12 janvier 2015

Paralysie du sommeil: entre cauchemar et réalité

La paralysie du sommeil est un mal fréquent, même si encore très peu étudié. A la découverte de ce trouble, sans danger direct pour la santé, mais parfois… terrifiant.

Tableau de Ferdinand Hodler, "Die Nacht" (la nuit). Un monstre est assis sur un homme éveillé et effrayé, parmi d'autres personnes en sommeil.
Ferdinand Hodler transmet avec sa toile «Die Nacht» une représentation très angoissante de la paralysie du sommeil.
Temps de lecture 4 minutes

Vous êtes endormi dans votre lit, couché sur le dos. Vos yeux s’ouvrent et vous visualisez votre chambre. Debout à vos pieds, un être vous observe. Apeuré, vous essayez de vous dresser, mais vos muscles ne réagissent pas. Vous tentez de crier, mais aucun son ne sort de votre bouche. C’est alors que vous avez de plus en plus de mal à respirer… La présence maléfique exerce un poids sur votre thorax, jusqu’à vous étouffer.

Le scénario pourrait être celui d’un excellent film d’épouvante. Mais il est perçu comme réel par ceux qui souffrent de paralysie du sommeil. S’il est difficile de dresser des statistiques précises à ce sujet, on estime qu’une personne sur deux aurait déjà vécu une telle expérience. Et environ 20% de la population souffrirait régulièrement de ce trouble.

Portrait de Stephen Perrig
Stephen Perrig, neurologue au Laboratoire du sommeil des Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

Ces rêves manquent encore d’analyses médicales rigoureuses. Mais l’on a tout de même développé quelques pistes d’explications. «Il s’agit d’un sommeil dissocié qui peut apparaître durant les phases d’endormissement et de réveil, explique Stephen Perrig, neurologue au Laboratoire du sommeil des Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

Le cerveau est partiellement éveillé, alors que les muscles du corps sont dans un état de sommeil particulier avec absence de tonus. D’où cette sensation de paralysie.»

Une reconstruction mentale de son entourage

Il arrive dans certains cas que les plus petits muscles parviennent quand même à réaliser de légers mouvements durant ces phases. Par exemple les orteils ou les doigts que l’on parvient à remuer. «Certaines personnes ont l’impression qu’elles réussissent à ouvrir les yeux, poursuit le médecin. Mais en général, c’est grâce à leur mémoire qu’elles reconstruisent mentalement leur chambre à coucher.»

En plus de cette sensation de paralysie, de nombreux témoignages font mention d’une gêne au niveau de la poitrine ou du cou. Une hypothèse se dégage pour expliquer ce ressenti:

Il est très angoissant de se retrouver dans cette immobilité forcée, sans parvenir à bouger.

Cette peur augmente le rythme cardiaque. La respiration essaie alors de suivre le mouvement, sans y parvenir, puisque le corps reste endormi. C’est alors que le sujet a l’impression de suffoquer.» Une sensation purement psychologique et qui ne met donc en rien en danger la santé de la personne endormie...

Des hallucinations parfois traumatisantes

Et qu’en est-il de ces phénomènes paranormaux que rapportent bon nombre de témoignages? «Ce sont des hallucinations: on peut voir certaines choses, entendre des voix ou des bruits… Tous les sens peuvent être mis à contribution! Le sujet rêve, mais comme il n’est plongé que dans un semi-sommeil, l’impression de réalité est très forte.» Et malheureusement, ces expériences se transforment la plupart du temps en de terrifiants cauchemars.

Paralysée, la personne ne parvient ni à fuir ni à se réveiller. Elle se sent alors à la merci des présences qu’elles a pu imaginer dans la pièce.»

Ce qui explique notamment les fréquentes expériences de viol que rapportent certaines victimes.

Les paralysies du sommeil peuvent donc se révéler particulièrement traumatisantes. «Certains patients sont sûrs qu’ils ont été témoins d’événements paranormaux et hésitent alors à en parler à leur médecin, de peur de passer pour fous, regrette Stephen Perrig. Il arrive même que des personnes installent des webcams dans leur chambre à coucher pour obtenir des preuves!

Texte: © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Texte: Alexandre Willemin

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