14 septembre 2017

Les passe-murailles modernes

Le parkour est une activité physique qui utilise l’espace urbain et naturel comme terrain de jeu. Une discipline explosive qui fait de plus en plus d’adeptes dans le rang des plus jeunes.

Le terrain de jeu de prédilection des traceurs est l’espace urbain, qui offre bon nombre d’obstacles à surmonter.
Le terrain de jeu de prédilection des traceurs est l’espace urbain, qui offre bon nombre d’obstacles à surmonter.

Ils bondissent, grimpent et s’élancent au fil de l’architecture de la ville. Ni les murs ni le vide ne les arrêtent dans leurs acrobaties. Voilà ce qu’une vingtaine de jeunes – tels des félins en action – répètent inlassablement lors de leurs séances d’entraînement à Lausanne. Et ces jeunes sont tous des adeptes du parkour, une activité dont le but est de se déplacer d’un point A à un point B de la façon la plus rapide et efficace possible. Le terrain de jeu de prédilection de ces traceurs – terme employé pour qualifier les adeptes de la discipline – est l’espace urbain qui offre bon nombre d’obstacles à surmonter. Sur Youtube, les prouesses de certains d’entre eux – sortes de passe-murailles des temps modernes – dépassent le million de vues . Un phénomène qui ne cesse de faire de nouveaux adeptes.

A Lausanne, l’association Parkour (voir la vidéo ci-dessus) est l’une des plus dynamiques de Suisse romande. «Nous avons environ 80 membres actifs», précise Yann, l’un des fondateurs de l’association. Trois fois par semaine, elle organise des cours encadrés par deux coachs.

Sur les ruines romaines de Vidy, une vingtaine de jeunes enchaînent les exercices sous l’œil attentif de leurs coachs.

Définition floue

«La moyenne d’âge des participants se situe entre 16 et 18 ans», développe Yann, t-shirt au logo de son association et casquette vissée sur la tête. A 24 ans, cet étudiant en sciences du sport à l’Université de Lausanne pratique le parkour depuis plus de six ans en même temps qu’il coache de nombreux jeunes. Des ados qui ont, pour la plupart, découvert l’activité à travers des films d’action – tel le célèbre long métrage français Yamakasi – ou encore les réseaux sociaux. C’est par exemple le cas de Dorian, 14 ans: «Je suis tombé sur le parkour sur Youtube et ça fait environ sept mois que je le pratique, s’enthousiasme cet incollable de l’histoire de la discipline. Le sport a été fondé par David Belle dans les années 1980. C’était un cascadeur passionné d’escalade et de gym.» Mais ce n’est qu’au début des années 1990 que l’activité prend le nom de parkour. Quant à sa définition exacte, tout le monde n’est pas d’accord. «Pour certains, il s’agit d’une activité proche des arts martiaux, précise Yann. Pour d’autres, c’est un art ou une danse, et pour d’autres encore, un sport lié à la performance et à la compétition.» Un flou que la Fédération internationale de gymnastique (FIG) voudrait bien dissiper.

«La gym est en perte de vitesse, constate le fondateur de l’association, contrairement au parkour. Et la Fédération y reconnaît des éléments proches de la gymnastique. Elle voit donc là une occasion de se renouveler en s’appropriant la discipline et en l’institutionnalisant.» Une volonté que l’association lausannoise dénonce. «Nous voulons une autonomie du parkour et non une création par le haut qui fige l’activité et en fait un produit de consommation.» Pour les traceurs, c’est certain, le parkour est avant tout synonyme de liberté. Mais attention, cela ne veut pas dire pour autant que l’on peut faire n’importe quoi, n’importe comment.

De la technique

«Il y a des techniques recommandées pour éviter les risques», détaille Yann. Egratignures, foulures ou même fractures ne sont pas exclues lorsque l’on pratique une activité aussi explosive sur le béton et l’asphalte. Alors pendant l’échauffement, on entraîne autant sa souplesse que sa force. Sauts, étirements, pompes… La vingtaine de jeunes, baskets aux pieds et vêtements amples, enchaînent les exercices sous l’œil attentif de leurs coachs. Puis de petits groupes autonomes se forment en fonction de l’expérience et des affinités de chacun. Et c’est là que les choses sérieuses commencent.

Ni règles ni maîtres

Certains s’entraînent à sauter d’un mur à l’autre en faisant des bonds d’un mètre ou deux, voire plus selon le niveau. Ils apprennent à gérer leur atterrissage, pieds joints, pour qu’il soit le plus silencieux et le plus maîtrisé possible. Un véritable mouvement d’adresse que les plus aguerris réussissent du premier coup. Mais chuter, trébucher, se relever, recommencer: voilà le lot de la plupart des jeunes présents. Et tous avancent à leur rythme, dans une atmosphère bon enfant. «Il n’y a pas de maître ici, ni de règle ou d’objectifs définis à atteindre, précise Yann. Il s’agit d’un processus ouvert et chacun peut y injecter ses propres envies.» Un aspect qui a notamment séduit Léonie, 22 ans. «Je viens du milieu de la danse, très exigeant et compétitif. Ce que j’ai tout de suite aimé avec le parkour, c’est qu’il n’y a pas de pression pour être le plus fort.» Même son de cloche du côté de Nathalie, 24 ans. «Ça fait plus de deux ans que je pratique cette activité. Elle m’a permis de développer ma confiance en moi et de me détacher du regard des autres. Le fait de me confronter à des garçons tout en réalisant que je suis capable de faire aussi bien qu’eux n’y est pas pour rien». Il faut dire que le parkour est une activité très masculine. «En tout, les filles ne représentent que 30% des membres actifs», lance Yann. La cause? Peut-être l’image d’une discipline où la force est prédominante. Et pourtant le parkour fait appel à bien d’autres aptitudes. «Il faut aussi de la fluidité, de la souplesse ou encore de la persévérance, développe Nathalie. Et là, les femmes sont généralement un peu plus fortes.» La créativité est, elle aussi, centrale pour traverser les obstacles de l’environnement public. Là où les badauds ne voient qu’un décor architectural, le traceur, lui, voit autant de possibilités de sauts, de voltiges et d’enchaînements.

Yann (au centre), étudiant en sciences du sport à l’Université de Lausanne, coache de nombreux jeunes.

Limite du parkour

«L’un de nos spots préférés pour s’entraîner en ville est le grand escalier qui se trouve face à la gare de Lausanne, continue Yann. Il a une densité d’obstacles qu’on ne retrouve pas ailleurs.» Seul hic, leurs entraînements ne plaisent pas à tout le monde. «Avant, on pouvait s’y entraîner une heure, mais maintenant, en seulement dix minutes, la police débarque.» Le parkour est-il alors illégal en ville? «Non, en Suisse il est légal, rassure Yann, bien qu’un règlement de police propre à Lausanne stipule qu’on n’a pas le droit d’utiliser le matériel urbain. Ça peut aller jusqu’à l’amende mais ça reste rare.» Rien d’étonnant, donc, si les spots d’entraînement varient entre zones urbaines et plus naturelles comme les ruines de Vidy, à l’écart des regards et du tumulte de la ville. C’est clair, le parkour occupe tous les territoires et se moque bien des trajectoires toutes tracées.  mm

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