16 mars 2018

Parler de sexe en classe, oui, mais comment?

L'éducation sexuelle à l’école a son utilité, rappelle la Confédération. Mais faut-il coordonner l'enseignement au niveau national? C'est en tout cas ce que requiert l'association faîtière Santé Sexuelle Suisse.

sexualite
C’est prouvé: l’école joue un rôle important dans le domaine de la sexualité. (Photo: Christian Ohde/dpa/Keystone)
Temps de lecture 4 minutes

Ah, les cours d’éducation sexuelle! Souvent occasion de blagues potaches chez les préados des deux sexes, ces quelques heures dispensées durant la scolarité obligatoire jouent pourtant un rôle important en matière de connaissance de son corps, de ses droits, de ses désirs et émotions.

Là où ils existent, les indicateurs de santé sexuelle, comme un faible taux de grossesses ou d’interruptions de grossesses à l’adolescence, s’avèrent très satisfaisants. En Suisse, le taux d’utilisation du préservatif et la prévalence de la violence sexuelle entre jeunes indiquent que l’école joue un rôle important dans le domaine de la sexualité. Qui est aussi celui de la qualité du rapport entre hommes et femmes, un domaine où rien ne semble jamais acquis comme le rappellent les récentes affaires de harcèlement.

Mais quel doit être le rôle exact de l’école en la matière? Parler de préservatif ou de transsexualité a-t-il vraiment sa place? Oui, vient de répondre un récent rapport d’experts à la demande du Conseil fédéral. Santé Sexuelle Suisse (SSCH) propose maintenant de piloter une coordination nationale qui donnerait à chaque canton souverain des lignes directrices qui assureraient que chaque enfant en Suisse reçoive par étapes une éducation en matière de sexualité adaptée à son stade de développement. C’est ce qui s’appelle une approche sexuelle holistique, qui dépasse la biologie ou la prévention des maladies sexuellement transmissibles pour évoquer une sexualité épanouie, respectueuse de son corps comme de celui d’autrui.

Faut-il uniformiser les cours d'éducation sexuelle au niveau national?

«Il s’agit d’adapter l’éducation sexuelle aux besoins de chaque élève»

Caroline Jacot-Descombes, directrice adjointe de SSCH et cheffe de projet Éducation sexuelle.

Caroline Jacot-Descombes, pourriez-vous brièvement rappeler la raison d’être de Santé Sexuelle Suisse ainsi que la genèse du rapport d’expertise sur l’éducation sexuelle par le Conseil fédéral?

Santé Sexuelle Suisse (SSCH) est la faîtière des centres de conseil, des services d’éducation sexuelle, des organisations professionnelles et des expert(e)s qui œuvrent dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive en Suisse. En 2014, le conseiller national Fabio Regazzi (PDC/TI) a demandé à travers un postulat que les bases théoriques sur le développement sexuel de l’enfant et de l’adolescent sur lesquelles s’appuie Santé Sexuelle Suisse soient vérifiées de manière indépendante. Le Conseil fédéral a accepté ce postulat, et une commission indépendante a été constituée en 2016. La classe politique soutient l’éducation sexuelle. Le débat se situe autour de qui doit la faire. Pour une minorité du Parlement, au sein de l’UDC, la famille doit jouer un rôle central, l’école devant uniquement se charger de la transmission d’informations autour du développement de l’enfant et de la reproduction.

Qu’apporterait une coordination nationale? S’agit-il également d’unifier le contenu de ces cours?

SSCH demande une coordination nationale pour promouvoir l’échange intercantonal et soutenir les cantons dans l’élaboration de programmes d’éducation sexuelle. Il ne s’agit donc pas d’unifier tous les programmes dans les cantons, mais que chacun puisse élaborer une base minimale permettant à chaque élève de recevoir une éducation dans le domaine de la sexualité, adaptée à son stade de développement et ses besoins. Par une coordination nationale, SSCH pourrait recommander des lignes directrices que chaque canton devrait suivre pour garantir une éducation sexuelle holistique, c’est-à-dire basée sur une approche positive de la sexualité et sur les droits humains, qui va au-delà du cours de biologie et de la prévention sida. Une éducation qui aborde les questions que les jeunes se posent dans notre société: relations, émotions, ce qui est «normal», ce qu’on doit faire pour plaire, etc.

Peut-on rappeler actuellement comment se présente l’éducation sexuelle à l’école en Suisse?

Comme partout en Suisse, tout dépend du canton. Je ne peux vous donner qu’une description indicative. L’éducation sexuelle commence dès le début de l’école obligatoire jusqu’à la fin (15 ans). Certains cantons proposent aussi des cours au post-obligatoire, mais tous les établissements ne sont pas concernés. On estime que le cours d’éducation sexuelle donné par des spécialistes a lieu environ tous les deux ans à raison d’environ deux heures en moyenne.

À quelle époque ces cours ont-ils été introduits? L’approche holistique était-elle déjà la règle au début?

Les premiers cours ont été introduits à la fin des années 1960, à Genève et sur Vaud. Les approches ont varié en fonction des demandes en santé publique. Lors de l’arrivée de la pilule, le cours d’éducation sexuelle était très axé sur le couple et la planification familiale; puis, lorsque l’épidémie du sida s’est déclarée, il a intégré fortement la prévention du VIH. Le cours a aussi intégré dans les années 1990 la prévention contre les abus sexuels.

L’efficacité des cours a-t-elle été mesurée?

L’efficacité de l’éducation sexuelle est difficile à mesurer comme tout programme de prévention et de promotion de la santé. Toutefois, l’OMS Europe a mis en évidence que les pays disposant de programmes d’éducation sexuelle avaient des indicateurs de santé sexuelle très satisfaisants, ce qui veut dire, entre autres, un nombre de grossesses adolescentes très bas et un taux d’utilisation du préservatif important lors de relations occasionnelles.

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