompaples, car les eaux du Nozon se partagent à la hauteur de ce village pour finir soit dans le Rhône, soit dans le Rhin), il s’arrête à la station terminus de l’Hôpital de Saint-Loup, point de départ et d’arrivée de cette randonnée.

En descendant les marches du bus, notre regard est immédiatement attiré par une falaise de calcaire inondée de soleil. Pour les sœurs diaconesses, qui se consacrent ici aux soins de l’âme et à la prière, cette muraille de roche fait partie du décor. Pas pour Stefan Ansermet, auteur du Guide des lieux mystérieux de Suisse romande (lire ci-dessous), qui nous invite à scruter cette paroi à travers un feuillage dense. «Là, un peu plus haut, il y a une grotte: la Baumette.»

A mi-hauteur de cet à-pic bien connu des amateurs d’escalade sportive, nous apercevons une large ouverture.

Cette cavité, c’est le paradis de l’ermite.

«Parce qu’elle est isolée, difficilement accessible, baignée de lumière et dotée d’une source. On suppose d’ailleurs que plusieurs générations d’ermites s’y sont succédé.» D’après un ancien manuscrit, le premier d’entre eux – un dénommé Sigorius – aurait choisi de se retirer dans cette caverne trois étoiles il y a un peu plus de 1500 ans de cela.

Nous n’irons pas visiter cette habitation troglodyte. Trop dangereux (En 2010, une jeune femme a fait une chute mortelle à cet endroit). Notre chaperon, lui, s’est rendu sur place. Il nous montre des clichés pris à l’intérieur, qui nous confortent dans l’idée que cet abri sous roche a bel et bien servi d’espace de méditation à quelques ascètes solitaires. «Etonnamment, ce site extraordinaire, peut-être l’un des plus anciens témoins du christianisme en Suisse, n’a jamais fait l’objet de véritables recherches!»

Sur la Pierre-des-Gottettes est gravée une scène de chasse préhistorique.

Stefan Ansermet, un guide curieux de nature

Cette balade nimbée de mystère démarre plutôt bien. Nous la poursuivons via un chemin de prière qui serpente jusqu’à une passerelle enjambant le Nozon, cours d’eau que l’on remonte par la rive gauche. Stefan Ansermet nous apprend qu’il travaille à 30% au Musée cantonal de géologie de Lausanne, en tant que photographe et minéralogiste. «Le reste du temps, je le consacre à la prospection de métaux et à l’écriture. En fait, ce qui me plaît le plus, c’est explorer, découvrir...»

A la première intersection, nous virons à gauche pour franchir un nouveau pont. Notre parcours se confond désormais avec celui du «Sentier du patrimoine». Notre guide stoppe soudain sans prévenir. Il libère une sorte de caillou de sa gangue de terre. «C’est sûrement une scorie médiévale. Cela prouve que l’on extrayait du fer par ici.» Plus loin, plus haut, des fouilles ont effectivement mis au jour des forges datant de cette époque.

Stefan Ansermet, guide et auteur.

Dans la forêt que nous traversons règne un silence de mort. «A cause des ifs?» (L’if a longtemps été un symbole de mort), plaisante Stefan Ansermet. Lui n’en a cure, il avance d’un bon pas, l’œil aux aguets. Cette fois-ci, il trouve une belle lépiote qu’il cueille avant de la glisser dans son sac à dos. «C’est un excellent champignon. On ne mange que le chapeau que l’on fait revenir entier dans du beurre. Ça a un délicieux goût de noisette.» (Attention, il ne faut jamais consommer de petites lépiotes à cause du risque de confusion avec une espèce potentiellement mortelle!)

Nos pas nous conduisent jusqu’à un plateau aride où poussent du buis et des chênes rabougris.

Un bout de Provence tombé au pied du Jura

Stefan Ansermet.

Manque juste le chant des cigales et les senteurs de la garrigue.

Scène de chasse presque comme à Lascaux!

Nous devisons jusqu’à un panneau jaune indiquant «Pierre gravée à 150 m». L’excitation gomme la fatigue naissante. Nous grimpons en quelques enjambées jusqu’au second lieu mystérieux de cette expédition. La Pierre-des-Gottettes – c’est son nom – est posée au milieu de la forêt. Là où le candide ne distingue qu’un banal caillou, notre minéralogiste voit un bloc erratique exceptionnel. Déjà parce que nos ancêtres ont gravé sur l’une de ses faces la seule scène de chasse préhistorique connue en Suisse (Selon son hypothèse, il s’agirait d’un homme traquant un sanglier). Ensuite parce qu’il est composé d’une roche extrêmement rare («Un métagabbro de faciès éclogitique») que l’on ne trouve que dans la région du glacier de l’Allalin, en Valais.

C’est un matériau très dur, extrêmement tenace qui était utilisé par les peuples du néolithique pour fabriquer des haches notamment.

Du coup, Stefan Ansermet suppose que ce rocher était sacré aux yeux de nos aïeux qui l’exploitaient voilà cinq mille ans. «Cette pierre n’a jamais été étudiée sérieusement, je ne comprends pas le manque de curiosité des archéologues… Ce n’est pas Lascaux d’accord, mais c’est quand même quelque chose de remarquable, non?»

Retour sur le «Sentier du patrimoine», direction Croy, ses vieux lavoirs et son matou roux qui se prélasse à l’ombre d’un pommier. A la sortie de ce village, nous traversons un pré où paissent des vaches allaitantes et leurs petits. Puis le sentier plonge brusquement jusqu’au pied de la magnifique cascade du Dard. «C’est une véritable jungle ici, on se dirait un peu dans la forêt équatoriale.» Nous nous enfonçons toujours plus profondément dans le vallon du Nozon pour n’en émerger qu’à Saint-Loup, là où tout a commencé…

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Berges de l'étang de la Gruère

Un p’tit coin de paradis

Hameaux, pâturages et forêts de conifères plantent le décor de cette balade sur les traces du plantigrade.

Tourtemagne, la vallée qui a vu l’ours

Roulavaz

Jolie balade dans une forêt genevoise

Même les personnes en bonne condition physique ne sont pas à l'abri de chutes qui constituent le principal risque d'accident lors d'une randonnée.

Randonner sans risque: suivez le guide