4 février 2013

Des parrains et marraines de choix

La religion tient aujourd’hui un rôle moins important dans notre société qu’auparavant, mais la tradition d’offrir un parrain et une marraine à son enfant rencontre toujours le même succès. Quelques conseils pour attribuer ce rôle aux bonnes personnes.

Un jeune enfant a cheval sur le dos d'un adulte
Bénéficiant d’une relation privilégiée, l’enfant se confiera souvent volontiers à son parrain ou sa marraine. (Photo: Getty Images)
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«On choisit ses amis, pas sa famille.» Le parrain et la marraine d’un enfant, eux aussi, résultent du choix des parents. «Notre société se caractérise aujourd’hui par un processus d’individualisation, explique Gaëlle Aeby, assistante à l’Institut des sciences sociales de l’Université de Lausanne et spécialiste des questions familiales. Nous avons tendance à accorder de plus en plus d’importance à nos amis, choisis à notre gré, alors que les rapports familiaux deviennent plus fragiles. Les parrains et marraines, sélectionnés par les parents, sont donc eux aussi valorisés par la société. D’amis, ils deviennent des membres privilégiés de notre parenté dite fictive ou spirituelle. Et lorsqu’ils sont issus de la parenté, ils renforcent des liens familiaux préexistants.»

Les parents, même athées, décident souvent d’offrir un parrain et une marraine à leurs enfants. Si autrefois ceux-ci avaient pour tâche d’accompagner leur filleul dans son parcours de chrétien, les spécialistes parlent aujourd’hui d’un rôle de «compagnon de vie».

Un rôle en accord avec les valeurs familiales

Pour dénicher les plus aptes à cette fonction, les impératifs ne sont donc plus tout à fait les mêmes. «C’est aux valeurs morales, éducatives et existentielles des parrains et marraines que les parents sont le plus attentifs», annonce Grégoire Zimmermann, psychologue du développement à l’Université de Lausanne.

Une réelle présence vaut plus que tout

Pour augmenter les chances d’une relation profonde avec les enfants, la disponibilité est primordiale. «Je conseille aux parents de choisir des personnes qui vivent à proximité du foyer familial, poursuit le psychologue. Ce n’est qu’avec une fréquence élevée de contacts qu’une certaine complicité naîtra. Un parrain qui vit à l’étranger et envoie ses cadeaux par la poste, ce n’est bien sûr pas idéal!» Certains parents optent donc pour des personnes qui semblent plus disponibles: les célibataires ou ceux qui n’ont pas d’enfants. «Un critère, pourtant, qui ne garantit pas forcément un engagement plus conséquent de la leur part!»

Du côté du parrain et de la marraine, il s’agit aussi de bien réfléchir à ce que représente ce choix. «On ne devrait accepter une telle proposition que lorsqu’on se sent vraiment prêt à s’investir, met en garde le professeur Zimmermann. Il est essentiel de dialoguer au préalable avec les parents pour connaître leurs attentes. Bien souvent, les parrains et marraines donnent leur accord immédiatement, par crainte d’apparaître comme trop hésitants.»

Des sorties en toute complicité permettent de tisser des liens durables. (Photo: Getty Images)
Des sorties en toute complicité permettent de tisser des liens durables. (Photo: Getty Images)

Le lien qui unit le parrain et la marraine aux parents est presque aussi important que celui qui le lie à son filleul. Il existe même un mot pour exprimer cette relation: le compérage. Bien que le choix du parrain et de la marraine s’effectue souvent pour renforcer une relation déjà forte, il arrive parfois que la situation dérape. «Les parrains et marraines font partie de la parenté proche, explique Gaëlle Aeby. Or ce sont aussi les conflits qui définissent une famille! Si les attentes des parents ne sont pas respectées, la situation peut vite s’envenimer et, dans certains cas, les relations avec les parrains et marraines ne se maintiennent pas dans la durée. Tout comme dans une famille, il arrive parfois qu’on coupe tout contact avec certains membres.» Grégoire Zimmermann ajoute: «L’enfant peut souffrir si son parrain ou sa marraine ne sont pas assez présents. Il vaut donc mieux en changer! Les cadeaux ne suffisent pas. Ils ne sont qu’un symbole du lien qui devrait unir le filleul à son parrain ou à sa marraine.»

Une distance saine par rapport aux parents

Si tout se déroule bien, cette relation peut être très bénéfique au développement de l’enfant. «C’est une chance pour les filleuls de bénéficier de contacts réguliers avec un adulte autre que ses parents, reconnaît le psychologue. Les parrains et marraines peuvent souvent mener avec leur filleul des discussions moins chargées affectivement que leurs parents ne le pourraient.» Un rôle qui pourrait gagner encore en importance, aujourd’hui où près d’un mariage sur deux s’achève par un divorce. «Les parrains et marraines peuvent faire figure d’interlocuteurs neutres, vers lesquels les enfants peuvent se confier, poursuit le psychologue. Mais attention! Ils sont parfois instrumentalisés par un des deux parents. A ce moment-là, cette relation pourrait perdre son caractère bénéfique et même avoir un impact négatif sur l’enfant.»

«On cherche en premier dans la famille proche des orphelins»

Trois questions posées à Heinz Wernli, chef de l'autorité centrale vaudoise en matière d'adoption.

Une croyance populaire prétend que la garde d’un orphelin revient à sa marraine ou à son parrain. Qu’en est-il d’un point de vue légal?

De tels cas sont réglés par le code civil. Les parrains-marraines n’ont aucune obligation de s’occuper de leurs filleuls orphelins. La loi ne leur prévoit pas non plus de facilités particulières s’ils ont le désir d’obtenir la garde de ces enfants. Cette croyance vient de l’ancien temps. Avant qu’un système social soit mis en place, les parrains et marraines avaient le devoir moral de subvenir aux besoins des enfants lors du décès des parents.

A qui est confié un orphelin en Suisse?

C’est l’autorité compétente qui désignera la personne la plus apte à devenir tuteur ou obtenir le droit de garde de l’enfant. On cherche en premier dans la famille proche des orphelins. Dans la majorité des cas, ce sont oncles et tantes ou grands-parents qui sont choisis. Dans la mesure du possible, les fratries ne sont pas séparées.

Que vaut un testament indiquant une personne en particulier comme tuteur de ses enfants?

Un testament peut être écrit bien avant un décès. Il est possible que les vœux exprimés à l’origine aient évolué au cours du temps. Ce document n’a qu’une valeur morale. Il n’empêchera pas de lancer une procédure pour déterminer qui est la personne la plus apte à remplacer les parents. Le souhait des parents ne sera donc pas forcément exaucé.

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