23 mai 2019

Fou du volant

Oliver Colin est gendarme, a un agenda de ministre et rêverait que les journées durent plus de 24 heures. Normal quand on doit, comme cet énergique Vaudois, champion d’Europe de badminton, jongler entre un job à plein temps, cinq enfants et des volants.

Oliver Colin est un as du volant qui se bonifie avec les années (Photos: Christophe Chammartin).
Temps de lecture 3 minutes

Stakhanoviste

Oliver Colin a été pris dans les filets du badminton quand il était ­petit, suivant ainsi les traces de ses sportifs de parents. Ado, il se la joue bad boy. «J’avais un ­caractère belliqueux et je perdais mes moyens lorsque je m’énervais.» Son attitude rebelle le fait sortir du cadre, y compris du cadre national de sa discipline.

L’armée lui met du plomb dans la cervelle et le remet au pas. Ce Vaudois aime tellement l’uniforme et l’esprit de camaraderie qu’il ­rejoindra plus tard les rangs de la gendarmerie. Cette expérience le ­mûrit, l’assagit, l’aide à canaliser son énergie. La preuve: il ne casse plus de raquette depuis belle lurette.

Doté d’un physique d’athlète mais pas d’un talent naturel pour sa discipline, Oliver Colin compense en bossant. «J’ai toujours travaillé d’arrache-pied pour y arriver.» Dans l’élite, cet homme tenace et combatif truste les podiums, mais pas les premières places. «J’ai fait une fois 2e et quatorze fois 3e aux championnats suisses.» Rageant.

Sa revanche, il la prend chez les seniors où il survole les disputes. Dans notre pays et sur le continent, puisqu’il a décroché la médaille d’or en simple et celle d’argent en double aux derniers championnats d’Europe. À 41 ans, ce père de cinq enfants ne songe pas à la retraite. «Tant que ma santé me le permet, je continuerai de jouer.» Parole d’un crack qui, jamais, ne baisse les bras.

6h - Intendance

«Le matin, je suis un peu le larbin de la famille. Je m’occupe du petit-déjeuner de mes cinq ­enfants. Chacun a ses horaires et ses petites habitudes. L’un veut un thé, l’autre du lait… En fait, j’évite de les contrarier pour que ça soit efficace et que ça ne parte pas en cacahuète.»

8h - Maintenance

«La physio, j’y vais en ­principe deux fois par semaine. Mon corps, c’est mon outil de ­travail et je dois en prendre soin, même si je ne l’écoute sans doute pas assez. Il faut dire que j’ai un emploi du temps millimétré qui ne facilite pas l’adoption d’une hygiène de vie parfaitement adéquate.»

9h - Sueur

«Être au top de sa forme ­demande des sacrifices, nécessite un travail acharné et régulier. Ce qui me pousse à m’entraîner pratiquement tous les jours? C’est vraiment la perspective de rester à la hauteur, au niveau pour gagner encore et encore. Oui, je suis un compétiteur dans l’âme!»

11h - Travail

«Je suis sergent au centre d’intervention de la gendarmerie vaudoise à Yverdon. J’apprécie ce travail parce qu’il est varié et offre une grande liberté de manœuvre malgré la hiérarchie. Et puis, les horaires, même s’ils sont irréguliers, me permettent de concilier travail, sport et famille.»

Sueur (bis)

«Même à l’entraînement, je joue pour gagner. Pour moi, le terrain de badminton, c’est un peu comme un ring. Je me sens dans  la peau d’un combattant qui n’a surtout pas envie de perdre. Mais  il y a beaucoup de fair-play dans notre discipline et je respecte ­toujours mes adversaires.»

22h - Il était une fois...

«Je raconte chaque soir une histoire que j’invente à mes ­enfants. Ce rituel a démarré quand mon aînée était petite (ndlr elle a maintenant 19 ans) et je le poursuis avec plaisir. Le fil conducteur de mes récits, ce sont les aventures d’une famille qui nous ressemble un petit peu…»

Médaille d'or

«Cette médaille d’or que j’ai gagnée lors des derniers championnats d’Europe de badminton qui se déroulaient en Espagne, c’est l’accomplissement d’une vie de travail, c’est la fierté aussi d’être ainsi devenu le seul Suisse à avoir remporté un championnat européen en simple homme.»
 

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