6 octobre 2017

Objectif Mars 2022

Le milliardaire Elon Musk annonce le départ de premiers vaisseaux vers la planète rouge dans cinq ans. Suivis par une colonie humaine deux ans plus tard. Les Etats-Unis et la Chine se fixent des délais plus lointains.

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Mars est sans conteste la prochaine étape majeure de la conquête spatiale. (Photo: SpaceX/DR)
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Nom de code: BFR. Pour «Big Fucking Rocket». («Putain de grosse fusée»). A savoir: le système de transport interplanétaire avec lequel la société SpaceX et son fondateur, le milliardaire Elon Musk, par ailleurs patron de Tesla, entendent amener l’homme sur Mars. Là, maintenant, tout de suite. Ou presque. Un premier vaisseau pourrait être construit «d’ici six à neuf mois». Dès 2022, deux engins cargos atteindraient Mars, avec la mission de transporter les infrastructures nécessaires à la survie sur la planète rouge. Et de trouver «la meilleure source d’eau possible». Afin que deux ans plus tard, soit en 2024, les premiers Terriens puissent se lancer dans la colonisation de Mars.

Le projet soulève de nombreuses questions et divise la communauté scientifique. Mais Musk semble avoir réponse à tout. Le financement de l’opération qui devrait se chiffrer en dizaines de milliards de dollars? Facile: il se ferait par le lancement de satellites.

Reste que Mars est bien le prochain horizon de la conquête spatiale que visent les grandes nations. Donald Trump ainsi a fixé à la Nasa l’objectif d’un vol habité vers Mars pour le courant de la décennie 2030. La Chine prévoit d’y envoyer un véhicule dans les prochaines années. Les plus réalistes estiment d’ailleurs que la conquête martienne sera plutôt l’œuvre des machines que des hommes. Les rêveurs pourront toujours se répéter la devise d’un autre milliardaire, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, qui possède lui aussi sa société de tourisme spatial: «Gradatim ferociter». Pas à pas, férocement.

Pierre Bratschi: «Scientifiquement, ce n’est pas un projet très intéressant»

Pierre Bratschi, astronome à l’Observatoire de Genève et porte-parole du pôle de recherche national PlanetS.

La communauté scientifique prend-elle au sérieux les initiatives privées, comme celle d’Elon Musk, pour aller vers Mars?

S’agissant de Musk, oui. Il a quand même prouvé qu’il était le seul déjà capable de récupérer une fusée, et il est sous contrat avec la Nasa pour alimenter la station internationale. C’est un type sérieux, il l’a démontré avec Tesla. C’est donc quelqu’un qui a du répondant. Là où il exagère sans doute, c’est quand il dit aller sur Mars en 2022. Cela paraît vraiment très court, quand on voit tous les problèmes qu’il a eus avec ses fusées Falcon, qui certes ont l’air maintenant de fonctionner. Mais qui peut dire que son gros lanceur ne va pas exploser la première fois, et engendrer des années de retard?

Il est donc aujourd’hui technologiquement possible d’envoyer des missions habitées sur Mars?

Je l’ai dit, Musk doit encore prouver que son gros lanceur fonctionne. Là on l’attend un peu au tournant. Mais en soi, il n’y a aucune raison que cela ne fonctionne pas.

Tout est une question d’argent.

Quand Musk explique qu’il va financer son projet avec le lancement de satellites, est-ce crédible?

Il gagne déjà beaucoup d’argent avec cela, et puis il dispose d’une fortune personnelle de plusieurs milliards de dollars qui pourrait déjà lui suffire pour payer lui-même le développement d’un engin vers Mars. L’argent, ce n’est pas cela qui lui manque.

N’empêche, on imaginerait plutôt des Etats réussir dans ce genre de programme…

Mais regardez le budget de l’ESA (Agence spatiale européenne): 5 milliards de dollars. Pour la Nasa, c’est vingt. Des sommes comparables à ce qu’un Musk pourrait éventuellement mettre. Et les Etats rechignent de plus en plus à ouvrir le porte-monnaie. L’ESA avait de grands projets, comme envoyer une sonde sur Jupiter et aller creuser sur le satellite Europe. Tout cela est revu à la baisse. La tendance est plutôt à ce que les impulsions viennent de gens qui se disent: «Là on a peut-être pas mal d’argent à se faire.»

Pourtant, Donald Trump a fixé à la Nasa l’horizon de la décennie 2030 pour Mars…

Obama l’avait déjà promis pour 2030-2032.

On peut d’ailleurs se poser la question: à quoi cela sert d’aller sur Mars?

Ce qui motive les Etats serait plutôt d’ordre politique. Scientifiquement, ce n’est pas très intéressant. Le seul intérêt serait d’essayer de voir s’il y a, ou s’il y a eu de la vie sur Mars. Et cela des robots peuvent le faire tout aussi bien que des êtres humains. Surtout que l’on n’est pas bien sûr de savoir revenir de Mars. Si on se casse la figure avec un robot ce n’est pas très grave, si on se casse la figure avec cinq martionautes, cela risque d’être plus embêtant.

L’impact médiatique d’hommes allant sur Mars ne bénéficiera-t-il pas finalement à toute la communauté scientifique?

Certes, les retombées d’Apollo 11, on les ressent encore maintenant aux Etats-Unis, eux qui à l’époque avaient investi des sommes correspondant à 25 milliards actuels. On en parle encore cinquante ans après. Mais du point de vue scientifique, astronomique, géologique, cela n’a rien apporté d’envoyer des types là-haut. A part un impact médiatique d’une tout autre portée. C’est la même chose pour Mars.

La longueur du voyage n’est-elle pas un obstacle majeur?

Les problèmes de nourriture, d’alimentation, d’oxygène peuvent être technologiquement résolus.  

Mais est-ce que des gens pourront cohabiter tout ce temps dans un espace si restreint?

C’est le problème qui s’était déjà posé à Christophe Colomb dont les bateaux n’étaient pas bien grands.

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