13 mai 2013

Nicolas Bossard, le marcheur de l'Himalaya

Après avoir traversé la haute route himalayenne en solo, Nicolas Bossard, réalisateur vaudois indépendant, peaufine son documentaire. A savourer cet été sur les écrans.

Nicolas Bossard
Temps de lecture 4 minutes

Il visionne les images. Une bonne centaine d’heures qu’il a rapportées de son périple dans l’Himalaya.

Il me reste dix heures de qualité, dont je dois sortir un film de 52 minutes. C’est difficile, mais c’est le format TV.

Nicolas Bossard, réalisateur indépendant, est justement en tractations avec la RTS pour la diffusion de son film et a déjà trouvé un accord avec la RSI, qui a programmé son documentaire pour fin juillet.

Ce film, il l’a tourné l’année dernière, entre mars et septembre, lors de son voyage complètement fou: traverser la chaîne de l’Himalaya en solo, soit 2500 kilomètres du Sikkim au Ladakh en Inde, à travers le Népal. «Certaines images m’habitent encore maintenant, des moments de vie, de solitude. Quand on marche à 4000 mètres, tout est lent, ça imprègne complètement le cerveau. Ici, j’oublie la moitié de mes rendez-vous si je ne les note pas!»

Vidéo: la bande-annonce du film de Nicolas Bossard (source Vimeo)

Nicolas Bossard, 33 ans, sweat-shirt à capuche, la dégaine décontractée et les cheveux en bataille, a tout du post-ado. Et pourtant, c’est un aventurier, un chasseur d’émotions fortes, un rêveur de l’extrême, même s’il refuserait toutes ces définitions. «Je suis monsieur Tout-le- monde! Un aventurier, c’est celui qui aurait tenté ça il y a cinquante ans, sans carte. Mon but n’était pas d’être le premier à faire cette traversée. Je voulais juste découvrir des lieux isolés, et surtout me faire plaisir.»

Un an de préparation

Bien sûr, il a peaufiné son voyage, un projet né d’une idée spontanée lors d’un entraînement de course à pied aux alentours de son chalet à Caux (VD). Un an à préparer l’aventure, à rechercher des cartes, à mettre en mémoire dans son GPS tous les points principaux de l’itinéraire.

Et puis, le départ, le 25 mars 2012. Accompagné au début d’une amie, Sabine Rey-Mermets, et d’un sherpa, Tendi Passang, pour les passages glaciaires difficiles, il continue ensuite seul. Totalement seul. Au quotidien, franchir les cols à 5000 mètres d’altitude, traverser les moraines, creuser le brouillard, dans le voisinage des plus hauts sommets du monde, Everest, Makalu, Annapurna… Et surtout avancer sans rencontrer parfois âme qui vive pendant quinze jours d’affilée.

Avec trente-cinq kilos sur le dos, un appareil photo et une petite caméra, la tente, le matériel de couchage et un panneau solaire pour recharger les appareils. Pas de livres et pas de musique. «Je n’ai pas pensé à l’accessoire. Et puis, il fallait alléger le chargement au maximum. Trente-cinq kilos, c’était déjà trop lourd, j’ai dû apprendre à marcher autrement. Du début à la fin, j’ai eu des furoncles sur le dos, à cause des sangles.»

Marcher six à sept heures par jour et, le plus dur, trouver son chemin. «Sur les quinze cartes népalaises que j’avais, la moitié des infos étaient fausses! Je me suis perdu tous les jours. Ça, c’était le plus dur, un combat psychologique à rendre fou. Parce que s’égarer, c’est perdre du temps, donc risquer d’être à court de ravitaillement.»

Des sacs de nourriture lyophilisée lui sont apportés à certains postes du parcours. Mais l’apport calorique ne suffit pas. Dans la vallée du Langtang, au cœur du Népal, il est frappé d’une crise de tétanie.

Je ne pouvais plus respirer. Je suis tombé dans les pommes. Quand je suis revenu à moi, je marchais au ralenti, j’ai mis deux heures pour faire une descente de 200 mètres.

Pourtant, l’idée d’abandonner ne lui a jamais traversé l’esprit. Même quand il se fait suivre par une meute de loups, qu’il réussit à éloigner à coups de spray au poivre. Qu’il s’égare sur la frontière du Tibet, plateau de neige mouillée et pieds gelés pendant des heures. Qu’il essaie de traverser un torrent, dans la vallée du Naar-Phu, qui l’emporte instantanément, avant de le rejeter sur l’autre rive «grâce à un hasard divin». Qu’il se fait dévorer par les sangsues. Ou qu’il se retrouve détrempé, sac de couchage compris, par dix jours de pluie battante, en pleine mousson à Darchula, à la frontière indienne.

Non, pas question d’abandonner. Parce que Nicolas Bossard a la volonté simple du pragmatique, la force du rêveur obstiné. Quand il atteint, le 21 août 2012 à 4 h 30 du matin, le sommet du Stok Kangri, au Ladakh, point ultime de sa traversée, il «ne ressent rien, pas d’explosion de joie».

D’un seul coup, toutes les douleurs, les fatigues extrêmes, les larmes versées se sont effacées. Ne restent que les moments fabuleux: l’immensité des vallées, les hautes prairies aux lumières puissantes et saturées, le vertige des montagnes himalayennes. Et les gens croisés dans les différents villages.

Après la plénitude des cols, la solitude de plusieurs jours, on a le bonheur de retrouver les gens. Toutes les rencontres sont alors fortes, poignantes. On se parlait par gestes, par sourires, quelques mots d’anglais et de népalais.

Un accueil toujours généreux, des villageois qui lui donnent leur lit, leur nourriture et lui offrent le thé tibétain, qui l’horrifie et qu’il appelle en riant «le thé au cul de yak».

L’aventure lui fait perdre 15 kilos

Le retour en Suisse s'est fait sans heurts, pas de coup de blues ni de déprime. Devenu un autre homme? «On en revient… plus maigre! La musculature avait fondu, j’étais sec de chez sec. L’organisme avait brûlé les graisses et s’était attaqué aux muscles. J’ai perdu 15 kilos. Mais je ne suis pas devenu plus sage. Je suis toujours aussi con», dit-il en rigolant. Avant d’enchaîner: J’étais content de rentrer chez moi, j’étais arrivé au terme de mon aventure. Et j’avais déjà d’autres projets en tête.

Comme développer la coopération avec cette région du monde, s’attaquer à d’autres sommets et tourner un film sur les guides népalais. Même après avoir découvert tous ces paysages, j’ai envie d’en voir encore plus. Ça ouvre l’appétit!

Diaporama: le périple en images de Nicolas Bossard dans l'Himalaya (photos: Nicolas Bossard)

Photographes: Laurent de Senarclens, Nicolas Bossard

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